Dans ses récentes communications aux investisseurs, le groupe de logistique maritime Norden, basé au Danemark, a clairement identifié la Guinée comme le pivot de la stabilité de ses revenus pour l’exercice 2026. En décembre 2025, l’entreprise a officialisé un contrat de services logistiques majeur avec Africa Oil Supply (AOS) pour l’évacuation du minerai extrait par la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) vers la Chine. Le dispositif, dont le démarrage est attendu en ce début d’année 2026, repose sur une ingénierie complexe : le transbordement offshore. En utilisant des grues flottantes pour charger le minerai depuis des barges vers des navires de classe Capesize en haute mer, Norden promet à ses clients une réduction drastique des coûts de fret. Cette solution intégrée remplace une organisation logistique auparavant fragmentée entre divers armateurs, offrant ainsi une meilleure visibilité opérationnelle. « Nous sommes reconnaissants envers notre client AOS de nous avoir fait confiance pour lui fournir ce service », a déclaré Jan Rindbo, PDG de Norden. « Nous sommes également ravis d’apporter notre palette de services en Guinée, en élargissant notre présence et notre marque à travers le continent africain, où nous voyons un potentiel significatif. »
L’année 2026 débute dans un climat d’attente pour le secteur maritime. Si le retour progressif de la sécurité sur les corridors de la mer Rouge est une bouffée d’oxygène pour l’Égypte et le canal de Suez, cette normalisation entraîne des distorsions de capacité. Selon Antonella Teodoro, analyste chez MDS Transmodal, cette situation accroît l’offre disponible pour les très gros navires au détriment des segments intermédiaires. « La réouverture de la mer Rouge ne va pas simplement rétablir les conditions d’avant la crise. Il y a un déséquilibre structurel dans la flotte mondiale, avec un excédent chronique de méga-navires sur les routes Est-Ouest », expliquait-elle, selon des propos rapportés par le magazine Maritimemag., dans son édition d’hiver publiée le 9 janvier. Pour Norden, ce déséquilibre dissimule des opportunités: en misant sur le projet Simandou et la bauxite guinéenne, l’armateur s’assure de saturer ses capacités Capesize, alors que d’autres segments de la flotte peinent à trouver leur équilibre.
Du Gabon à la Guinée : la duplication d’un modèle gagnant
L’ambition guinéenne de Norden s’inscrit dans une stratégie continentale plus vaste. Ce modèle de services intégrés a déjà fait ses preuves au Gabon, où le groupe a consolidé son partenariat avec la Comilog (Eramet) pour l’évacuation du manganèse. Norden y a investi pour éliminer les petites expéditions au profit d’une station flottante de transbordement permettant le chargement de grands navires en eaux profondes. Une initiative analogue se dessine aujourd’hui en Guinée. Les dirigeants de Norden ont déjà annoncé le lancement d’une première phase opérationnelle, tandis que des évaluations sont en cours en vue d’une seconde phase d’expansion. Ce déploiement s’appuie sur un maillage géographique renforcé : l’ouverture de bureaux à Abidjan et Libreville, couplée à l’acquisition des activités de Taylor Maritime à Durban, permet à l’armateur de créer des synergies sur les trois façades maritimes du continent.
L’entrée en service de ces solutions logistiques est suivie de près par les autorités de Conakry. Le succès de ces opérations est vital pour l’économie nationale, alors que le pays s’apprête à lancer un fonds souverain au deuxième trimestre 2026, financé par les royalties minières. Au-delà de l’aspect financier, l’enjeu est environnemental. En optimisant les chargements sur des navires plus grands et plus modernes, Norden réduit l’empreinte carbone par tonne transportée. « Cet accord nous permet non seulement de réduire les coûts de fret pour le client, puisque nous utiliserons des navires Capesize plutôt que des Ultramax ou Panamax, mais aussi de réaliser une réduction supplémentaire des émissions au bénéfice du client », soulignait William Wallace, responsable de la logistique chez Norden.