Et si c’était maintenant ? Guère verni ces dernières années en mode tout électrique sur la piste du Monaco E-Prix, alors que le mythique tourniquet de la Principauté l’avait vu briller plusieurs fois auparavant, Norman Nato va-t-il enfin conjurer le sort ce prochain week-end ? Comme en 2025, l’étape monégasque du championnat du monde de Formule E, située pile à mi-chemin de la saison 12, comprendra deux sprints survoltés, samedi 16 et dimanche 17 mai (départs à 15 h 05). Le pilote antibois du team Nissan vient de signer son meilleur score 2026 du côté de Berlin : cinquième de la course 2. Nul doute qu’il se verrait bien prolonger la dynamique à domicile en retrouvant le chemin du podium…
Norman, l’hiver dernier, pour la première fois depuis vos débuts en Formule E (2021), vous avez rempilé au sein de la même équipe. Ça change quoi ?
D’abord, ça diminue la charge de travail. Un an plus tôt, j’entamais deux nouveaux programmes : d’une part avec Cadillac, côté WEC (le championnat du monde d’endurance, ndlr), et de l’autre ce come-back chez Nissan où j’ai dû réapprendre les systèmes, réorganiser une communication, une façon de travailler. Honnêtement, tout cela m’a pompé une énergie de malade ! Là, on sent tout de suite la différence. Vous êtes en terrain connu, pour la technique, pour les réglages. Vous pouvez peaufiner chaque détail. Et vous gagnez en performance, surtout…
Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Lors des six premières courses, de Sao Paulo à Madrid, je figure dans le top 3 des meilleurs performeurs en qualif’. Troisième ! Je finis quand même trois fois P1 de mon groupe, et une fois P2. Hélas, durant cette période, on a eu du mal à transformer l’essai en course pour diverses raisons. À Miami, on se trompe avec les pneus. À Djeddah, un problème de récupération d’énergie fait surchauffer le moteur. Bis repetita à Madrid. Bref, on a laissé s’envoler énormément de points. Des deux côtés du garage, car mon coéquipier vit la même chose. En 2025, Oliver (Rowland) marche sur l’eau. Il est champion haut la main. Et là, après ses deux récents podiums à Berlin (3e puis 2e), il compte 18 points de retard sur le leader (4e).
Comment expliquez-vous ce contraste entre qualifications et course ?
L’hiver dernier, il y a eu pas mal de mouvements au sein de l’équipe. Des départs, des arrivées… Certaines personnes ont changé de poste. Chaque modif’ ne s’opère pas en cinq minutes. Donc ça joue sur la constance, ça impacte la performance durant quelque temps, forcément.
À propos d’impact, quel est celui provoqué par le démantèlement progressif de l’usine de Viry-Châtillon abritant aujourd’hui le Nissan Formula E Team ?
Ce sujet s’inscrit en effet dans la problématique actuelle. Alpine fournit le groupe motopropulseur, le software. Le fait qu’ils perdent beaucoup de monde après l’arrêt du moteur F1, ce n’est pas rien. Voilà, difficile de dire grand-chose de plus sur les perspectives. Nissan a beaucoup investi pour s’installer à Viry dans une infrastructure toute neuve. Donc, le but, c’est de rester là-bas, j’imagine.
Venons-en au Monaco E-Prix. À domicile, on vous a déjà vu devant sur la grille de départ, notamment lors du premier passage chez Nissan, en 2023. Mais sur le podium, jamais ! Le changement, c’est maintenant ?
J’espère… C’est vrai que ce circuit m’a réussi dans plusieurs catégories : karting, Formule Renault 3.5, GP2. Pour l’instant, la Formule E fait exception. Je n’arrive pas à concrétiser jusque-là. Chaque année, je me dis qu’il s’agit peut-être de ma dernière chance. Car quand j’aurai quitté la FE, Monaco, ce sera fini. En attendant, droit devant se présentent deux nouvelles opportunités de combler le manque : samedi et dimanche. Si les deux jours me sourient, tant mieux. Mais il faut que ça tourne rond au moins une fois.
Quel est le paramètre primordial pour faire la différence sur le tracé monégasque en Formule E ?
Compte tenu du niveau de grip assez faible, lors des qualifications, il faut trouver tout de suite la plage d’utilisation des pneus. Si vous n’êtes pas dans la fenêtre, vous allez glisser, galérer. Voilà le challenge numéro 1 pour moi. Plus facile à dire qu’à faire. D’autant que le matin, à cette période, le mercure ne monte pas très vite. Températures assez fraîches, en général…
Ah oui, j’ai hâte d’y aller ! Les années passent, l’excitation reste. À Monaco, vous pouvez empiler les départs, les victoires, les revers, c’est toujours le même plaisir. Quoi qu’il se soit passé, à la fin du week-end, on se dit que c’était top. Vous savez, il n’y a pas 36 événements comme ça. Il y a Monaco, les 24 Heures du Mans et basta !
À quoi pourrait ressembler une seconde moitié de saison réussie pour Nissan ?
Des podiums, des victoires… N’oubliez pas que c’est une jeune équipe. À peine quatre ans d’existence. Elle a déjà connu pas mal de réussite, notamment l’an dernier avec la couronne d’Oliver. Mais chez Nissan, aujourd’hui, on cherche encore la clé pour jouer le titre constructeurs. Mettre les deux voitures devant régulièrement comme lors de la course 2 à Berlin, voilà la priorité désormais. Si nous voulons rivaliser avec Porsche, avec Jaguar sur la durée d’un championnat, il faut mieux travailler ensemble en course.