La Chambre correctionnelle près la Cour d’appel de Rabat a repris, vendredi dernier au matin, l’examen de l’affaire liée au vaste scandale d’escroquerie ayant éclaté au sein de l’amicale «Beethoven» à Harhoura. Cette reprise intervient après la condamnation en première instance des principaux mis en cause à des peines de prison ferme et au versement de lourdes indemnisations en faveur des victimes, des adhérents ayant saisi la justice afin de récupérer les avances financières versées.
Dans son édition du lundi 12 janvier, le quotidien Al Akhbar rapporte que le propriétaire du terrain objet du litige, le président de l’amicale, son trésorier, un professeur universitaire ainsi qu’une notaire connue dans la ville de Témara ont comparu devant la Cour d’appel de Rabat. Tous avaient été condamnés en août 2023 par le tribunal de première instance de Témara pour escroquerie et complicité d’escroquerie. Le propriétaire foncier avait écopé de cinq années de prison ferme, peine qu’il purge toujours, tandis que le président et le trésorier avaient été condamnés à un an d’emprisonnement ferme, et la notaire à huit mois. Le jugement avait également ordonné le versement d’environ six millions de dirhams d’indemnités à vingt victimes, parmi un total de soixante-dix-neuf adhérents.
Cela dit, l’audience a été reportée en raison de l’absence des avocats, et la reprise des débats est prévue pour la fin du mois, dans un contexte marqué par de fortes tensions et des révélations attendues sur les conflits opposant les adhérents au propriétaire du terrain, lequel continue de contester la légalité de la possession d’une large partie de la parcelle.
«L’affaire remonte à l’année 2020, lorsque deux adhérents ont porté plainte contre le bureau de l’amicale Beethoven, affirmant avoir été victimes d’escroquerie après avoir versé près de 300.000 dirhams chacun, en échange de la promesse de recevoir leurs appartements dans un délai de six mois», rappelle Al Akhbar. Le projet devait être réalisé sur un terrain d’environ un hectare et demi, acquis en indivision pour un montant de 40 millions de dirhams auprès d’un agriculteur sexagénaire. Les adhérents ont découvert par la suite que la vente définitive n’avait jamais été conclue et que le terrain faisait l’objet de multiples oppositions et litiges juridiques que l’amicale n’avait pas réussi à lever.
Saisie par le parquet, la brigade judiciaire de la Gendarmerie royale de Témara a mis au jour un système ayant touché près de soixante-dix-neuf adhérents. Les investigations ont révélé que les avances financières versées sur le compte de l’amicale avoisinaient 20 millions de dirhams, somme que le bureau justifiait par un versement au propriétaire foncier en tant qu’avance sur la cession du terrain. «Les enquêteurs ont toutefois établi que ce dernier avait encaissé la totalité du montant sans être en mesure de lever les oppositions légales ni de régulariser la situation foncière, alors que la parcelle était grevée de contentieux sur une grande partie de sa superficie», souligne Al Akhbar.
Les victimes affirment que l’amicale continuait à percevoir les paiements sans informer des obstacles rencontrés par le projet. Son président a nié ces accusations lors de son audition, soutenant que toutes les informations étaient partagées avec les adhérents via des applications de messagerie. Les enquêtes et l’instruction ont également révélé l’intervention d’un acheteur potentiel, en coordination avec la notaire, dans le but de racheter le terrain, d’en régulariser la situation et de permettre le remboursement des adhérents. La notaire a contesté toute implication, affirmant que les accords et la remise du chèque bancaire s’étaient déroulés en dehors de son étude. La justice a néanmoins estimé qu’elle avait facilité l’opération en permettant le versement de fonds importants sans garantir la protection juridique des parties.
Quant au propriétaire du terrain, il a été reconnu coupable d’escroquerie pour avoir perçu 20 millions de dirhams, soit la moitié de la valeur du bien, en connaissance des entraves juridiques affectant la parcelle, et pour avoir tenté de conclure un nouvel accord avec un autre acquéreur, ce que le tribunal a considéré comme une manœuvre aggravant les faits reprochés.
Par La Rédaction
Le 11/01/2026 à 19h27