Le 7 janvier dernier, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a entamé une tournée africaine d’une semaine qui le mènera en Éthiopie, en Somalie, en Tanzanie et au Lesotho, selon le ministère chinois des Affaires étrangères. Cette tournée qui s’achèvera le 12 janvier perpétue une tradition bien établie de Pékin : pour la 36ème année consécutive, l’Afrique est la première destination du ministre chinois des Affaires étrangères en début d’année.
Au-delà du symbole, l’agenda de Wang Yi révèle une priorité diplomatique : ancrer la relation sino-africaine dans une coopération dite « globale », mêlant dialogue politique, échanges économiques et rapprochement socioculturel. À Addis-Abeba, le ministre participera notamment au lancement de l’« Année sino-africaine des échanges entre les peuples », organisée au siège de l’Union africaine (UA). L’événement doit permettre de donner plus de visibilité aux programmes de coopération dans l’éducation, la culture ou la jeunesse, autant de domaines où Pékin cultive son image de partenaire de long terme.
La Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique
Le choix des étapes est lui aussi significatif. L’Éthiopie, siège de l’Union africaine (UA), représente une porte d’entrée diplomatique majeure et un partenaire économique clé, notamment en matière d’infrastructures. La Somalie, confrontée à de lourds défis sécuritaires, permet à la Chine d’afficher son intérêt pour la stabilité dans la Corne de l’Afrique, région stratégique pour les routes maritimes. La Tanzanie, puissance économique d’Afrique de l’Est, incarne une coopération axée sur le commerce et les corridors logistiques. Quant au Lesotho, petit pays enclavé d’Afrique australe, sa présence dans l’itinéraire montre la volonté de Pékin d’entretenir des liens avec des économies de toutes les envergures.
Cette tournée arrive alors que la relation économique sino-africaine demeure un axe de développement structurant. La Chine se revendique comme le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 16 ans. En 2024, les échanges commerciaux entre la les deux parties ont progressé de 4,8% pour atteindre 295,6 milliards USD (environ 253,5 milliards d’euros) selon Tang Wenhong, ministre assistant chinois du Commerce. Les importations de Pékin en provenance d’Afrique ont augmenté de 6,9 % en glissement annuel à 116,8 milliards USD (environ 100,2 milliards d’euros), alors que les exportations ont atteint 178,8 milliards de dollars (environ 153,4 milliards d’euros), en hausse de 3,5% sur un an.
Ces chiffres soulignent que pour de nombreux pays africains, la Chine est à la fois un débouché pour les matières premières, un fournisseur de biens manufacturés et un investisseur important dans les infrastructures.
51,3 milliards d’euros d’investissement d’ici 2035
Pékin met régulièrement en avant une coopération « gagnant-gagnant » illustrée par la construction de routes, de voies ferrées et de zones industrielles. Dans de nombreuses capitales africaines, la rapidité d’exécution chinoise est appréciée pour combler les déficits en infrastructures. Mais les débats persistent, notamment sur la soutenabilité de la dette, la transparence des contrats ou la création d’emplois locaux. Derrière les sorties médiatiques, l’enjeu pour les gouvernements africains est de négocier des partenariats qui favorisent véritablement la transformation économique et le transfert de compétences.
D’ici 2035, la Chine prévoit que ses nouveaux investissements directs en Afrique atteindront 60 milliards USD (environ 51,5 milliards d’euros), consacrés notamment au développement de l’agriculture, de l’industrie, des infrastructures, ainsi qu’à la protection de l’environnement, l’économie numérique, l’économie bleue et d’autres activités économiques. Avec « l’Année sino-africaine des échanges entre les peuples », l’Empire du Milieu semble vouloir réorienter son discours vers le soft power : créer des ponts humains pour renforcer sa présence. L’objectif est de s’inscrire durablement sur le continent africain, à un moment où la concurrence d’autres acteurs — États-Unis, Union européenne, Turquie, Inde — s’intensifie.
La tournée de Wang Yi sera une fois de plus observée à la loupe : des annonces concrètes qui cadrent avec les priorités africaines — sécurité, industrialisation, transition énergétique — sont attendues. Une chose est certaine, en ouvrant à nouveau son année diplomatique par l’Afrique, Pékin réaffirme que ce continent reste un pilier de sa politique étrangère, pour des raisons à la fois stratégiques et économiques.