Ce mercredi 26 novembre se poursuit le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné d’avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement entre 2008 et 2017 dans deux cliniques privées de Besançon (Doubs). Depuis la cour d’assises, Jeanne Casez vous fait vivre les temps forts de ce 52e jour d’audience.
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10h50 : L’audience est reprise, avec l’attendue déposition du Dr Assila. Dans sa robe noire, cette brune de 41 ans raconte qu’elle a intégré la clinique Saint-Vincent, où elle faisait des remplacements, en novembre 2015, par “solidarité pour ses confrères”, et malgré une fausse couche tardive de ses deux jumeaux. “Rapidement, je réalise que je ne me plais pas dans l’établissement, parce que le rythme de travail est extrêmement soutenu et je n’arrive pas à faire face.” Aujourd’hui réanimatrice au CHU de Besançon, la médecin se remémore “une ambiance extrêmement virile, une hostilité vis-à-vis de deux jeunes femmes anesthésistes. Un certain nombre de praticiens considèrent que la priorité c’est l’argent, que la médecine n’est pas une fin en soi, mais une manière de devenir très riche.”
10h35 : Gilles Capellier est remercié. L’audience est suspendue, elle reprendra à 10h50.
10h30 : Julie Péchier rappelle la mulitiplicité des explications possibles au décès de M. Quenillet, et à sa kaliémie. “Est-ce qu’on peut envisager que la kaliémie [le taux de potassium] de ce patient soit la conséquence de l’acidose induite par un arrêt cardiaque prolongé ?”, demande l’avocate de l’accusé. C’est “une hypothèse plausible” aux yeux du Pr Capellier.

Me Frédéric Berna, avocat de nombreuses parties civiles au procès de Frédéric Péchier.
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© Fabienne Le Moing – France Télévisions
10h15 : Me Berna insiste. “Si la famille de M. Quenillet se retrouve dans cette cour d’assises, c’est de votre fait !” lance-t-il au Pr Capellier. “Que tout le monde l’ait bien à l’esprit. Si vous n’aviez pas signalé l’évolution suspecte de ce patient, il n’y aurait pas eu d’enquête pénale.” À la barre, le témoin acquiesce. Il a répondu “en [son âme et conscience]” aux enquêteurs, mais il ne crie pas à l’empoisonnement pour autant.
10h10 : Christine de Curraize n’en restera pas là. L’avocate générale rappelle que le Dr Darcq, le chirurgien chargé de procéder à l’ablation de la prostate de M. Quenillet, était “très content de son intervention, car elle avait duré moins longtemps que d’habitude et le patient n’avait pas saigné du tout.” Le Pr Capelier la rejoint sur ce point : “de ce que j’ai pu comprendre, on était déjà à la fin de l’intervention [quand l’arrêt cardiaque est survenu, ndlr]. On voit bien que la partie la plus délicate de l’opération avait déjà eu lieu. Donc c’est vrai qu’on est assez surpris, d’avoir ce retour de quelque chose qui se passait bien.”

Le CHU de Besançon.
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© Antoine Laroche – France Télévisions
10h : Le Pr Capellier ne penche pas spécialement pour un empoisonnement. Selon lui, le taux de potassium relevé dans le sang n’est pas spécifiquement révélateur, car il aurait pu “sortir des globules rouges qui ont été cassés”. On parle alors de “potassium hémolysé”. “Il peut aussi y avoir un apport de potassium exogène [un empoisonnement]. Moi, je n’ai pas d’éléments en ma possession pour expliquer cela.”
9h50 : Gilles Capellier succède à son confrère à la barre. Professeur à l’université de médecine de Besançon, il est médecin réanimateur au CHU de Besançon. Lui aussi vient tenter d’expliquer la cause du décès de M. Quenillet. Ce patient n’ayant pas été autopsié, puis incinéré, seules les dépositions des médecins qui l’ont soigné permettent à la cour de savoir s’il a été empoisonné.

La cour, lors du procès de Frédéric Péchier, le 12 septembre 2025. Au centre, la présidente de la cour d’assises Delphine Thibierge.
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© Valentin Pasquier – France Télévisions
9h40 : Comment expliquer le rebond de potassium du patient, au sein même CHU ? A-t-il pu continuer à être alimenté par une poche de soluté polluée à la clinique Saint-Vincent ? “Avez-vous pour habitude de changer les poches des patients à leur arrivée ?”, s’intéresse alors Me Péchier, avocate de son frère, pour démonter cette hypothèse. “Je confirme que c’est notre habitude, mais je ne confirme pas que c’est ce qui a été fait”, lui retourne le Dr Winiszewski.
9h35 : “Avez-vous administré du potassium à M. Quenillet au CHU ?” demande alors Me Berna. “Il y a eu un apport de potassium dans les solutés de remplissage, qu’on a calculé autour de 1,5g sur 6 heures”, répond le Dr Winiszewski. “Cet apport suffit-il à expliquer le rebond en potassium du patient ?” “Non, c’est déconnecté de l’intensité de la montée.” “Est-ce que c’est une dose mortelle ? Parce qu’on se pose ces questions, dans cette cour d’assises.” “Non, ce n’est pas une dose mortelle.”

Frédéric Péchier et sa soeur Julie, son avocate, arrive au tribunal de Besançon le 26 novembre 2025.
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© Fabienne Le Moing – France Télévisions
9h25 : Assesseurs et avocates générales se passent le micro. Tous tentent de saisir si l’évolution de M. Quenillet était inhabituelle, et pouvait résulter d’un empoisonnement au potassium. Notamment parce que le Dr Winiszewski, lui aussi, a tiqué sur le taux de kaliémie [de potassium] très élevé de ce patient. Son explication restera nuancée : “La multiplicité des problèmes qu’on rencontre dans l’après-midi ont tendance à favoriser l’insuffisance rénale et à faire monter le potassium. C’est une situation qu’on rencontre, mais ça restait beaucoup, sans pouvoir dire que c’était trop… c’était étonnant.”
9h15 : “Vous avez dit que le patient vous a filé entre les doigts ?”, relance la présidente. “Oui, répond le Dr Winiszewski. Il était particulièrement grave et on a engagé des traitements maximalistes pour stabiliser son état et rien n’a fonctionné.”
9h10 : “Entre 18h et 1h20 du matin, l’heure du décès, on a été confrontés à une situation qu’on n’a jamais pu rattraper, une insistance de toutes les anomalies qui ont été décrites avant”, relate le Dr Winiszewski. L’abandon des traitements a été décidé par “crainte de séquelles cérébrales et une impossibilité de maintenir ses fonctions vitales”.

Frédéric Péchier et sa soeur Julie, avocate.
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© Valentin Pasquier – France Télévisions
9h05 : Après son arrêt cardiaque à la clinique Saint-Vincent, Henri Quenillet a été transféré en réanimation, au CHU de Besançon. La présidente demande à Hadrien Winiszewski de raconter ce dont il a été témoin au sein de ce service. Le docteur demande à s’appuyer de ses notes, mais sa mémoire des faits semble excellente. “C’est un patient aux antécédents cardiaques dont la cause d’arrêt cardiaque n’était pas évidente. Il avait une exploration coronaire qui donnait peu de crédit à un infarctus comme explication.” Une fois M. Quenillet intégré au service, “s’en est suivie une grande instabilité clinique du patient : un défaut d’oxygénation sanguine, de grandes difficultés à maintenir la stabilité de l’état circulatoire, une hémorragie au niveau du thorax, une hyperkaliémie qui n’était pas présente avant et qu’on a eu peine à expliquer”.
9h : La sonnerie du matin retentit pour la 52e fois. L’audience est reprise. Devant le pupitre, un homme brun, en sweat-shirt rose, attend qu’on lui donne la parole. C’est Hadrien Winiszewski. Il est médecin anesthésiste au CHU de Besançon.
7h45 : Bienvenue dans ce direct. Tout au long de la journée, vivez à nos côtés le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, comme si vous étiez dans la salle d’audience. Le docteur Péchier est soupçonné par la justice d’avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017. Son procès devant les assises au tribunal de Besançon doit durer 15 semaines. Il comparait libre, il n’a jamais été incarcéré durant les 8 années d’instruction.
Que s’est-il passé la veille ?
La veille, mardi 25 novembre, le directeur d’enquête, Olivier Verguet, a été entendu une dernière fois au sujet des deux derniers décès inexpliqués de la clinique Saint-Vincent, ceux de Henri Quenillet et Bertrand Collette, survenus en 2016. Me Giruanna en a profité pour saluer son travail. “Ce sont les habitants qui vous doivent beaucoup, lui a-t-il dit. Combien il y aurait eu d’empoisonnements supplémentaires sans vous ?”
De nombreux médecins ont été entendus à la barre, dans l’après-midi, dont le Pr Pili-Floury. Henri Quenillet et Betrand Collette n’ayant pas été autopsiés, les souvenirs et l’interprétation du chef de service de réanimation du CHU étaient essentiels à la compréhension des jurés. C’était aussi la dernière déposition du Dr Serri, qui a perdu trois patients en 2016. Il a remercié la cour, ému aux larmes, pour cette “recherche de vérité éprouvante, mais extraordinaire”. Lui aussi partie civile, le Dr Darcq, chirurgien du défunt Henri Quenillet, a encouragé l’accusé à “reconnaître des choses évidentes” pour “aider la profession à tourner la page, et les familles à faire leur deuil”.
Pourquoi la justice soupçonne le docteur Péchier ?
Frédéric Péchier, ancien médecin anesthésiste, a travaillé au sein de la clinique Saint-Vincent, mais également de la polyclinique de Franche-Comté, à Besançon, entre 2008 et 2017. À cette époque, plusieurs EIG, acronyme utilisé pour “événements indésirables graves”, se produisent dans ces deux établissements privés de soin, dans une proportion démesurée.
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Notre journaliste Sarah Rebouh vous aide à comprendre les enjeux du procès de l’ex-anesthésiste Frédéric Péchier, en moins de 3 min.
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©Sarah Rebouh / France Télévisions
De trop nombreux patients qui ne présentent pas de fragilités particulières, font des arrêts cardiaques en pleines opérations chirurgicales. Sur 30 cas dont la responsabilité est attribuée à Frédéric Péchier par les enquêteurs, douze décèdent. L’anesthésiste, un professionnel particulièrement impliqué dans son travail selon ses pairs, est soupçonné d’avoir provoqué ces incidents médicaux pour faire valoir ces qualités de réanimateur, mais aussi pour nuire à certains de ses collègues avec qui il était en conflit.
Frédéric Péchier a toujours nié fermement les faits. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Ce dernier comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Son procès doit durer 15 semaines, du 8 septembre au 19 décembre 2025.
➜ Relire tous nos articles au sujet de l’affaire Péchier.
Les grandes dates de l’affaire Péchier11 janvier 2017 : une femme de 36 ans fait un arrêt cardiaque inexpliqué à la Clinique Saint-Vincent à Besançon alors qu’elle est opérée.20 janvier 2017 : un nouveau malaise cardiaque inexpliqué se produit dans la même clinique. Des fortes quantités de potassium ou d’anesthésique, à dose létale, sont retrouvées dans les poches d’anesthésie des deux patients.6 mars 2017 : Frédéric Péchier est placé en garde à vue et mis en examen pour “empoisonnements avec préméditation” sur sept patients, dont deux sont morts entre 2008 et 2017. Il clame son innocence.Décembre 2017 : les corps de quatre personnes dont les morts sont suspectes sont exhumés pour analyses. La justice n’ordonne ce type d’acte que très exceptionnellement.17 mai 2019 : le docteur Péchier est mis en examen pour 17 nouveaux événements indésirables graves (EIG). Il clame toujours son innocence. Il n’a plus le droit de paraître dans le Doubs.Il ne peut plus exercer son métier.1er octobre 2021 : Frédéric Péchier fait une tentative de suicide en se défenestrant du premier étage.27 septembre 2022 : les soupçons concernent désormais 32 patients qui auraient été empoisonnés dont 13 mortellement.22 mars 2023 : Frédéric Péchier est mis en examen pour 30 cas, dont 12 mortels.5 août 2024 : le médecin anesthésiste est renvoyé devant la cour d’assises du Doubs pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels.8 septembre 2025 : ouverture prévue du procès de Frédéric Péchier devant la cour d’assises du Doubs. Il doit durer 15 semaines.
France 3 Franche-Comté se mobilise pour vous faire vivre le procès de Frédéric Péchier, comme si vous y étiez. Du 8 septembre au 19 décembre 2025, suivez les débats en cours dans la salle d’audience, en direct sur notre site internet, grâce à nos journalistes web sur place Jeanne Casez, Antoine Comte et Sarah Rebouh.
Avec la collaboration de Sophie Courageot, rédactrice en chef adjointe et Morgane Hecky, chargée d’édition numérique et des équipes de reportage présentes à l’audience.