Les accusions sont très graves. Six médecins des services de chirurgie orthopédique et de médecine du sport du CHL ont porté des accusations contre un de leurs confrères des Hôpitaux Robert Schuman. Dans une lettre adressée à la directrice du CHL, dont nos confrères de RTL ont eu connaissance, il est affirmé que le médecin aurait pratiqué des opérations du genou inutiles.

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Les patients, potentiellement victimes, ont ensuite été pris en charge au CHL. Les Hôpitaux Robert Schuman ont ainsi décidé ce mardi après-midi de suspendre provisoirement le chirurgien accusé en interne.

Des opérations non nécessaires

Dans cette histoire, tout débute le 6 janvier, date à laquelle une missive a été adressée à la directrice générale du Centre hospitalier de Luxembourg, Martine Goergen. Le courrier indique que ses services ont été confrontés depuis 2023 à un certain nombre de patients opérés pour une reconstruction du ligament croisé antérieur (plastie du LCA).

Et ce alors qu’il s’est avéré par la suite que leur ligament était en réalité intact. Des opérations non nécessaires en somme. 15 patients seraient concernés, des cas pour lesquels de grandes divergences ont été constatées «entre l’anamnèse, l’examen clinique du patient, les images préopératoires et ensuite l’intervention chirurgicale». Dix de ces quinze patients auraient été opérés pour rien.

Non seulement le médecin est entendu, mais la procédure implique également une direction médicale et un conseil médical. […] Il s’agit ici de la sécurité des patients. 

Hôpitaux Robert Schuman

Parmi eux, certains ont par la suite dû subir une nouvelle intervention, car le résultat de la première opération n’était pas satisfaisant. D’après le responsable de la communication des HRS, le directeur général des Hôpitaux Robert Schuman, Marc Berna, aurait reçu la lettre le 9 janvier.

«Le dossier a été immédiatement traité en interne et une procédure a été engagée. Il s’agit d’une procédure contradictoire, dans laquelle le médecin concerné doit bien entendu être entendu. Non seulement le médecin est entendu, mais la procédure implique également une direction médicale et un conseil médical. […] Il s’agit ici de la sécurité des patients. Il s’agit des droits que chacun a de prendre position. Et nous prenons cette affaire très au sérieux.»

Le dossier déjà entre les mains de la ministre de la Santé

Enfin, le dossier est aussi entre les mains de la ministre de la Santé, Martine Deprez (CSV). Plusieurs faits lui ont été signalés, qui vont être analysés conformément aux dispositions légales prévues par la loi sur la profession médicale.

Juridiquement, la ministre peut se référer sur la loi du 29 avril 1983, modifiée en août 2023. Cette dernière précise, au chapitre 3, article 16, paragraphe 2, «qu’une suspension de trois mois peut être prononcée s’il est prouvé que le médecin, par l’exercice de sa profession, pourrait mettre en danger de futurs patients». La loi parle ici de «péril en la demeure».

Dans ce dossier sensible, une suspension de trois mois serait bel et bien envisagée, afin d’empêcher le chirurgien de pratiquer, même en dehors de l’hôpital. Selon les informations de l’Essentiel, le chirurgien sera convoqué par la ministre ce mercredi 21 janvier dans la matinée.