Le ministre de la Justice algérien, Lotfi Boudjemaa, a présenté devant le Conseil de la nation (l’équivalent du Sénat français), lundi 5 janvier, un projet d’amendement du Code de la nationalité, rapporte le site algérien Le Jeune Indépendant. Ce texte a déjà été adopté le 24 décembre par la chambre basse du Parlement, l’Assemblée populaire nationale.

Parmi les propositions de l’exécutif, la mesure élargissant les motifs de déchéance de la nationalité est très critiquée, même si le garde des Sceaux, cité par le site d’information, assure que cette mesure “ne peut être appliquée que dans des cas d’une extrême gravité, liés à la sécurité de l’État, à l’unité nationale ou aux intérêts supérieurs du pays”.

Le ministre détaille même les cas précis qui déclencheraient la procédure de déchéance de nationalité, à savoir “les actes de haute trahison, le renseignement au profit d’une puissance étrangère, les atteintes à la cohésion nationale ou encore l’exploitation abusive de la double nationalité au détriment de la nationalité algérienne d’origine”.

Une mesure dictée par la conjoncture

En dépit de ces assurances de l’exécutif, les inquiétudes sont réelles, note le site d’information algérien TSA. Il rappelle que ce débat intervient dans un contexte particulier, alors que le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) revendique, de Paris, l’indépendance de cette région du nord de l’Algérie à majorité berbère. Pour certains observateurs cités par TSA, ce projet d’amendement est ainsi “dicté par la conjoncture”. Il “transforme la nationalité en instrument de peur”, estime l’avocat Said Zahi.

“La nationalité algérienne, jusqu’ici considérée comme un fait de naissance, un lien irréversible entre l’individu et le pays, devient un instrument disciplinaire”, commente de son côté le média d’opposition Le Matin d’Algérie. Dès lors, s’insurge-t-il dans son titre, “la nationalité cesse d’être un droit”.

Le quotidien londonien panarabe Asharq Al-Awsat rappelle que l’idée d’un retrait de la nationalité avait été évoquée en mars 2025 après les déclarations controversées de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui avait affirmé que “de vastes parties de l’Ouest algérien avaient été soustraites par le colonialisme français au Maroc”. Le journal note que la proposition de déchéance de nationalité pourrait viser un autre opposant au régime, et non des moindres, le chef du MAK, Ferhat Mehenni.

Le Front des forces socialistes, formation d’opposition, a notamment exprimé son “rejet catégorique” du texte, jugé contraire aux principes universels des droits humains et aux conventions internationales, rapporte le site Ultra Algeria. Le parti de gauche juge cette orientation d’autant plus dangereuse qu’elle interviendrait dans une période marquée par une “escalade préoccupante des poursuites judiciaires liées à l’activité politique et à la liberté d’opinion”.