Présentée mercredi, la nouvelle association Stop inceste entend rendre visible cette problématique et briser le tabou qui l’entoure. Elle jouera le rôle d’organisation faîtière intercantonale et de centre de compétences en matière d’inceste, dont elle veut faire un véritable sujet de société.

D’après une étude française relayée par l’organisation, un enfant sur dix est victime d’inceste. Les spécialistes s’accordent à dire que ce taux est similaire en Suisse. “L’écart flagrant entre le nombre de victimes potentielles (1/10) et le nombre annuel de plaintes enregistrées par la police ou les autorités en Suisse (environ 400) doit nous alerter en tant que société”, avance Stop inceste mercredi.

Ces chiffres montrent que la plupart des victimes ne sont pas prises en charge. La nouvelle organisation regrette par ailleurs que les enfants, au contraire des adultes, ne sont souvent pas crus lorsqu’ils révèlent une situation d’inceste qu’ils ont subie.

“Il me disait que c’était notre secret”

Jeanne* a accepté de témoigner dans le 19h30. Elle raconte avoir été abusée par son demi-frère durant l’enfance: “C’était quand nous étions seuls à la maison. Il m’appelait dans sa chambre et me disait que c’était notre secret. Pour les enfants, le cadre familial doit être sécuritaire et bienveillant. Je n’arrive pas à comprendre comment un garçon de 12 ans peut avoir envie de faire des attouchements à sa petite sœur de six ans.”

Aujourd’hui, sa mère et son demi-frère contestent cette version de leur histoire familiale. Mais pour Jeanne, il faut désormais que la parole se libère: “On demande souvent: pourquoi cette personne se manifeste-t-elle 10, 15, 20 ans plus tard? Parce qu’il a fallu qu’elle mûrisse cette histoire, qu’elle se rende compte que ce n’était pas normal. Quand on a 12 ans et qu’on n’est pas soutenu par sa famille, on ne peut pas envisager de démarche.”

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Pas assez de moyens à disposition

“Les victimes qui ont révélé ces violences se sont souvent vu ostracisés dans leur propre famille”, confirme Géraldine Morel, administratrice de Stop inceste, mercredi dans Forum. “Leur parole a été mise en doute. On les a considérées comme folles”, ajoute l’anthropologue.

>> L’interview de Géraldine Morel dans Forum :

Une association voit le jour pour visibiliser et lutter contre l’inceste: interview de Géraldine Morel

Une association voit le jour pour visibiliser et lutter contre l’inceste: interview de Géraldine Morel / Forum / 5 min. / aujourd’hui à 18:00

La nouvelle organisation demande donc que l’inceste soit reconnu comme une problématique structurelle, au même titre que les violences domestiques, et qu’il fasse l’objet d’une attention politique majeure.

Par ailleurs, les associations de lutte contre l’inceste manquent souvent de moyens. L’organisation souhaite donc les fédérer et construire un réseau de partenaires au niveau national, tout en visibilisant cette thématique.

Un événement a d’ores et déjà été annoncé: la première rencontre annuelle du réseau se tiendra le 27 février prochain à Fribourg.

*Prénom d’emprunt

Sujet TV: Hannah Schlaepfer

Texte web: ami avec ats