L’Agence algérienne pour la promotion de l’investissement (AAPI) a annoncé le démarrage le 29 décembre 2025, de la construction d’une usine de production de pneus en caoutchouc pour véhicules légers et poids lourds. Basé dans la wilaya de Touggourt au nord-est du pays, le projet représente un investissement estimé à 27 milliards de dinars algériens, soit environ 178 millions d’euros.
Dotée d’une capacité annuelle de 5 millions de pneus, l’unité industrielle sera développée en deux phases. La première prévoit la production de 2 millions de pneus destinés aux poids lourds, tandis que la seconde portera sur la fabrication de 3 millions d’unités pour les véhicules légers. Ce projet, qui devrait générer 1 720 emplois directs, survient dans un contexte marqué par une pénurie de pneus, enregistrée au second semestre 2025.
En novembre dernier, Naftal, la Société nationale de commercialisation et de distribution des produits pétroliers, a conclu un accord avec l’équipementier allemand Continental pour l’importation de 1 million de pneus destinés aux véhicules particuliers. Parallèlement, une autre convention a été annoncée avec le fabricant italien Prometeon, afin d’assurer la fourniture de 500 000 pneus au segment des poids lourds, particulièrement exposé aux ruptures de stock.
Une stratégie industrielle plus large
Le projet à Touggourt s’inscrit dans une politique plus globale de développement d’un tissu industriel national dans la filière pneus, afin de satisfaire la demande intérieure croissante. Selon les données du cabinet Mordor Intelligence, le marché africain des pneumatiques est estimé à environ 7,1 milliards USD (environ 6,1 millions d’euros) en 2025, et devrait atteindre 8,94 milliards USD (environ 7,7 milliards d’euros) à l’horizon 2030, soit un taux de croissance annuel moyen de 4,72%. En 2024, l’Algérie représentait à elle seule près de 26,75% de ce marché continental.
Une telle dynamique alimentée par l’expansion du parc automobile, elle-même liée à la croissance démographique et à l’urbanisation, demande une montée en puissance d’une production locale compétitive pour sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur et réduire les dépenses d’importation. Au-delà de cette initiative, l’entreprise algérienne El Hadj Arabi Industries a ainsi signé en juillet 2025 un partenariat stratégique avec le groupe chinois Doublestar, pour la construction d’une autre usine de pneus.
Un investissement de 300 millions d’euros
Cette unité sera basée dans la zone industrielle d’El Hamoul près d’Oran, et coûtera un investissement global estimé à près de 50 milliards de dinars (environ 330 millions d’euros). Elle devrait disposer d’une capacité initiale de 7 millions d’unités par an, dont 1 million seront dédiées aux véhicules lourds, avec un potentiel d’extension pouvant atteindre 22 millions de pneus à terme.
Selon les observateurs, ces différentes initiatives industrielles témoignent d’une volonté claire d’asseoir une base productive nationale solide dans la filière pneumatique. Leur succès dépendra toutefois de la capacité à relever plusieurs défis structurels. La fabrication locale de pneus nécessite en effet des investissements conséquents dans des infrastructures industrielles modernes, capables de respecter les normes internationales en matière de sécurité, de qualité et de performance.
Par ailleurs, l’accès à certains intrants stratégiques tels que le fil d’acier, les renforts textiles ou encore les additifs chimiques spécifiques, demeure limité sur le marché local, ce qui pourrait peser sur les coûts de production. Enfin, la disponibilité de compétences techniques spécialisées, la formation de la main-d’œuvre et la mise en place d’un cadre réglementaire robuste seront des facteurs déterminants pour assurer la compétitivité et la durabilité de ces projets industriels.