l’essentiel
Sa conception du rapport maître-élève était toute personnelle. Où il voit drague et « jeu de séduction », les victimes disent agressions sexuelles. Le virtuose a-t-il trahi leur confiance ? Un homme de 58 ans a été jugé par le tribunal correctionnel de Toulouse au début du mois de janvier.
En ligne, il pose fièrement auprès de Mohammed VI. Sa proximité supposée avec le roi du Maroc trouve un prolongement dans son rôle officiel d’ambassadeur de la musique orientale. “C’est un soliste qui a joué dans les plus grands orchestres du monde. C’est une sommité, une star de la musique dans son domaine”, dépeint Me Alexandre Martin, l’avocat d’une victime. Car ce n’est pas pour ses talents artistiques qu’Ali A., 58 ans, est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Toulouse, mais pour une conception personnelle des rapports maître-élève dans l’école de musique où il exerçait dans la Ville rose. Trois femmes l’accusent d’agressions sexuelles, entre 2019 et 2023. Prof de chant ou élèves, elles dépeignent un climat particulier. Des bises appuyées qui échouent près des lèvres. Des mains qui frôlent ou enlacent. Et même pour la plus jeune, une soirée qui dérape. “Lors de mon arrivée à l’école, on m’avait dit de ne pas monter avec lui en voiture”, assure l’une de ces femmes.
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Il dénonce une cabale
À la barre, le quinquagénaire adopte une posture simple : il croyait au “jeu de séduction”. “Je suis tactile”, explique-t-il. Mais tout en réfutant ce qu’on lui reproche, il répugne à traiter les plaignantes de menteuses. Position difficilement tenable face à un président pugnace. “Aucune de ces femmes ne se connaît. Pourquoi décrivent-elles le même comportement de votre part ?”. Une explication finit par fuser : la cabale. “Quand j’ai enseigné ailleurs, le directeur de l’école n’a pas apprécié”. L’affaire finit aux Prud’hommes. “Donc pour vous, ce serait un complot ? !”, s’effare le procureur. Maëlle*, se présente à la barre. Avec courage, elle raconte la soirée hallucinante qu’elle a vécue au domicile du professeur. “À l’époque, je ne vivais plus sur Toulouse, suite à une rupture. Je voulais passer voir des amis et il m’a appelée pour proposer de m’héberger”. Elle s’imagine que l’épouse et les enfants du prévenu seront présents. Mais à son arrivée sur place, le désert. Et l’angoisse quand le prof, d’une trentaine d’années plus âgé qu’elle, se fait plus… tactile. “Jamais je ne serais allée dormir seule chez lui si j’avais su qu’il était seul”, assure-t-elle. Elle s’enferme dans la chambre. Elle place une chaise derrière la porte et glisse une paire de ciseaux sous son oreiller pour se protéger. “J’ai mis un réveil toutes les heures pour être sûre de ne pas dormir. J’étais piégée, loin de chez moi. Personne ne serait venu me chercher. Et j’ai eu peur que ce soit pire en quittant l’appartement”.
Les détails crus du témoignage de la victime
Au matin, il lui prodigue un massage du dos. Lui lèche un orteil, selon le témoignage de la jeune femme. Et il lui assène plusieurs claques sur les fesses. “Tu vois que je ne t’ai pas agressée sexuellement”. Le professeur réfute cette scène matinale. Pour Me Atiyeh Zarrin Bakhsh, l’avocate de la jeune femme, “la vertu de sa plainte, c’est que d’autres femmes ont pu franchir le pas”. “Il est dans le déni par peur de perdre sa carrière”, contextualise Me Martin. “Il n’est pas poursuivi parce que c’est un dragueur lourdingue mais parce qu’il a commis des agressions sexuelles”, recadre le procureur. Il réclame 18 mois de prison avec sursis probatoire. “On ne punit pas un climat”, tente de recadrer en défense Me Sarah Hunot. “Je ne crois pas qu’il avait conscience d’aller trop loin. Quand on lui dit stop, toujours, il s’arrête”. Deux ans de prison dont six mois ferme à effectuer sous bracelet. Le reliquat est assorti d’un sursis probatoire avec obligation de soins, d’indemniser les victimes et interdiction d’enseigner la musique. Enfin, son profil génétique rejoint le fichier des délinquants sexuels. *Son prénom a été modifié.