« Ce fichier a été conçu pour qu’on vous localise. Vous avez été négligent » : le président Stéphane Léger l’a répété, encore et encore, au père de famille planté devant lui à la barre du tribunal correctionnel de Meaux. Un prévenu pas tout à fait comme les autres puisqu’il est inscrit au Fichier des auteurs d’infractions terroristes (Fijait).
Condamné en 2017 par la cour d’appel de Paris à neuf ans de prison, dans le cadre de la filière djihadiste de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), Hedi A. a donc des obligations. Et notamment celles d’indiquer son adresse aux pouvoirs publics tous les trois mois, de déclarer tout changement de domicile et de signaler tout déplacement à l’étranger au moins quinze jours avant son départ.
Si le trentenaire s’est retrouvé face à la juridiction meldoise, ce jeudi, c’est à cause d’un voyage au Maroc remontant à l’été 2024. « J’avais prévenu le commissariat de Torcy. J’avais pris un aller-retour », a expliqué le prévenu, désireux de montrer sa bonne foi. Une fois sur place, il avait prolongé son séjour. Soucieux de rester dans les clous, après avoir été rappelé à l’ordre, il s’était rendu deux fois au consulat de France à Agadir (Maroc).
« Je suis épuisé de toutes ces années de prison »
Face au magistrat qui brandissait ses manquements passés lors de sa surveillance judiciaire (NDLR : mesure prise à l’encontre des personnes condamnées pour association de malfaiteurs à caractère terroriste), le trentenaire devait batailler pour donner ses arguments et pour convaincre de sa volonté de bien suivre la règle.
Poursuivi également pour non-justification de son adresse en août 2025, Hedi A. en a convenu : il avait oublié de transmettre le justificatif dans les temps. « Je suis venu une semaine après », a-t-il reconnu. Déclenchant cette question rhétorique du président : « Pourquoi vous avez oublié ? » Forcément, pas de réponse. « Je suis fatigué de toutes ces années de prison. J’ai envie d’avancer », a confié le prévenu, qui a passé cinq années à l’isolement et rencontre moult difficultés pour se réinsérer.
Son avocat Me Sami Khankan l’a plaidé : « Ce n’est pas un cas isolé. On ne passe rien aux personnes condamnées pour terrorisme. Des infractions anodines prennent des proportions énormes. On a construit artificiellement des infractions et des manquements ». Suite à des incidents dans son suivi judiciaire, un juge de l’application des peines avait – par le passé – retiré des crédits de peine à Hedi A. alors qu’il était déjà sorti de prison. Il avait donc… été réincarcéré.
Au cours de l’audience, le tribunal cherchait à comprendre si le père de famille habitait à Torcy ou à Aubagne (Bouches-du-Rhône), où vit sa compagne qui a récemment accouché. L’avocat de la défense l’a rappelé : « Mon client a le droit d’aller et de venir sur le territoire français. Il n’a jamais rien dissimulé ».
L’analyse du substitut du procureur Morgan Edale – qui a requis un an de prison ferme – était bien différente : « Le prévenu comprend très bien l’enjeu mais il joue avec les limites. Pour lui, ce qui n’est pas interdit est autorisé ». Hedi A. a été condamné à sept mois de prison ferme. Peine qu’il effectuera sous bracelet électronique, comme l’avait demandé le parquetier.