L’Éthiopie a officiellement lancé ce 10 janvier, la construction d’un nouvel aéroport à Bishoftu, localité située à une quarantaine de kilomètres au sud-est d’Addis-Abeba. Présentée par le Premier ministre Abiy Ahmed Ali comme « le plus grand projet d’infrastructure aéronautique de l’histoire de l’Afrique », l’aéroport devrait compter 4 pistes et disposer d’une capacité d’accueil de 270 avions. Dans une première phase, il accueillera 60 millions de passagers par an, avant de traiter jusqu’à 110 millions de passagers annuels. Cela représentera plus de quatre fois la capacité de l’aéroport international de Bole, aujourd’hui principal point d’entrée aérien d’un pays qui atteindra ses limites face aux flux de trafic d’ici deux à trois ans selon Abiy Ahmed.

« Le projet doit renforcer la compétitivité mondiale d’Ethiopian Airlines, améliorer la connectivité du continent dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine, élargir les corridors commerciaux et touristiques, et positionner l’Éthiopie comme un hub intercontinental de premier plan », souligne le dirigeant. Au total, cet ambitieux projet devrait représenter un investissement total de 12,5 milliards USD (environ 10,7 milliards d’euros) dont 30% proviendront d’Ethiopian Airlines, selon les propos d’Abraham Tesfaye, directeur du développement et de la planification des infrastructures du Groupe, relayés par Reuters.

D’après lui, Ethiopian a déjà alloué 610 millions USD (environ 522,3 millions d’euros) aux travaux de terrassement prévus pour être achevés dans un an. Pour le reste, M. Tesfaye précise que le reste de l’enveloppe sera levée auprès des prêteurs. S’il n’ajoute pas d’autres détails, il faut savoir que la Banque africaine de développement (BAD) avait été sélectionnée en août 2025 pour mobiliser par emprunt 8 milliards USD (environ 6,8 milliards d’euros) destinés au financement de l’infrastructure, dont le coût était à l’époque évalué à 10 milliards USD (environ 8,6 milliards d’euros) à l’époque.

L’institution bancaire avait aussi indiqué une allocation de 500 millions USD (environ 428,2 millions d’euros) pour le projet, sous réserve de l’approbation de son Conseil d’administration.

Un projet au cœur du plan de changement d’échelle d’Ethiopian

Ce projet d’infrastructure s’inscrit pleinement dans les ambitions de montée en gamme d’Ethiopian Airlines, qui a dévoilait en 2025 sa feuille de route stratégique baptisée « Vision 2040 ». La compagnie nationale entend se hisser parmi les 20 premiers groupes aéronautiques mondiaux, en capitalisant notamment sur l’expansion de son réseau. Elle vise un chiffre d’affaires annuel de 29 milliards USD (environ 24,8 milliards d’euros), contre 7,6 milliards USD (environ 6,5 milliards d’euros) sur l’exercice 2024/2025.

Le groupe projette aussi de plus que tripler son trafic de passagers, pour atteindre 63,9 millions de voyageurs contre 19 millions lors du dernier exercice, et de porter son volume de fret à 1,9 million de tonnes, contre 754 000 tonnes actuellement. Pour soutenir cette trajectoire, la flotte devrait s’étoffer pour atteindre 303 appareils contre 145 aujourd’hui, tandis que le réseau international serait étendu à 243 destinations, contre 144 actuellement. La mise en service du futur aéroport renforcerait considérablement cette dynamique, en offrant à la compagnie une plateforme à la hauteur de ses ambitions.

À terme, l’infrastructure doit dépasser les grands hubs africains existants, tels que l’aéroport international du Caire et l’aéroport OR Tambo à Johannesburg, qui ont traité en 2024 respectivement 18,7 millions et 12,2 millions de voyageurs selon les données du fournisseur de service OAG. Elle devrait aussi être bien positionnée pour satisfaire la demande croissante dans le transport aérien africain, portée par l’urbanisation rapide, l’émergence d’une classe moyenne et l’intensification des échanges intra-africains.

Selon l’Association du transport aérien international (IATA), le trafic aérien africain devrait croître en moyenne de 4,1% par an au cours des vingt prochaines années, soutenu par la dynamique démographique du continent.