Par Sophie Abriat
Publié le 15 octobre 2021 à 10h00
ENTRETIEN **Le 36e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode se tient à Hyères jusqu’au 17 octobre et ouvrira ses portes au public le mercredi 20. Rencontre avec les dix finalistes du Grand Prix du jury et du Prix 19M des Métiers d’art de Chanel.**
Ils sont dix. Dix à concourir pour le Grand Prix du jury et le Prix 19M des Métiers d’art de Chanel du 36e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode de Hyères. Ces finalistes, ainsi que les artisans qui les ont accompagnés dans la fabrication de leur pièce maîtresse, racontent une histoire de don, de création et de partage.
**Venla Elonsalo, 22 ans, Finlande, avec Nathalie Abscheidt, 57 ans, cheffe d’atelier maquettiste chez Goossens (orfèvre)**
Venla Elonsalo, qui entame un master à l’université Aalto d’Helsinki, se décrit de prime abord comme une collectionneuse d’animaux en peluche. Pour peu qu’on en doute, elle nous montre une photo d’elle enfant, dans sa chambre, se tenant devant un lit recouvert d’une cinquantaine d’ours bien alignés… « Ma collection explore le lien émotionnel qui unit une personne à son doudou à travers des vêtements en forme d’animaux », souligne-t-elle. C’est donc naturellement qu’elle a voulu créer un petit ours de collection, à porter comme un bracelet, sublimé par le savoir-faire de l’orfèvre Goossens. Un casse-tête pour la maison – rendu d’autant plus compliqué par les échanges à distance avec la créatrice, dans l’impossibilité de se déplacer dans le contexte de la pandémie.
« Nous avons réalisé la tête et le corps de l’ours, articulé en étain rosé, à partir de formes en plastique texturé envoyées par Venla. Tout le challenge a été de respecter l’exactitude de son modèle et de le transformer en métal à effet froissé. Il a fallu déjouer les déformations du moulage, refaçonner et souder la matière jusqu’à obtention d’un résultat parfait », explique Nathalie Abscheidt, qui a supervisé le projet aux côtés de Patrick Goossens, directeur du patrimoine et des savoir-faire. La créatrice envoyait ses instructions par e-mail à partir des photos reçues de l’atelier : réduire les oreilles, modifier la position de la tête, bomber le ventre…
Une dizaine de jours d’atelier ont été nécessaires à la mise au point. Il a ensuite fallu ajouter des yeux en cabochon de verre et graver les traits du nez et de la bouche avec le même souci du détail, pour reproduire l’expression du museau souhaité par la créatrice qui a elle-même confectionné les pattes de l’ours dans du mohair rembourré, dans le respect de techniques artisanales. « Réaliser un objet comme celui-ci nous incite à repousser nos limites, à chercher toujours de nouvelles techniques de fabrication. C’est encore plus stimulant lorsque rien n’est gagné d’avance… », conclut Nathalie Abscheidt.
**Arttu Åfeldt, 25 ans, Finlande, avec Fabrice Martel, 49 ans, modéliste responsable de collection chez Paloma (atelier flou et grand flou)**
L’atelier de couture Paloma a été créé en 1982, avec une spécialisation dans la technique du flou, le moulage et l’assemblage des modèles : les tissus sont travaillés à la main pour créer des effets uniques. C’est donc avec surprise que Fabrice Martel s’est vu confier la réalisation d’un robuste sac à dos multipoches. « J’ai voulu recréer un modèle militaire dans une matière technique, profitant du savoir-faire des ateliers pour la manipuler. J’ai choisi du tissu utilisé pour l’équipement des forces spéciales, trois fois plus solide que l’acier, indéchirable et imperméable », explique Arttu Åfeldt, étudiant à l’université Aalto d’Helsinki, qui avait en tête une idée très précise de ce qu’il voulait réaliser. Il a envoyé à l’atelier un brief détaillé, des photos et les normes à respecter liées à la reproduction de cet accessoire militaire.
« Cette matière m’était totalement inconnue. Habitué aux savoir-faire couture et au travail du flou, j’ai dû rechercher des machines spécifiques pour la maroquinerie », souligne Fabrice Martel qui a troqué ses plissés et ourlets mouchoir pour des techniques de montage dédiées au cuir. Si avec un accessoire comme celui-ci, l’utilitaire prime sur la décoration, le modéliste a tout de même injecté certains détails couture : une poche en résille pour maintenir la gourde, des sangles délicates et des surpiqûres très travaillées. Toutes les coutures ont été délicatement gansées car la matière, qui semble pourtant fragile comme du papier, est très coupante. Une semaine a été nécessaire pour la coupe et le montage du modèle, mobilisant deux artisans. « Nous sommes assez fiers d’avoir réussi ce challenge malgré les difficultés d’approvisionnement en fournitures (zips, clous, fermoirs) et les délais rallongés pour les livraisons liés à la crise du Covid-19 », conclut le modéliste.
**Elina Silina, 33 ans, Lettonie, avec Lucie Roberty, 26 ans, développeuse produit chez Maison Causse (gantier)**
Pour élaborer sa collection, Elina Silina (à gauche), étudiante en master à l’université Aalto d’Helsinki, a utilisé du fil provenant des placards de sa grand-mère et des chutes de tissu inutilisées. Elle n’a pas dérogé à sa règle pour imaginer cette paire de gants en collaboration avec la maison Causse, la plus ancienne manufacture de Millau encore en activité qui ne réalise pas moins de 25 000 paires de gants par an, avec l’aide de quarante artisans. C’est donc la créatrice qui a fourni au gantier le fil de laine Mérinos vert pour crocheter les patchworks de vinyle recyclé de cette pièce inspirée de l’ère victorienne et des fameuses manches gigot, dont les courbes et les couleurs font écho à l’une des peintures de Julio Le Parc (Ondes 134, Série 3). « Je n’aurais jamais pu réaliser cette pièce toute seule ! Les ateliers ont accédé à toutes mes demandes », raconte celle qui, enfant, tricotait devant Les Feux de l’amour, rêvant du destin de Sally Spectra, personnage à la tête d’une entreprise de mode.
Privée de déplacements, Elina Silina a eu des échanges via des sessions Zoom avec Lucie Roberty, pour mettre au point le prototype. « J’ai essayé de lui transmettre un aperçu complet des savoir-faire de la maison pour qu’elle puisse faire son choix en toute connaissance de cause », souligne cette dernière. Tout le challenge était que le gant, confectionné dans du vinyle stretch et fin, puisse tenir tout seul. « Nous avons donc entrelacé entre les points de crochet une structure métallique », poursuit la spécialiste qui n’avait jamais travaillé sur un gant aussi long. Pour découper la forme de la main et prévoir une certaine flexibilité à l’usage – le vinyle étant plus rigide que le cuir habituellement utilisé par les ateliers – elle a eu recours à un emporte-pièce conçu pour les tissus de ce type. « Ces machines anciennes me fascinent ! C’est comme une plongée dans l’histoire de la mode pour moi », avance Elina Silina, visiblement émue d’avoir pu bénéficier d’un tel niveau de compétences.
**Ifeanyi Okwuadi, 27 ans, Royaume-Uni, avec Margot Ambrosio, 28 ans, responsable développement modèles chez Maison Lemarié (fleuriste et plumassier)**
À l’origine spécialiste de la confection de parures en plumes, la maison Lemarié a étendu dès le milieu du XXe siècle son activité aux fleurs, délicatement façonnées dans de l’organza, de la mousseline, du tulle, du cuir ou du velours. Mais ce n’est pas tout : les ateliers excellent aussi dans de subtiles incrustations, ce qui n’a pas échappé à Ifeanyi Okwuadi, créateur britannique, diplômé de l’université Ravensbourne à Londres et formé au savoir-faire tailleur à Savile Row. Sa collection est inspirée du Camp de femmes pour la paix de Greenham Common (dans le comté de Berkshire, en Angleterre), installé en 1981 et démantelé en 2000. « Il s’agissait d’une protestation pacifiste contre la décision de l’OTAN de stocker des missiles nucléaires sur ce site, dans l’optique de protéger les générations futures », commente le designer qui a inséré dans sa collection des vêtements d’enfants revisités et des références à des jouets des années 1980, en écho à cette innocence en péril.
Ainsi, pour sa collaboration avec la maison Lemarié, il a imaginé un pull dont l’encolure en V et l’ourlet ont été crochetés avec des fils scoubidou jaune et rose flashy. « Le scoubidou tressé est une matière vivante qui a tendance à rétrécir quand on la laisse reposer. Il faut tout crocheter d’un seul tenant sinon on peut avoir quelques surprises… Il est également préférable d’utiliser la même main pour assurer la régularité des points », souligne Margot Ambrosio. C’est le créateur lui-même qui s’est chargé de l’approvisionnement de la matière, envoyant plusieurs mètres au cours du processus de fabrication pour réaliser la batterie de tests obligatoires. « Pour respecter le patronnage envoyé par Ifeanyi, et dompter cette matière rigide, une semaine d’expérimentations a été nécessaire », ajoute Margot Ambrosio qui a aimé travailler avec une matière rarement utilisée en haute couture. Quant à Ifeanyi Okwuadi, il fait valoir : « J’ai dû dépasser la barrière de la langue artisanale avec ce projet, c’est primordial de maîtriser le bon vocabulaire pour bien communiquer ses idées et surtout les voir se réaliser exactement comme on les imagine. »
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Par Sophie Abriat
Publié le 15 octobre 2021 à 10h00
ENTRETIEN **Le 36e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode se tient à Hyères jusqu’au 17 octobre et ouvrira ses portes au public le mercredi 20. Rencontre avec les dix finalistes du Grand Prix du jury et du Prix 19M des Métiers d’art de Chanel.**
Ils sont dix. Dix à concourir pour le Grand Prix du jury et le Prix 19M des Métiers d’art de Chanel du 36e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode de Hyères. Ces finalistes, ainsi que les artisans qui les ont accompagnés dans la fabrication de leur pièce maîtresse, racontent une histoire de don, de création et de partage.
**Venla Elonsalo, 22 ans, Finlande, avec Nathalie Abscheidt, 57 ans, cheffe d’atelier maquettiste chez Goossens (orfèvre)**
Venla Elonsalo, qui entame un master à l’université Aalto d’Helsinki, se décrit de prime abord comme une collectionneuse d’animaux en peluche. Pour peu qu’on en doute, elle nous montre une photo d’elle enfant, dans sa chambre, se tenant devant un lit recouvert d’une cinquantaine d’ours bien alignés… « Ma collection explore le lien émotionnel qui unit une personne à son doudou à travers des vêtements en forme d’animaux », souligne-t-elle. C’est donc naturellement qu’elle a voulu créer un petit ours de collection, à porter comme un bracelet, sublimé par le savoir-faire de l’orfèvre Goossens. Un casse-tête pour la maison – rendu d’autant plus compliqué par les échanges à distance avec la créatrice, dans l’impossibilité de se déplacer dans le contexte de la pandémie.
« Nous avons réalisé la tête et le corps de l’ours, articulé en étain rosé, à partir de formes en plastique texturé envoyées par Venla. Tout le challenge a été de respecter l’exactitude de son modèle et de le transformer en métal à effet froissé. Il a fallu déjouer les déformations du moulage, refaçonner et souder la matière jusqu’à obtention d’un résultat parfait », explique Nathalie Abscheidt, qui a supervisé le projet aux côtés de Patrick Goossens, directeur du patrimoine et des savoir-faire. La créatrice envoyait ses instructions par e-mail à partir des photos reçues de l’atelier : réduire les oreilles, modifier la position de la tête, bomber le ventre…
Une dizaine de jours d’atelier ont été nécessaires à la mise au point. Il a ensuite fallu ajouter des yeux en cabochon de verre et graver les traits du nez et de la bouche avec le même souci du détail, pour reproduire l’expression du museau souhaité par la créatrice qui a elle-même confectionné les pattes de l’ours dans du mohair rembourré, dans le respect de techniques artisanales. « Réaliser un objet comme celui-ci nous incite à repousser nos limites, à chercher toujours de nouvelles techniques de fabrication. C’est encore plus stimulant lorsque rien n’est gagné d’avance… », conclut Nathalie Abscheidt.
**Arttu Åfeldt, 25 ans, Finlande, avec Fabrice Martel, 49 ans, modéliste responsable de collection chez Paloma (atelier flou et grand flou)**
L’atelier de couture Paloma a été créé en 1982, avec une spécialisation dans la technique du flou, le moulage et l’assemblage des modèles : les tissus sont travaillés à la main pour créer des effets uniques. C’est donc avec surprise que Fabrice Martel s’est vu confier la réalisation d’un robuste sac à dos multipoches. « J’ai voulu recréer un modèle militaire dans une matière technique, profitant du savoir-faire des ateliers pour la manipuler. J’ai choisi du tissu utilisé pour l’équipement des forces spéciales, trois fois plus solide que l’acier, indéchirable et imperméable », explique Arttu Åfeldt, étudiant à l’université Aalto d’Helsinki, qui avait en tête une idée très précise de ce qu’il voulait réaliser. Il a envoyé à l’atelier un brief détaillé, des photos et les normes à respecter liées à la reproduction de cet accessoire militaire.
« Cette matière m’était totalement inconnue. Habitué aux savoir-faire couture et au travail du flou, j’ai dû rechercher des machines spécifiques pour la maroquinerie », souligne Fabrice Martel qui a troqué ses plissés et ourlets mouchoir pour des techniques de montage dédiées au cuir. Si avec un accessoire comme celui-ci, l’utilitaire prime sur la décoration, le modéliste a tout de même injecté certains détails couture : une poche en résille pour maintenir la gourde, des sangles délicates et des surpiqûres très travaillées. Toutes les coutures ont été délicatement gansées car la matière, qui semble pourtant fragile comme du papier, est très coupante. Une semaine a été nécessaire pour la coupe et le montage du modèle, mobilisant deux artisans. « Nous sommes assez fiers d’avoir réussi ce challenge malgré les difficultés d’approvisionnement en fournitures (zips, clous, fermoirs) et les délais rallongés pour les livraisons liés à la crise du Covid-19 », conclut le modéliste.
**Elina Silina, 33 ans, Lettonie, avec Lucie Roberty, 26 ans, développeuse produit chez Maison Causse (gantier)**
Pour élaborer sa collection, Elina Silina (à gauche), étudiante en master à l’université Aalto d’Helsinki, a utilisé du fil provenant des placards de sa grand-mère et des chutes de tissu inutilisées. Elle n’a pas dérogé à sa règle pour imaginer cette paire de gants en collaboration avec la maison Causse, la plus ancienne manufacture de Millau encore en activité qui ne réalise pas moins de 25 000 paires de gants par an, avec l’aide de quarante artisans. C’est donc la créatrice qui a fourni au gantier le fil de laine Mérinos vert pour crocheter les patchworks de vinyle recyclé de cette pièce inspirée de l’ère victorienne et des fameuses manches gigot, dont les courbes et les couleurs font écho à l’une des peintures de Julio Le Parc (Ondes 134, Série 3). « Je n’aurais jamais pu réaliser cette pièce toute seule ! Les ateliers ont accédé à toutes mes demandes », raconte celle qui, enfant, tricotait devant Les Feux de l’amour, rêvant du destin de Sally Spectra, personnage à la tête d’une entreprise de mode.
Privée de déplacements, Elina Silina a eu des échanges via des sessions Zoom avec Lucie Roberty, pour mettre au point le prototype. « J’ai essayé de lui transmettre un aperçu complet des savoir-faire de la maison pour qu’elle puisse faire son choix en toute connaissance de cause », souligne cette dernière. Tout le challenge était que le gant, confectionné dans du vinyle stretch et fin, puisse tenir tout seul. « Nous avons donc entrelacé entre les points de crochet une structure métallique », poursuit la spécialiste qui n’avait jamais travaillé sur un gant aussi long. Pour découper la forme de la main et prévoir une certaine flexibilité à l’usage – le vinyle étant plus rigide que le cuir habituellement utilisé par les ateliers – elle a eu recours à un emporte-pièce conçu pour les tissus de ce type. « Ces machines anciennes me fascinent ! C’est comme une plongée dans l’histoire de la mode pour moi », avance Elina Silina, visiblement émue d’avoir pu bénéficier d’un tel niveau de compétences.
**Ifeanyi Okwuadi, 27 ans, Royaume-Uni, avec Margot Ambrosio, 28 ans, responsable développement modèles chez Maison Lemarié (fleuriste et plumassier)**
À l’origine spécialiste de la confection de parures en plumes, la maison Lemarié a étendu dès le milieu du XXe siècle son activité aux fleurs, délicatement façonnées dans de l’organza, de la mousseline, du tulle, du cuir ou du velours. Mais ce n’est pas tout : les ateliers excellent aussi dans de subtiles incrustations, ce qui n’a pas échappé à Ifeanyi Okwuadi, créateur britannique, diplômé de l’université Ravensbourne à Londres et formé au savoir-faire tailleur à Savile Row. Sa collection est inspirée du Camp de femmes pour la paix de Greenham Common (dans le comté de Berkshire, en Angleterre), installé en 1981 et démantelé en 2000. « Il s’agissait d’une protestation pacifiste contre la décision de l’OTAN de stocker des missiles nucléaires sur ce site, dans l’optique de protéger les générations futures », commente le designer qui a inséré dans sa collection des vêtements d’enfants revisités et des références à des jouets des années 1980, en écho à cette innocence en péril.
Ainsi, pour sa collaboration avec la maison Lemarié, il a imaginé un pull dont l’encolure en V et l’ourlet ont été crochetés avec des fils scoubidou jaune et rose flashy. « Le scoubidou tressé est une matière vivante qui a tendance à rétrécir quand on la laisse reposer. Il faut tout crocheter d’un seul tenant sinon on peut avoir quelques surprises… Il est également préférable d’utiliser la même main pour assurer la régularité des points », souligne Margot Ambrosio. C’est le créateur lui-même qui s’est chargé de l’approvisionnement de la matière, envoyant plusieurs mètres au cours du processus de fabrication pour réaliser la batterie de tests obligatoires. « Pour respecter le patronnage envoyé par Ifeanyi, et dompter cette matière rigide, une semaine d’expérimentations a été nécessaire », ajoute Margot Ambrosio qui a aimé travailler avec une matière rarement utilisée en haute couture. Quant à Ifeanyi Okwuadi, il fait valoir : « J’ai dû dépasser la barrière de la langue artisanale avec ce projet, c’est primordial de maîtriser le bon vocabulaire pour bien communiquer ses idées et surtout les voir se réaliser exactement comme on les imagine. »