Dans un discours d’une franchise inhabituelle prononcé ce 8 janvier devant les ambassadeurs à l’Élysée, Emmanuel Macron a présenté sa perception de la présence française en Afrique, notamment sur le plan économique. Selon lui, la France a manqué le virage économique du continent. Alors que l’exécutif s’efforçait depuis plusieurs années de renouveler le logiciel diplomatique et militaire, notamment en mettant fin à certaines présences militaires inutiles, le Président a déploré un mouvement inverse de la part des acteurs économiques. Il a souligné le paradoxe d’une France qui prône un partenariat d’égal à égal tout en voyant ses grands groupes, et singulièrement ses banques, déserter le terrain. « Il y a 15 ans, nous étions une puissance bancaire et financière en Afrique. Tout le monde a vendu », a-t-il regretté, pointant du doigt la responsabilité des réglementations européennes qu’il a qualifiées sans détour d’« idiotes » si elles conduisent à céder la place à la concurrence internationale.

Ce retrait stratégique, souvent justifié par les contraintes de conformité et une aversion au risque, a laissé le champ libre à d’autres puissances comme la Chine, la Turquie ou les pays du Golfe, qui occupent désormais l’espace financier et commercial délaissé par les établissements français. Pour le chef de l’État, cette « pusillanimité » n’est plus compréhensible alors même que la France tente de bâtir une nouvelle crédibilité sur le continent. Le diagnostic présidentiel acte ainsi la non-réussite d’une stratégie dans laquelle la refonte politique n’a pas été suivie d’effets économiques tangibles, créant un décalage préjudiciable à l’influence française. Face à ce vide, Emmanuel Macron appelle à une mobilisation générale pour inverser la tendance avant que la désindustrialisation et la perte de parts de marché ne deviennent irréversibles.

Appel à un changement de paradigme pour éviter l’effacement

Pour opérer cette reconquête, le président français a présenté une nouvelle méthode qui privilégie désormais les acteurs de terrain audacieux plutôt que les rentiers institutionnels. Il a explicitement demandé de soutenir les entreprises « ceux qui ont faim », citant les PME, les start-up et les ETI prêtes à travailler dans un esprit de respect et de partenariat, tout en écartant les entreprises qui « ne se comportent pas bien ». Cette nouvelle approche, qui se veut plus agile et moins arrogante, devra s’appuyer sur des coalitions inédites pour contourner les limites du bilatéralisme classique. C’est tout l’enjeu du prochain sommet Afrique-France prévu à Nairobi en mai 2026, où Emmanuel Macron a symboliquement invité le Premier ministre indien Narendra Modi et le chancelier allemand Friedrich Merz à ses côtés. Ce choix d’une diplomatie économique multipolaire vise à mutualiser les risques et à proposer une offre plus robuste face aux géants asiatiques.

Cependant, cette volonté politique se heurtera inévitablement aux réalités opérationnelles si les leviers financiers ne sont pas réactivés. Le chef de l’État a ainsi enjoint son gouvernement et l’administration à revoir en profondeur les mécanismes de soutien et de faire preuve de plus d’offensivité, notamment via une diplomatie économique “pays-secteur” plus ciblée. Si des acteurs comme Business France ou le Medef International multiplient déjà les initiatives, le succès de ce virage dépendra de la capacité de la France à recréer un écosystème bancaire et assurantiel capable de soutenir ces entrepreneurs « qui ont faim ».