Sirin et Sivan avaient un plan d’attaque. Les frangins gérants de la Brasserie Saint-Nicolas se sont réparti les rôles. Sirin filtre à l’entrée, Sivan sert derrière le zinc. C’est qu’Algérie-Nigeria, en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations assure un pic de fréquentation. « Je pense que ça va être encore plus animé que le précédent Algérie-Congo », présage Sivan, kurde d’origine et heureux que sa brasserie devienne un repère de supporters de l’Algérie.

À quelques minutes du coup d’envoi du match, l’endroit prend des allures de wagon du RER B en heure de pointe : impossible de trouver une place. « Asseyez-vous », tente un habitué improvisé manager de salle de l’instant. Sauf que les chaises de la terrasse et du sous-sol ont été déjà été réquisitionnées.

Maillot algérien sur le dos, Azidine a été malin, lui. « Ouais j’avais réservé ma place la veille. Je suis devant ! » Pour nous, ce sera debout au bord de l’escalier qui mène au sous-sol, où les habituels joueurs de tiercé, trois, ont trouvé refuge et quiétude devant un petit écran avec table mais sans chaise.

À nos côtés Mohammed, Ivoirien venu avec quelques amis, a aussi choisi de se baigner dans cette ambiance : « J’aime venir ici, surtout pour les matchs de la CAN. On se taquine mais on s’apprécie. Mais le vrai match c’est après, à 20 h, avec les Éléphants » L’équipe nationale ivoirienne, dont le match de quart de finale sera retransmis 350 m plus loin, au Kaza café.

Fumigène et ronde policière

À la Brasserie Saint-Nicolas, le coup d’envoi est donné. Darbouka, karkabous et tambours mettent l’ambiance, des chants sont repris en chœur. La bonne ambiance est de rigueur pour cette petite centaine d’aficionados, à la louche, acquis à la cause des Fennecs, surnom donné des joueurs algériens.

Derrière le zinc, Sirin s’active. « Pour qui le café ? » Une réponse lointaine précède un : « Un Orangina chef ! » qui n’est pas pour le satisfaire. Mais l’affaire tourne, mieux, en tout cas, que le jeu algérien, timide face aux Nigérians, brillants finalistes de la dernière édition de la CAN, et conquérants à la mesure de leur ambition.

À la mi-temps, tout est encore possible, avec un score nul et vierge. Dehors, fumigènes, chants et sourires font de la brasserie un curieux mystère pour les passants et quelques automobilistes.

On communie, on est heureux, mais les émotions, ce soir, sont de vraies montagnes russes. Deux buts nigérians douchent l’enthousiasme local. À l’heure de jeu, une dizaine de clients sortent, tête baissée et moral en berne, maillots algériens sur le dos.

Dix minutes avant le coup de sifflet, le bar se vide, non sans que chacun remette sa chaise à sa place initiale. L’heure n’est plus à la fête, la police fait ses premières rondes, s’assure de la quiétude du quartier. Rien à signaler. C’était bref mais bien tout de même. Et Sirin et Sivan le savent, la CAN n’est pas totalement finie.