Le 11 décembre, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré lors d’une conférence à Berlin que la Russie pourrait attaquer un pays membre de l’Alliance dans les cinq prochaines années. Il rejoint en cela les prédictions de certains services de renseignement européens… mais pas américains(1).

Il a précisé : « La Russie intensifie déjà sa campagne clandestine contre nos sociétés […] Nous devons nous préparer à une guerre d’une ampleur comparable à celle qu’ont connue nos grands-parents ou arrière-grands-parents. »

NdA : la comparaison est pour le moins osée mais le secrétaire général de l’OTAN qui intervenait à Berlin avait vraisemblablement réglé son discours à son auditoire dont une grande partie a gardé en mémoire ce que fut l’horreur de l’arrivée de l’Armée rouge dans la capitale allemande…
Il a d’ailleurs ajouté : « si vous aimez la langue allemande et que vous ne voulez pas parler russe, c’est crucial d’investir massivement dans la défense, c’est une condition sine qua non, car sinon (Poutine) ne s’arrêtera pas à l’Ukraine. »
Tous les observateurs un peu avertis apprécieront l’habileté de langage…

Mais pour lui, soutenir l’Ukraine est une garantie pour la sécurité européenne.
« Imaginez un peu si Poutine parvenait à ses fins : l’Ukraine sous le joug de l’occupation russe, ses forces repoussant la ligne de contact avec l’OTAN, et le risque considérablement accru d’une attaque armée contre nous. »

NdA : jusqu’à aujourd’hui, c’est surtout l’OTAN qui a repoussé la ligne de contact avec la Russie en acceptant de nombreux nouveaux membres en son sein. Il est vraisemblable que si Moscou n’a plus aucune idéologie à partager à l’étranger depuis la disparition du communisme internationaliste (« les petits matins qui chantent » connus par les plus anciens), l’Occident se retrouve une âme légèrement expansionniste avec ses dernières « valeurs »(2) qui sont globalement rejetées par les civilisations asiatiques, africaines et proche-orientales.

Rutte a légèrement tempéré : « les défenses de l’OTAN peuvent tenir pour l’instant, mais le conflit est juste à côté de l’Europe. »
NdA : il est vrai que les exploits du « rouleau compresseur russe » en Ukraine laissent à désirer. Il est difficile d’imaginer le danger réel qu’il représente réellement même pour la vieille Europe – bien sûr en dehors de sa composante nucléaire -.

Rutte craint que « trop de gens soient tranquillement complaisants, et trop de gens ne ressentent pas l’urgence, trop de gens croient que le temps joue en notre faveur. »

NdA : et pourtant la propagande médiatico-politique européenne bat son plein plongeant de nombreux citoyens dans une peur diffuse car mal définie.

Reprenant son ton martial qui ne peut que satisfaire les lobbies militaro-industriels, il a poursuivi : « les dépenses et la production de défense des Alliés doivent augmenter rapidement ; nos forces armées doivent disposer des moyens nécessaires pour assurer notre sécurité. »
En juin 2025, les membres de l’OTAN ont convenu de porter leurs objectifs de dépenses de défense à 5 % de leur produit intérieur brut d’ici 2035, soit plus du double de l’objectif actuel de 2 %, et conformément aux augmentations que le président américain Donald Trump réclame depuis des années. Il sous-entend que c’est surtout le complexe militaro-industriel qui doit en bénéficier… Le président Trump reste un homme d’affaires avant d’être un politique.

Comme Rutte, la majorité des dirigeants européens assurent se « préparer à la guerre » contre la Russie.
Les responsables militaires suivent en réclamant des hausses importantes de crédits et une augmentation des effectifs – tout en restant très réticents à quelques exceptions près à la conscription – (la majorité des cadres actuels n’a connu que l’armée de métier et doute de la pertinence d’une armée de conscrits.)
Les armées des pays européens sont actuellement globalement sous-équipées après trois décennies de politique de recueil des « dividendes de la paix. »

De son côté, l’armée russe sort aguerrie par quatre années de conflit de haute intensité (le dernier échelon avant la « guerre totale » n’ayant pas encore été franchi.)

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, outrepassant son mandat en matière de défense (NdA : et pourtant, elle n’a pas laissé un souvenir impérissable comme ministre de la défense allemande de 2013 à 2019) a annoncé le plan « Réarmer l’Europe/Prêt 2030 » qui prévoit des investissements de plus de 800 milliards d’euros.

Mais les véritables problèmes européens vont de la faible production industrielle, du manque de contrôle sur la chaîne d’approvisionnement, des coûts énergétiques élevés, ainsi que des prix élevés des munitions et des équipements de défense. En outre, l’absence d’une industrie de drones et de missiles à longue portée fragilise ses capacités potentielles à mener une guerre classique contre la Russie.
Selon un rapport récent de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale, la Russie produit chaque mois environ 150 chars de bataille, 550 véhicules de combat d’infanterie, 120 drones Lancet et plus de 50 pièces d’artillerie.
Les alliés occidentaux sont actuellement très loin de cette capacité de production. Il faudra des années pour que l’industrie d’Europe occidentale soit capable de rivaliser avec la production de masse russe.
De plus, les prix des armements occidentaux sont globalement deux à quatre fois supérieurs à ceux des russes qui – de plus – sont produits en quantité industrielle.

Les Européens ont encore la suprématie aérienne

L’OTAN en Europe compte actuellement environ 1.500-1.700 chasseurs de quatrième génération tandis que la Russie en a un peu moins de la moitié mais en compensation, elle possède beaucoup plus de systèmes de défense aérienne déjà testés au combat.
L’OTAN n’a jamais fait face à des systèmes de défense aérienne modernes. En Irak, comme en Libye, en Syrie ou en Serbie, il d’ont rencontré que des systèmes soviétiques âgés d’au moins près de deux décennies.
Et quels missiles ces avions européens de l’OTAN peuvent-ils mettre en œuvre? Les stocks de munitions européennes ont été épuisés en un mois de bombardements en Libye avec une intensité dix fois moindre à ce que serait une guerre contre la Russie.

L’Europe se targue d’avoir formé des dizaines de milliers de combattants ukrainiens Mais ces derniers reprochent à leurs instructeurs de l’OTAN de manquer d’expérience du combat de haute intensité. Les stagiaires avaient souvent plus d’expérience que les instructeurs…
Durant des années, certaines armées occidentales et leurs industries de défense se sont concentrées sur les opérations de contre-insurrection tout en bénéficiant d’une puissance aérienne écrasante face à leurs adversaires dépourvus de défense sol-air conséquente.

Affronter la Russie dans une guerre d’usure est un défi totalement différent. L’OTAN semble avoir pour le moment une mauvaise estimation de l’adversaire auquel il a l’intention de faire face.

La guerre dite « hybride » qui comprend des événements tels que les cyberattaques, la désinformation et les lancements présumés de drones sur des aéroports et des bases militaires dans les pays de l’OTAN, s’est intensifiée en 2025.
Mais aussi inquiétantes soient-elles, ces incidents sont insignifiantes comparées à une crise majeure que déclencherait une attaque militaire russe contre un pays membre de l’OTAN, surtout si elle impliquait la prise de contrôle d’un territoire et des pertes humaines.

Il convient de souligner qu’elle mettrait les populations civiles – dont personne n’a demandé l’avis – en première ligne puisque pour l’instant, rien de sérieux n’est prévu pour les protéger sans parler des menaces intérieures déjà prégnantes que les différents gouvernants semblent ignorer volontairement avec une grande superbe.
La volonté de la plupart des gouvernants européens de faire peur aux populations en agitant une menace russe hypothétique laisse à penser qu’ils cachent des périls beaucoup plus grands. Mais cela leur laissera lors en cas du déclenchement de troubles intérieurs graves ayant bien d’autres origines de prendre les premières mesures de conservation qui seront lors nécessaires – comme lors du confinement dû à la Covid-19.»

(1) Voir : « Évolution de la politique américaine avec le temps » du 10 décembre 2025.

(2) Particulièrement « woke ».