Pagou : “On a toujours envie d’approcher la perfection”
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David Pagou n’est pas le sélectionneur du Cameroun. Ou en tout cas, pas dans les textes. Aujourd’hui, il n’a pas de contrat de travail et son prédécesseur, viré manu militari par Samuel Eto’o, le président de la Fédération camerounaise, assure, lui, toujours être en charge après avoir poussé le bouchon jusqu’à donner sa liste pour la CAN : “Je me considère toujours comme sélectionneur du Cameroun, car je n’ai pas été licencié, a fait savoir Marc Brys cette semaine dans une interview accordée à Sporza. La fédération n’a pas le droit de me renvoyer, même si elle a essayé à plusieurs reprises.” Donc voilà un homme, Pagou, nommé trois semaines avant le début de la compétition, sans contrat, sans expérience internationale, devenu le héros du pays.
L’histoire n’est pas commune mais le sans-grade, qui n’avait jusqu’ici entraîné que des clubs du pays, se retrouve propulsé à une place peu enviable et fait le job. A la tête de l’une des sélections les plus faibles du Cameroun depuis quelques décennies, il ne réussit là où personne n’attendait rien. Des victoires contre le Gabon et le Mozambique, un nul contre la Côte d’Ivoire, le tenant du titre, et une qualification pour les quarts après avoir sorti l’Afrique du Sud. Vu comme ça, le Cameroun, naturellement favori de chaque édition, vit une CAN comme les autres.
Exit Aboubakar et Onana
C’est tout le mérite de David Pagou, petite main du foot camerounais avant d’être adjoint de Brys sur le prestigieux banc des Lions, qui a su fédérer en un temps record autour de lui. Le succès inattendu des Lions Indomptables est d’abord le sien. D’abord parce qu’il a pris des décisions fortes en se passant des trois stars de la sélection : Eric Choupo-Moting, Vincent Aboubakar et André Onana.

David Pagou
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Un trio qui figurait dans les listes de Marc Brys jusqu’à son éviction. Pagou ne s’est pas contenté de prendre les commandes, il a aussi fait un sacré ménage et donné une nouvelle allure aux quintuples champions d’Afrique. Il n’a pas choisi les meilleures individualités mais les plus investies, selon lui, pour la mission délicate à accomplir au Maroc à savoir ne pas être ridicule et tenir le rang des vénérables Lions Indomptables. Quoiqu’il arrive désormais face au Maroc en quart, la mission est accomplie.
Quand vous me regardez, est-ce que je ressemble à quelqu’un qui est frustré
Contrat, pas contrat, Brys qui ne lâche pas le manche, tempête médiatique… Pagou a surfé sur les polémiques avec la sagesse et la tranquillité qu’il manquait à la sélection : “Mon absence de contrat ? Quand vous me regardez, est-ce que je ressemble à quelqu’un qui est frustré ? Non, je suis dans ma bulle. Tant que les Camerounais sont fiers de ce que nous faisons, ce sont des détails qui ne me perturbent nulle part.” Il faut dire qu’il en a vu d’autre.

Le Cameroun l’emporte contre l’Afrique du Sud à la CAN
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Lorsqu’il fut nommé adjoint de Marc Brys en mai 2024, il fut le grand sacrifié de la guerre qui opposait alors Samuel Eto’o et le Ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi. La Fédé l’a nommé et 24 heures plus tard, Pagou, fonctionnaire de l’Etat, était muté dans un petit village à deux jours de route de Yaoundé, comme l’a raconté L’Equipe. Le Ministère a refusé de le payer durant six mois.
Mais, toujours soutenu par Eto’o, ce fils de colonel n’a pas fait de vague, tenu bon jusqu’à devenir, un an et demi plus tard, et à la surprise générale, le patron. Son ascension, il ne la doit qu’à un homme : “Dès le début, Eto’o m’a fait confiance. Il a insisté, même quand c’était dur et que j’ai failli baisser les bras.” L’ancien buteur de l’Inter Milan et du Barça, qui n’a pas fait que du bien à sa sélection depuis sa prise de fonction, a eu, cette fois, le nez creux.