11.697 faillites enregistrées en 2025: la Belgique fait pire qu’en 2013, annus horribilis qui tenait lieu jusqu’ici de repoussoir absolu. Cette dégradation s’accompagne d’un affaiblissement marqué du dynamisme entrepreneurial, la croissance nette des entreprises atteignant son plus bas niveau depuis une décennie, à seulement 6,37%.
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L’hémorragie frappe particulièrement certains secteurs économiques. Après 11 mois, la construction figure en tête avec 2.525 faillites, établissant un nouveau record par rapport à 2024 (+6%). Le transport et l’entreposage enregistrent des chiffres historiques avec 737 cessations d’activité (+12,2%). Les activités spécialisées, scientifiques et techniques comptabilisent 829 faillites.
Statbel, l’office belge de statistique, rapporte une hausse des défaillances de 5% sur un an et de 13% sur deux ans.
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Cette avalanche de chiffres cache des drames humains. Toujours selon Statbel, 28.577 pertes d’emploi sont liées à des faillites d’entreprises pour les 50 premières semaines de 2025 (+2,8% par rapport à 2024 et +20,6% par rapport à 2023).
Géographiquement, toutes les régions du pays sont affectées, la Wallonie connaissant une augmentation continue tout au long de l’année.
Face à ce contexte difficile, les entrepreneurs adoptent des stratégies défensives. Un nombre croissant de jeunes entités privilégient désormais le statut d’entreprise individuelle, signe d’une prudence accrue. Le bureau d’informations commerciales Graydon Credisafe résume la situation: «2025 montre que l’entrepreneuriat belge se maintient, mais privilégie de plus en plus la prudence et la survie à la croissance». L’organisme estime que cette pression persistera en 2026, même si une tendance vers davantage de résilience économique et d’autonomie stratégique se dessine en Europe.
Le commerce de détail en première ligne
L’année 2026 s’annonce critique pour de nombreuses enseignes commerciales, avance le journal économique L’Echo.
Le 31 janvier marquera ainsi la fermeture définitive des sept magasins Cora du pays; dont Messancy. Les surfaces seront redistribuées entre Delhaize, Aldi, Kiabi, Dreamland, Dreambaby et Jysk. L’impact de ces fermetures reste à évaluer.
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Une «bataille dominicale» bouleverse le secteur. Les 152 magasins Okay du groupe Colruyt sont désormais ouverts le dimanche. Ils seront suivis par Carrefour à partir du 18 janvier, après un accord obtenu sous la menace d’un départ de Belgique. Le 7 jours sur 7 pourrait inciter Lidl, Aldi et Colruyt à emboîter le pas, redistribuant les parts de marché.
La distribution alimentaire fait face à une guerre des prix féroce, menée par des enseignes comme Kruidvat, Action et Xtra. Le textile souffre lui aussi: C&A, Hema et Trafic subissent la concurrence du commerce en ligne et l’expansion agressive de Kiabi. Il s’agit toutefois davantage de tensions structurelles que de situations de faillite imminente. Bel&Bo et ZEB connaissent des difficultés similaires. Le groupe Colruyt pourrait revendre ZEB et Bike Republic dans le non-alimentaire si un repreneur se manifeste même si, précise L’Echo, rien n’est officiel.
La beauté n’échappe pas aux turbulences. Face à l’arrivée possible de Sephora, Ici Paris XL réoriente sa stratégie vers le libre-service. Yves Rocher, confrontée à l’e-commece et aux parapharmacies, a fermé deux magasins en 2025 à Charleroi et Mons.
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Dans l’électroménager, Krëfel tente un redressement après avoir abandonné son activité cuisiniste, multipliant les promotions face à Coolblue qui poursuit son expansion. L’ameublement connaît également des secousses: après la faillite de Leen Bakker en 2025, Maisons du Monde prévoit entre quarante et cinquante fermetures ou transferts sur ses 340 points de vente européens d’ici 2026. Jysk et Ikea tirent en revanche leur épingle du jeu.
Même le sacro-saint bricolage montre des signes préoccupants. Brico projette de franchiser dix magasins durant l’été en Wallonie et en région bruxelloise.
Les promotions différenciées entre boutiques physiques et sites internet créent des tensions en différents secteurs, certaines enseignes affichant des promotions différentes sur le web et en magasins qui cannibalisent le chiffre d’affaires de leurs propres boutiques.
Des solutions pour résister à la tempête
Face à cette conjoncture morose, Pieter Timmermans, patron de la Fédération des entreprises de Belgique, et Hans De Cuyper, directeur général de l’assureur Ageas, plaidaient récemment dans les colonnes du Soir pour davantage d’internationalisation des entreprises. Ils estiment que 85% de la croissance économique mondiale se situera hors Union européenne dans les prochaines décennies. Pieter Timmermans déplore dans la foulée que la Belgique n’ait toujours pas ratifié six accords commerciaux, dont celui avec le Canada, un frein limitant l’exploitation du potentiel commercial.
Hans De Cuyper recommande une approche pragmatique: «Diversifiez vos activités, vos marchés, vos fournisseurs, vos sources de profit : dans un monde qui change aussi rapidement, c’est la meilleure protection». L’expérience d’Ageas, qui tire désormais 40% de son bénéfice opérationnel net d’Asie grâce à des partenariats stratégiques, illustrerait parfaitement cette stratégie.
Mesures gouvernementales
Le gouvernement fédéral a adopté plusieurs dispositifs depuis février 2025 pour tenir l’économie la tête hors de l’eau. L’accord de coalition prévoit une réforme fiscale destinée à renforcer la compétitivité, avec notamment un allègement de l’impôt des sociétés pour les petites entreprises et une simplification des déductions fiscales favorisant l’investissement.
Côté industriel, le plan «Make 2025-2030» vise à renforcer la coopération entre niveaux fédéral et régionaux, avec des mesures concernant la fiscalité, le marché du travail, l’énergie et la simplification administrative.
L’accord intragouvernemental de cet été a introduit des réformes socio-économiques modernisant le marché du travail, notamment via le travail de nuit devenu moins coûteux pour l’entreprise, et les heures supplémentaires. Le gouvernement prévoit également 1,5 milliard d’euros de réduction des charges sociales patronales.
Toutefois, aucune mesure spécifique d’intervention rapide pour les entreprises en difficulté, telle qu’un fonds de garantie ou des aides de trésorerie ciblées, n’a été annoncée à cette heure. La pression devrait donc rester intense en 2026, mettant à rude épreuve les entrepreneurs du pays dans un environnement économique particulièrement compétitif.