Avant de s’imaginer en nouveau vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations, le Maroc, hôte de la compétition, va devoir vaincre le cameroun en quart de final, ce vendredi 9 janvier. En attendant, le royaume chérifien peut célébrer une autre victoire. Il est la première destination touristique d’Afrique avec 19,8 millions d’arrivées en 2025. Une hausse de 19% par rapport à 2024 qui était déjà une année record. Logiquement, les recettes aussi atteignent un nouveau sommet avec plus de 11 milliards d’euros. En annonçant ces chiffres le 5 janvier, la ministre du Tourisme de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor s’est félicitée « de la transformation profonde du secteur du touristique marocain » et évoque « un chapitre suivant ». Le royaume se penche effet déjà sur le prochain objectif : la coupe du Monde de football 2030 avec la volonté d’accueillir 26 millions de touristes.

« Aujourd’hui le secteur du tourisme est un pilier dans l’économie marocaine », souligne Mimoun Hillali, ancien enseignant-chercheur à l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger. Il contribue à hauteur de 7,3 % du PIB (produit intérieur brut). À titre de comparaison, en France, destination la plus prisée au monde, le tourisme représente 8% du PIB. Une véritable manne financière pour le Maroc, fruit d’une stratégie politique de long terme. « Après l’indépendance, y a eu cette volonté de développer le tourisme, retrace Mimoun Hillali. On n’avait pas de pétrole donc c’était le moyen d’obtenir des devises étrangères. » Un ministère dédié est créé en 1956 et l’État commence à investir massivement avec le plan triennal de 1965-1967 où plus de 6% du budget est consacré au tourisme. À partir des années 80, l’État va se retirer pour laisser plus de place au privé mais une stagnation est observée. Il faudra attendre l’arrivée du roi Mohamed VI en 1999 pour relancer la planification du secteur. Il propose des « visions » : des plans pour développer l’économie sur 10 ans.

Nouveaux stades, centres commerciaux, gares… Le Maroc se transforme pour la CAN 2026 et la Coupe du monde 2030

10 millions de touristes pour 2010, c’était le plan de la « vision 2010 », et être une des vingt plus grandes destinations, celui pour la « vision 2020 ». Des paris qui ont été presque atteint mais le royaume a surtout réussi autre chose. « Il y avait deux problèmes principaux : le manque de connectivité à l’international et le manque de lits, résume Mohamed Boukherouk docteur en géographie du tourisme et maitre de conférences à l’université Cadi Ayyad de Marrakech. Ils sont aujourd’hui résolus. Le Maroc a largement la capacité pour recevoir plus de touristes. » Et pour la connectivité, Ryanair, la première compagnie aérienne opérant dans le pays, a ouvert le 17 décembre une cinquième base marocaine à Rabat. Deux avions y seront affrétés à partir d’avril 2026 pour assurer 20 lignes avec sept nouvelles lignes internationales. Dans un communiqué de presse, la compagnie Irlandaise affirme que désormais son investissement dans le pays dépasse les 1,6 milliards de dollars et soutient « plus de 8500 emplois directs et indirects ».

Une bonne nouvelle pour le Maroc ? Pas totalement. « La typologie des touristes a changé. Les clients low cost dépensent moins et ils découvrent moins le pays », analyse Mohamed Boukherouk. Sur la période 1998-2017, les recettes touristiques ont augmenté moins rapidement que le nombre de touristes.12 % pour les recettes contre plus de 350 % pour le nombre de touristes ! La durée moyenne du séjour des touristes a accusé un recul, passant de 3,82 nuitées en 1998 à 1,9 nuitée en 2017. Une évolution à mettre en lien avec de le développement universel du tourisme de masse. Mais moins de temps sur place c’est moins de temps pour découvrir les endroits hors de la ville d’arrivée et réaliser des dépenses.

« On observe donc une concentration des touristes dans l’amphithéâtre atlantique [NDLR : Rabat, Casablanca, Agadir, Tanger, Marrakech] », note Mohamed Boukherouk. Il y a une disparité territoriale entre ces villes qui reçoivent les évènements comme la CAN et les montages ou le désert. » Le chercheur essaye d’être optimiste et explique que l’État travaille déjà pour résoudre ce problème. Pour 2023-2026, le Maroc a ainsi mis en place la charte de l’investissement dont un des objectifs est d’améliorer l’équité territoriale. L’État offre des primes selon la localisation du projet. 0% pour les zones de l’amphithéâtre, 10% pour les régions autour et 15% pour les espaces plus reculés.

En plus de ces aides, la charte permet « de simplifier l’implantation des investissements étrangers », explique Maël Mbaye, responsable du bureau Mena, Turquie et Asie Centrale de Bpifrance, la banque publique d’investissement. Développer le tourisme demande en effet de développer les infrastructures du pays : le service hospitalier, le numérique ou encore « l’enjeu du dernier kilomètre, illustre Maël Mbaye. Une fois sur place, il faut que les touristes puissent se déplacer facilement entre l’hôtel et le stade puis jusqu’au site culturel. » Ainsi, le secteur routier et ferroviaire continue de se développer. Le géant français du ferroviaire Alstom a d’ailleurs investi 100 millions de dirhams (environ 9 millions d’euros) pour développer ses capacités industrielles locales, le 9 décembre dernier. Le groupe avait déjà annoncé en mars 2025 fournir 18 trains pour la grande vitesse et il est aussi présent pour développer les tramways en ville.

Pour Maël Mbaye, les entreprises françaises peuvent être utiles sur d’autres problématiques, à l’instar des enjeux de décarbonation et de stress hydrique. Le Maroc a connu six années de sécheresses de suite entre 2019 et 2024. Le tourisme peut souvent être vu comme un facteur aggravant ces situations. WWF, une ONG environnementale, dans un rapport sur le tourisme méditerranéen publié en 2017, dénonçait qu’un touriste consomme trois à quatre fois plus d’eau qu’un local. Mais cela pourrait changer d’ici 2030, date où le Maroc accueillera en partie la Coupe du du monde de football. « Ces évènements sont un véhicule d’accélération de l’investissement, observe Maël Mbaye. De plus, cela permet de tester les infrastructures.» Pour l’instant les retours sur l’organisation de la CAN sont élogieux : des stades modernes, des hôtels de qualité. À tel point que le Maroc est devenu un des favoris pour organiser la deuxième édition Coupe du monde des clubs de la FiFA en 2029.