Publié le
21 novembre 2025
Les vêtements Shein contiennent toujours des produits chimiques dangereux dépassant les limites fixées par l’Union européenne, d’après un nouveau rapport de Greenpeace publié jeudi.

Greenpeace
“Sur 56 vêtements analysés, 18 contenaient des substances chimiques dangereuses, dont certaines dépassaient largement les limites fixées par le règlement européen”, a déclaré Greenpeace Allemagne dans un communiqué, accablant une fois de plus l’industrie de la fast fashion. L’ONG souligne que sept produits, des vestes, dépassaient les limites de PFAS jusqu’à 3.300 fois les limites européennes de Reach. Quatorze produits dépassaient les limites de phtalates, dont 6 de 100 fois ou plus les limites fixées par Reach.
Dans ces vêtements de la plateforme de e-commerce chinoise Shein, l’ONG a observé la présence de phtalates (plastifiants) et des PFAS, des agents imperméabilisants et antitaches considérés comme des polluants éternels.
Ces substances potentiellement toxiques ont été associées à diverses maladies, notamment des cancers, des troubles de la reproduction et de la croissance chez l’enfant, ainsi qu’à un affaiblissement du système immunitaire, précise l’ONG.
Elles pénètrent dans l’organisme par la peau et l’inhalation des fibres, ajoute Greenpeace, indiquant que des vêtements pour enfants ont été également testés. “Il y a un risque que les enfants les mettent dans leur bouche ou qu’ils jouent avec voire les avalent…”, explique dans une vidéo en ligne sur le site de Greenpeace, Ulrike Siemers, directrice de l’institut environnemental de Brême qui a analysé les vêtements.
À cause du lavage, ces substances se retrouvent également dans les rivières, les sols et la chaîne alimentaire.
L’ONG avait déjà mis en garde en 2022 contre la présence de substances chimiques dangereuses dans les produits Shein. A l’époque, les tests de Greenpeace avaient identifié 7 des 47 produits Shein testés comme problématiques.
“Shein incarne un système malsain de surproduction, de cupidité et de pollution de la planète”, accuse Moritz Jäger-Roschko, de Greenpeace Allemagne. Avec 363 millions de visites par mois, Shein.com est le site de mode le plus visité au monde, d’après l’ONG qui précise que c’est plus que les visites cumulées sur les sites de Nike, Myntra et H&M.
Interrogée par l’AFP, la plateforme a déclaré retirer de la vente dans le monde entier les articles qu’elle “peut identifier” par “mesure de précaution”.
Shein avait publié une réponse similaire fin octobre, après qu’une organisation de consommateurs allemande, la Stiftung Warentest, avait déjà mis en garde face à des substances dangereuses contenues dans des produits vendus sur les plateformes chinoises Temu et Shein, comme dans des tapis d’éveil pour bébés ou des bijoux.
Shein a largement communiqué au premier semestre 2025 sur ses investissements dans le contrôle de ses sous-traitants. La société a introduit en 2024 une liste des substances interdites dans la fabrication (MRSL) et a expliqué avoir réalisé plus de deux millions de tests et avoir exclu 260 de ses milliers de fournisseurs pour non-conformité.
“Nos résultats suggèrent que ces mesures ne sont pas efficaces. Les produits Shein contiennent toujours des substances chimiques dangereuses dépassant les limites fixées par l’UE. Certains articles signalés lors de tests antérieurs réapparaissent sous une forme presque identique, avec les mêmes substances dangereuses, explique Greenpeace dans son rapport. Shein retire les articles individuels une fois qu’ils ont été exposés, pour les remplacer par des clones presque identiques, provenant peut-être même du même fournisseur. Compte tenu de l’extrême diversité de sa gamme de produits et de son vaste réseau de fournisseurs, Shein semble incapable de contrôler les produits chimiques utilisés dans les produits vendus sur sa plateforme”.
Mais plus qu’un manque de contrôle, l’ONG souligne que l’acteur basé à Singapour n’a pas forcément vocation à répondre aux exigences européennes. “L’entreprise exploite une faille dans la réglementation européenne sur les produits chimiques : comme les vendeurs sur la plateforme expédient directement aux consommateurs au sein de l’UE, Shein peut contourner les obligations Reach. L’entreprise sait qu’elle ne risque aucune conséquence réelle pour la vente de produits non conformes, faisant passer le profit avant la sécurité des personnes et de la planète”, affirme Greenpeace.
Depuis plusieurs mois, les plateformes asiatiques de vente en ligne affrontent une offensive des associations de défense de l’environnement et des droits humains, des entreprises européennes et des autorités, qui se traduit par des enquêtes, de colossales amendes ou encore des propositions de loi pour freiner leur essor.
La Commission européenne a déclaré qu’elle proposerait un projet de loi l’année prochaine pour remédier à ces problèmes.
La semaine dernière, les États membres de l’UE ont également convenu de supprimer l’exonération de droits de douane sur les commandes de faible valeur provenant de sociétés telles que Shein.
Avec AFP
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