Sous-marins russes, actions hybrides et tensions croissantes : les marines alliées de l’Otan appellent à se préparer à un conflit en mer, voire à une guerre ouverte avec la Russie dans un horizon proche. Lors de la Conférence navale de Paris, plusieurs hauts gradés ont alerté sur le renforcement de la flotte russe et la nécessité pour l’Alliance d’intensifier sa puissance en Atlantique Nord et sur les flancs sud stratégiques.
Sous-marins, actions hybrides, la menace posée en mer par la Russie reste forte et les marines alliées de l’Otan doivent se préparer à la guerre dans un horizon proche, ont estimé mardi plusieurs hauts gradés réunis à Paris.
« L’élément qui retient le plus mon attention dans l’Atlantique, en particulier, est l’investissement russe dans sa flotte du Nord et notamment dans ses capacités sous-marines qui n’a pas diminué », a affirmé le First Sea Lord britannique, le général Gwyn Jenkins, aux côtés de ses homologues français, américain, italien et néerlandais, réunis pour la Conférence navale de Paris organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri).
À lire aussi
En dépit du coût élevé de la guerre en Ukraine, la Russie « a continué d’allouer des ressources dans les moyens sous-marins de la flotte du Nord » et « continue de produire leur dernière classe de sous-marins et leurs moyens sous-marins sont maintenant de retour en mer », a fait valoir le chef d’état-major de la marine britannique.
Le problème pour les alliés de l’Otan est que les Russes « n’ont pas besoin de mobiliser beaucoup de moyens pour nous fixer parce que nous ne prenons, à juste titre, aucun risque quand il s’agit de permettre à un acteur agressif (comme un sous-marin russe, ndlr) d’agir dans notre pré carré, et cela nous oblige à mobiliser beaucoup de ressources pour y faire face », a souligné le général Jenkins.
Les alliés travaillent « en lien très étroit » face à ce problème, a assuré le chef d’état-major de la Marine française, Nicolas Vaujour.
« Nous appréhendons cela comme un travail d’équipe, en utilisant les sous-marins, les bâtiments de surface qui sont très efficaces, et bien sûr nos avions de patrouille maritime », a précisé le chef des opérations navales de l’US Navy, l’amiral Daryl Caudle.
L’Atlantique Nord est la zone dans laquelle peuvent venir opérer les sous-marins russes quittant leurs bases de la flotte du Nord ou de la flotte de la Baltique, après avoir traversé le passage stratégique entre les côtes du Groenland et celles du Royaume-Uni, le GIUK (Groenland, Islande, Royaume-Uni).
Se préparer au choc
Evoquant les multiples actions de guerre hybride attribuées par les alliés à la Russie en Europe (brouillages, survols de drones au dessus de sites sensibles, infrastructures maritimes endommagées, etc), le vice-amiral Harold Liebregs, commandant la Marine royale néerlandaise, a averti que « nous ne devons pas accepter cela comme la nouvelle normalité, car cela nous contraint à réduire notre marge de manoeuvre et nous place dans une position stratégique moins avantageuse. Je pense donc qu’une réponse crédible s’impose à toutes ces actions en zone grise ».
Au-delà de ces menaces immédiates, les officiers généraux ont aussi insisté sur le besoin de se préparer à la guerre en mer, devenue un lieu de confrontation de plus en plus âpre.
Un conflit ouvert avec la Russie risque d’éclater en 2028 ou 2029, a estimé le vice-amiral Liebregs. « Nous devons donc intensifier nos efforts et nous préparer à la guerre ». « L’un de mes principaux défis est d’accroître la puissance de feu en mer. Nous remplaçons donc toute la flotte : sous-marins, frégates, destroyers, navires de transport amphibie, chasseurs de mines ».
Pour la Marine française, aujourd’hui « le nombre de bâtiments est insuffisant. Et des quantités de missiles embarqués également insuffisantes. Cela fera partie des axes d’effort à l’avenir parce qu’il y aura un combat difficile en mer » a quant à lui souligné le chef d’état-major français, le général Fabien Mandon.
Mais la Russie n’est pas la seule menace, ont prévenu les militaires, rappelant par exemple les attaques des Houthis en mer Rouge.
« Le flanc sud de l’Alliance n’est pas stable », a mis en garde l’amiral Giuseppe Berutti Bergotto, chef d’état-major de la Marina Militare italienne. « De nouveaux acteurs entrent en scène, d’autres reviennent (…). C’est une zone où des crises surgissent quotidiennement », a-t-il dit, rappelant que « de nombreux États d’Afrique du Nord ont considérablement renforcé leurs forces navales au cours de l’année écoulée. Certains pays possèdent des sous-marins équipés de missiles de frappe de grande puissance » dans cette zone cruciale pour l’Europe.
