C’est simple : vous ne lirez rien de plus grinçant sur le marasme actuel, que ce petit roman “A la découpe”, signé de l’ancien grand reporter Pascal Manoukian.
Quel est le sujet ?
L’émergence d’un candidat présidentiel par inadvertance, quasi ‘à l’insu de son plein gré’, puisque comme l’écrit l’auteur : “Aujourd’hui une ‘tiktokerie’ et deux ‘hanounaneries’ suffisent à faire campagne et illusion de démocratie.”
Tout cela parce que Hugo, c’est le nom de ce chômeur trentenaire, a eu le malheur de suggérer sur un bout de trottoir et devant une caméra, de faire de chaque Français un gagnant du Loto, un multimillionnaire. De résoudre la question des inégalités non pas en supprimant les riches mais en les multipliant.
Une promesse de nirvana d’autant plus éblouissante, que la France est au fond du trou. Une mystérieuse CNR, Convergence Nationale des Radicalités, vient de passer à l’action violente. Et à l’Elysée, ce président “qui s’entêtait à tout déconstruire et comme un gosse, ne savait rien remonter”, vient de flanquer sa démission en chantonnant sur un air de Sardou : “Mon cher pays, je pars… “
Mais alors d’où viendrait l’argent qui enrichirait les Français ?
De la France. Puisque le pays est menacé de disparaitre, se dit Hugo, dépêchons-nous de “répartir son héritage entre tous ses enfants”, après l’avoir vendu « à la découpe ». Les monuments, les territoires, le sommet du Mont Blanc, les atolls du Pacifique, le patrimoine public et privé : à vendre ! Et très vite, le sultan de Brunei jette son dévolu sur la Tour Eiffel, Américains et Chinois se disputent la Nouvelle-Calédonie, Elon Musk met une option sur Kourou. Saoudiens et Qatari rivalisent pour s’offrir la Côte d’Azur. Quand l’Allemagne négocie la reprise de nos armes nucléaires. Et Pékin l’ensemble des terres arables.
Comme un commerce qui s’apprête à baisser le rideau : tout doit disparaitre !
Et les Français ?
Promis à devenir très riches : avec 10 à 15 millions € chacun, estimation basse, ils peuvent rêver à une vie d’oisiveté, de voyages et d’insouciance. Riches mais apatrides. “Plus de pays, plus de dette, plus de trou de la Sécu, plus de mal-logés, plus de chômeurs, plus de frontière à défendre”. Mais aussi comme le dit l’ex-femme d’Hugo, “plus personne pour changer les pansements, semer le blé, conseiller des livres, etc… “
Perspective vertigineuse. Les Français sont-ils malheureux au point de brader leur pays et de le démanteler ?
La réponse est dans le livre ?
Non, ce n’est pas une thèse. Plutôt une provocation, particulièrement enlevée. Admirez par exemple la description de celui qui prend l’intérim du chef de l’Etat après sa démission : “Six mandats que le président du Sénat attendait ça. L’équivalent d’un gigot de sept heures pour ce jovial normand, élu à 18 mois, bébé Blédine de l’Orne, depuis grand dévoreur de foie gras et de dossiers.” Je m’arrête là, mais tout est vrai !
“A la découpe”. Pascal Manoukian, aux éditions Rio Bravo, 12€. Vivement recommandé.