>C’est ce cocktail explosif qui a poussé les grands-mères à se rendre aux urnes – dans des robes achetées il y a vingt ans – pour voter pour le régime. Leur adhésion est sincère : le régime, croient-elles, s’apprête à construire un grand pays, débarrassé de ses ennemis, bien évidemment. Dans nos conversations d’intellectuels qui espérons que le cauchemar prenne bientôt fin, nous oublions ceci : les centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont déjà pris part à la guerre actuelle et au processus de « reconstruction des nouveaux territoires » ont eux-mêmes des millions d’enfants.
>Or ces millions d’enfants sont persuadés que leurs pères et leurs mères accomplissent en ce moment un acte héroïque. Ils le croient sincèrement, parce qu’ils ne peuvent pas concevoir que leurs parents sont des monstres. Ces millions d’enfants portent tous la cravate tricolore le 1er septembre, jour de la rentrée des classes, ils regardent les mêmes programmes à la télévision, écoutent les histoires de leurs pères sur les ukropy (terme péjoratif pour désigner les Ukrainiens) et ils traversent, avec ou sans leurs pères, les ruines de Marioupol quand ils partent en vacances en Crimée.
Poutine est pas près d’être renversé visiblement.
> Pour qu’une repentance publique après la guerre soit possible, il faudra attendre que ces enfants grandissent, aient des enfants à leur tour, et qu’on leur explique – à ces enfants qui ne sont pas encore nés – que leurs grands-pères ont commis des actes indignes. Il est plus facile d’entendre parler des grands-pères que des pères. La repentance intérieure, et pas seulement publique, a commencé en Allemagne dans les années 1970, précisément donc au moment où les enfants des enfants des nazis sont devenus adultes.
Le problème est qu’il n’y aura pas de repentance tant que la Russie ne sera pas défaite, et l’Occident n’aide pas suffisamment l’Ukraine pour qu’elle soit en mesure de l’emporter. On le voit depuis l’été, nos manquement au niveau de l’approvisionnement ont fait s’essouffler la contre-attaque Ukrainienne, si bien que c’est la Russie qui est maintenant à l’attaque (notamment à Avdiïvka). Tant que l’on rechigne à accroître notre soutien, la Russie ne sera pas battue, donc a fortiori ne se repentira pas. Et sans repentance, sa population continuera de trouver légitime le massacre de ses voisins.
Niveau texte déprimant, ça doit se positionner assez haut, celui là.
Surtout avec le petit air de 1984 de la population maintenue dans la misère
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>C’est ce cocktail explosif qui a poussé les grands-mères à se rendre aux urnes – dans des robes achetées il y a vingt ans – pour voter pour le régime. Leur adhésion est sincère : le régime, croient-elles, s’apprête à construire un grand pays, débarrassé de ses ennemis, bien évidemment. Dans nos conversations d’intellectuels qui espérons que le cauchemar prenne bientôt fin, nous oublions ceci : les centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont déjà pris part à la guerre actuelle et au processus de « reconstruction des nouveaux territoires » ont eux-mêmes des millions d’enfants.
>Or ces millions d’enfants sont persuadés que leurs pères et leurs mères accomplissent en ce moment un acte héroïque. Ils le croient sincèrement, parce qu’ils ne peuvent pas concevoir que leurs parents sont des monstres. Ces millions d’enfants portent tous la cravate tricolore le 1er septembre, jour de la rentrée des classes, ils regardent les mêmes programmes à la télévision, écoutent les histoires de leurs pères sur les ukropy (terme péjoratif pour désigner les Ukrainiens) et ils traversent, avec ou sans leurs pères, les ruines de Marioupol quand ils partent en vacances en Crimée.
Poutine est pas près d’être renversé visiblement.
> Pour qu’une repentance publique après la guerre soit possible, il faudra attendre que ces enfants grandissent, aient des enfants à leur tour, et qu’on leur explique – à ces enfants qui ne sont pas encore nés – que leurs grands-pères ont commis des actes indignes. Il est plus facile d’entendre parler des grands-pères que des pères. La repentance intérieure, et pas seulement publique, a commencé en Allemagne dans les années 1970, précisément donc au moment où les enfants des enfants des nazis sont devenus adultes.
Le problème est qu’il n’y aura pas de repentance tant que la Russie ne sera pas défaite, et l’Occident n’aide pas suffisamment l’Ukraine pour qu’elle soit en mesure de l’emporter. On le voit depuis l’été, nos manquement au niveau de l’approvisionnement ont fait s’essouffler la contre-attaque Ukrainienne, si bien que c’est la Russie qui est maintenant à l’attaque (notamment à Avdiïvka). Tant que l’on rechigne à accroître notre soutien, la Russie ne sera pas battue, donc a fortiori ne se repentira pas. Et sans repentance, sa population continuera de trouver légitime le massacre de ses voisins.
Niveau texte déprimant, ça doit se positionner assez haut, celui là.
Surtout avec le petit air de 1984 de la population maintenue dans la misère