Invité de La Grande Édition, le docteur David Matsanga, président et fondateur du Pan-African Forum Ltd, a livré une lecture nuancée du rapport complexe entre l’Afrique, Israël et le Moyen-Orient. Depuis Londres, cet expert des dynamiques africaines a rappelé que le vote quasi systématique des pays africains contre Israël à l’ONU ne reflète pas nécessairement la réalité des relations sur le terrain.

Selon lui, ce positionnement s’inscrit d’abord dans l’héritage du mouvement des non-alignés, qui structure encore la diplomatie africaine. À l’ONU, l’Afrique vote souvent en bloc, par réflexe collectif et par respect des équilibres internationaux, davantage que par hostilité idéologique envers Israël. « L’Afrique accueille tous ceux qui veulent investir, développer et coopérer », souligne Matsanga, insistant sur une realpolitik africaine pragmatique et non discriminatoire.

Video posterDr. David Matsanga

Cette posture officielle masque toutefois une coopération bien réelle avec Israël, notamment dans les domaines sécuritaires, agricoles et technologiques. En Afrique de l’Est – au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie ou au Rwanda – Israël est perçu comme un partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme islamiste, face à des menaces communes telles qu’Al-Shabaab, Boko Haram ou les réseaux affiliés à Al-Qaïda et à Daesh. Ces pays, souvent anglophones, entretiennent une relation plus directe et moins idéologique avec Jérusalem que certaines anciennes colonies françaises d’Afrique de l’Ouest.

David Matsanga reconnaît néanmoins que la perception du conflit israélo-palestinien, notamment à Gaza, reste un point de friction dans l’opinion publique africaine, surtout lorsque les pertes civiles sont importantes. Mais il insiste : le rejet du terrorisme fait consensus sur le continent. « Aucun Africain n’acceptera que des terroristes viennent tuer des populations civiles », affirme-t-il.

En conclusion, l’expert plaide pour un engagement diplomatique plus structuré entre Israël et l’Union africaine. Derrière les votes symboliques, le potentiel d’un partenariat stratégique Afrique-Israël demeure, fondé sur des intérêts communs, la sécurité régionale et le développement économique.