À mesure que les fractures sociales, politiques et économiques se creusent aux États-Unis, un phénomène discret prend de l’ampleur : de plus en plus d’Américains cherchent ailleurs une vie plus respirable. Pour les uns, c’est une urgence. Pour les autres, un calcul à long terme. Mais tous dessinent une même carte du possible, qui mène vers le Costa Rica, l’Uruguay… ou le Portugal.

La BBC s’attarde sur ce mouvement qui pousse de jeunes Américaines à regarder par-delà les frontières de leur pays. Le témoignage d’Aubrey, qui quitte New York pour le Costa Rica, plante le décor : “Des mois de malaise face au climat politique aux États-Unis – des débats sur les droits des LGBT aux inquiétudes concernant la sécurité de base – ont fini par nous pousser à prendre la décision de partir.”

Le site rappelle que cette dynamique dépasse les cas individuels : selon l’institut de sondage américain Gallup, “40 % des femmes américaines âgées de 15 à 44 ans souhaiteraient vivre à l’étranger si elles en avaient l’occasion”, creusant “le plus grand écart entre les genres jamais enregistré”. La BBC décrit également l’effritement spectaculaire de la confiance civique : “Seuls 26 % des Américains déclarent faire confiance à la présidence, 14 % au Congrès, et moins de la moitié expriment leur confiance envers la Cour suprême.” Chez les jeunes femmes, “cette confiance a chuté de 17 points depuis 2015”.

Le reportage suit aussi des trajectoires d’expatriation déjà réalisées. Pour Alyssa, qui vit aujourd’hui en Uruguay, le déclic a été politique : “Les droits des femmes étaient en train d’être supprimés en temps réel”, explique-t-elle après l’abrogation de la législation autorisant l’avortement.

Kaitlin, installée à Lisbonne, est aussi très claire :

“Il n’y a pas de véritable équilibre entre vie professionnelle et vie privée aux États-Unis. Je voulais vivre quelque part avec un autre rythme, d’autres cultures, et apprendre une nouvelle langue.”

Ces trajectoires individuelles convergent vers une même conclusion : l’idée qu’une vie plus sûre, plus accessible et plus prévisible se trouve aujourd’hui hors des États-Unis.

C’est précisément ce glissement qu’explore The Times, qui s’intéresse à un autre pan de la population américaine : les gens partis en retraite anticipée. Dan et Beatriz Sigmon ont quitté Indianapolis pour l’Algarve, attirés par un environnement stable et un système fiscal avantageux. Dan le formule sans détour :

“La raison principale pour laquelle nous avons atterri ici, au Portugal, plutôt qu’en Espagne, par exemple, est le traitement fiscal préférentiel de ma pension de retraite. Cela nous a permis de conserver beaucoup plus de notre revenu que dans d’autres pays.”

Le quotidien rappelle qu’au Portugal, le coût de la vie reste attractif pour les expatriés avec de bons revenus. Mais c’est surtout la combinaison d’incitations fiscales qui attire les Américains. Justement, la demande explose. Selon l’Immigration Advice Service, “le 6 novembre, le visa D7 pour le Portugal était le choix le plus populaire pour la retraite”, avec des consultations en hausse de “957 %”. Et l’insécurité fiscale du monde anglo-saxon renforce ce mouvement. Gavin Scott, gestionnaire de patrimoine pour le cabinet Blevins Franks, résume les avantages que présente le pays de Camões : “Le Portugal n’a pas d’impôt sur les successions en tant que tel, et le pays est relativement stable politiquement et financièrement, ce qui signifie que des changements radicaux [des politiques fiscales] sont peu probables.”

Que les personnes partent à 30 ans pour garder des droits ou à 40 ans pour préserver leur épargne, ces trajectoires racontent un même déplacement. La BBC comme The Times montrent que, pour nombre d’Américains, le futur se trouve désormais ailleurs. Le Portugal, le Costa Rica ou l’Uruguay deviennent moins des destinations d’évasion que des lieux où l’on peut, tout simplement, mener une vie vivable.