Vincent Bolloré, parrain d’une alliance entre la droite et l’extrême droite

by Folivao

12 comments
  1. **Après dix années consacrées à bâtir un empire dans les médias et l’édition, l’homme d’affaires qui rêvait de peser sur l’élection présidentielle et échange désormais avec Emmanuel Macron accentue son influence sur le champ politique, en nouveau marionnettiste de la droite et de l’extrême droite.**

    La rencontre entre Emmanuel Macron et Vincent Bolloré a eu lieu à l’Elysée, à la mi-septembre. Le rendez-vous, absent de l’agenda officiel et resté secret à ce jour, est presque un événement, tant l’industriel et le président de la République s’entendent mal. Nicolas Sarkozy avait bien tenté de les réconcilier à plusieurs reprises, ces trois dernières années. En vain. Mais, cette fois, les deux hommes ont besoin l’un de l’autre et ils ont décidé de mettre un mouchoir sur leur inimitié.

    Après dix années consacrées à asseoir son contrôle sur Vivendi, puissant groupe de médias et de communication (Canal+, Havas, Editis– racheté par Daniel Kretinsky), et désormais à faire fructifier sa propre fortune, Vincent Bolloré a une affaire financière à régler. Vivendi est en effet soupçonnée par la Commission européenne d’avoir mis en œuvre le récent rachat du groupe Lagardère sans attendre son feu vert, et fait l’objet d’une enquête formelle qui pourrait se conclure par une amende à hauteur de 10 % du chiffre d’affaires de la société. L’homme d’affaires se prend parfois à rêver que le chef de l’Etat français pourrait plaider en sa faveur auprès de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Cette invitation à l’Elysée ne peut pas nuire à son dossier.

    Du côté d’Emmanuel Macron, est-ce seulement le grand patron qui a été convié ? Ou ce magnat des médias désormais si politiquement influent qu’il pourrait empoisonner la fin de son mandat présidentiel ? Depuis qu’il a réorienté son groupe vers la télé, la radio et l’édition, le milliardaire est devenu un puissant faiseur d’opinion. Chaque jour, les talk-shows de CNews – un aréopage très masculin qui s’insurge contre l’immigration, l’insécurité et le déclin de l’autorité – imposent leurs obsessions, souvent les mêmes que l’extrême droite, dictant l’agenda politique et les débats. Sur ses plateaux télé, élus de droite et d’extrême droite mêlent leurs voix, de plus en plus difficiles à distinguer, tombant souvent d’accord. Ils se sont entendus pour de bon, mardi 19 décembre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, pour voter la loi « immigration », qui a ouvert une crise politique dans le camp présidentiel.

    **Discrètes consultations**

    Les tentatives d’Emmanuel Macron pour gouverner avec les seuls membres du parti Les Républicains (LR), Bolloré les croit sans avenir. A Eric Ciotti, le président de LR, qu’il juge « bien plus réaliste que la plupart des chefs de la droite », Bolloré a confié son scepticisme à l’égard d’une éventuelle alliance entre LR et les macronistes, longtemps encouragée par Nicolas Sarkozy lui-même. L’ancien chef de l’Etat a rêvé de voir la droite récupérer cet électorat centriste : « Le parti macroniste est une coquille vide, il n’y a personne là-dedans », répète-t-il souvent, imaginant même que son ancienne ministre de l’économie, désormais présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, pourrait diriger cette coalition républicano-macroniste pour l’emporter en 2027.

    « Nicolas est naïf », glisse l’industriel. Lui veut préparer le terreau d’une alliance entre la droite et l’extrême droite, et mettre ses médias au service de cette cause, comme Fox News contribua, aux Etats-Unis, à la bascule de l’opinion en faveur de Donald Trump. Pour cela, ce solitaire, qui n’aime ni les mondanités ni les estrades, consulte. Discrètement. Eric Ciotti ; le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez ; le chef de file des députés LR, Olivier Marleix ; le maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard… Il a déjà testé en maquignon la plupart des patrons de la droite. Les tête-à-tête sont parfois suivis d’un article ou d’un portrait dans les médias du groupe où sont abordées leurs ambitions présidentielles. Ainsi, ces six pages consacrées à David Lisnard, le 14 décembre, dans Paris Match. « Bolloré a remplacé Serge Dassault, remarque l’ancien ministre Brice Hortefeux, ami de Nicolas Sarkozy : C’est le patron de médias que la droite espère. » Voire le patron tout court.

    En 2022, sa chaîne CNews avait lancé la candidature d’Eric Zemmour pour l’élection présidentielle. Ses idées xénophobes et sa théorie raciste du « grand remplacement » ont pénétré la société française, mais sa défaite dans les urnes a convaincu Vincent Bolloré qu’il n’était pas taillé pour la victoire. Une version française de Giorgia Meloni, première ministre italienne anti-immigrés, libérale et européenne par réalisme (les subventions de Bruxelles sont généreuses), plairait davantage au milliardaire breton.

    Aux élections européennes de juin 2024, il soutiendra sans doute Marion Maréchal, tête de liste de Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour, mais réfléchit déjà à la meilleure manière d’aborder la course pour 2027. Devant ses visiteurs LR, il imagine même tout haut la meilleure répartition des rôles entre la droite des Républicains et le Rassemblement national (RN) : « Ils s’occuperont de régler le problème de l’immigration et vous tiendrez l’économie », lâche-t-il alors en substance.

    **Nouveau roi des médias**

    Mais, pour l’heure, voici Vincent Bolloré à l’Elysée face à ce jeune président dont il n’a jamais apprécié ni le brio trop technocratique à son goût, ni l’idéal de « start-up nation » de ses jeunes conseillers. Il goûte, en ce jour de septembre, le plaisir d’être devenu incontournable pour Emmanuel Macron, qui, soucieux de mener à terme son mandat sans polémiques ravageuses, s’est décidé à « traiter » ce nouveau roi des médias.

    A la fin de l’été, l’intervention de quelques ministres dans les colonnes du Journal du dimanche (JDD, dont Geoffroy Lejeune, le nouveau directeur de la rédaction choisi par Bolloré, n’a jamais caché sa filiation d’extrême droite) a fait querelle au sein du gouvernement. Emmanuel Macron en personne a tranché : chacun peut intervenir dans les médias du groupe Bolloré, indique-t-il le 6 septembre, lors d’un séminaire gouvernemental : « Vous avez la possibilité d’utiliser tous les canaux à votre disposition. » En recevant l’homme d’affaires à l’Elysée, il lui propose d’offrir à Paris Match un accès privilégié au roi Charles III et à la reine Camilla, qui entament leur première visite d’Etat en France le 20 septembre. Le 28, les souverains britanniques font la couverture de l’hebdomadaire avec le couple présidentiel français.

    Les Macron le prennent comme un signe palpable de cette paix armée. Depuis la prise de pouvoir de Vincent Bolloré sur le groupe Lagardère, ils se considéraient maltraités par l’hebdomadaire. « Seuls », c’est ainsi que le 27 avril Paris Match avait légendé, en couverture, la photo des Macron prise au téléobjectif par le photographe Pascal Rostain. Le couple, emmitouflé et silencieux, se promenait dans la brume du parc de la Lanterne, à Versailles : sinistre. Un an plus tôt, fait inédit, Paris Match n’avait pas jugé bon de « monter à la “une” » la réélection du président, lui préférant une photo du réalisateur Jacques Perrin, mort une semaine plus tôt.

    Le second indice de réconciliation arrive deux mois après la rencontre à l’Elysée. Le 16 novembre, le portrait d’une Brigitte Macron radieuse occupe la couverture de Paris Match, comme promis par Vincent Bolloré lors de son tête-à-tête avec le président. A l’intérieur, dix pages de photos de l’Italien Emanuele Scorcelletti et un entretien réalisé par Catherine Nay. La biographe de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy est allée assister à un cours de littérature donné par l’épouse du chef de l’Etat à des adultes en difficulté au sein de l’association Live, financée par Bernard Arnault, le patron de LVMH, avec lequel Vincent Bolloré vient de pactiser afin de reprendre les dépouilles du groupe Lagardère. Elle s’est ensuite longuement entretenue avec Brigitte Macron à l’Elysée.

    « Un portrait juste, tendre, lucide, précis, informé… », s’enthousiasme sur son compte X Jérôme Béglé, le directeur général de la rédaction de l’hebdomadaire. Les tirages suivent : 120 000 exemplaires, contre une moyenne de 80 000. « Seul le roi Charles, lors de sa visite en France du 20 au 22 septembre, a fait mieux », convient la rédaction. Tout le monde est content.

  2. Autant de pouvoir dans les mains d’un seul homme ça me donne envie de gerber.
    Le côté faiseur d’opinions est le plus abject à mon sens.
    Je n’ai, honnêtement, pas de mots polis pour exprimer ma colère quand je lis ça, et pourtant je suis un quadra bien tassé qui en a vu passer un paquet depuis 20 ans.
    Cette “Bollosphère” doit être éradiquée, annihilée, atomisée, enterrée, mais pas oubliée.

  3. Je suis pas fan mais je préfère que ce soit lui qui parraine plutôt que Poutine.

  4. Le mec exploite l’Afrique et se plaint de l’immigration, y’en a qui sont nés avant la honte.

  5. j’ai jamais voté pour ce connard, pourtant j’ai l’impression qu’il décide de plein de choses importantes dans le pays.

    “démocratie”, lui et ses potes doivent être MDR quand ils entendent ce mot.

  6. Le monde est dirigé par les élites milliardaires episode 345098

  7. Quoi ? Non ? Hein ? Mais c’est pas possible !

    Vincent Bolloré qui utilise son empire médiatique pour faire avancer son agenda idéologique et matrixer l’opinion public.

    Les bras de mon Pikachu surpris m’en tombent

  8. C’est si surprenant que ça ? J’ai l’impression que la droite à toujours cherché à se rapprocher de l’extrême droite, et ça bien avant Sarkozy.

    Les deux “bords” ont de nombreuses ambitions similaires.

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