Maroc, Nigeria, Sénégal et Égypte… Quatre géants d’Afrique qui vont s’affronter dans le dernier carré de la CAN 2025 pour décrocher la couronne continentale. Mais la 35e édition de la Coupe d’Afrique fera date en raison d’un point commun entre ces quatre sélections : toutes ont été menées jusqu’à ce stade grâce à un sélectionneur issu du continent.
Le Sénégal de Pape Thiaw et le Nigeria d’Éric Chelle ont en effet éliminé les dernières sélections coachées par des Européens durant les quarts de finale, respectivement le Mali du Belge Tom Saintfiet et l’Algérie du Suisso-Bosniaque Vladimir Petković.
Une prise de pouvoir des techniciens locaux qui se dessinait déjà lors des dernières éditions, puisque depuis 2019, le sélectionneur vainqueur a toujours été issu du continent : l’Algérie de Djamel Belmadi (2019), le Sénégal d’Aliou Cissé (2022) et enfin la Côte d’Ivoire d’Emerse Faé (2024).
La fin des “sorciers blancs” ?
Pendant des décennies, le paysage des phases finales de la CAN a longtemps été immuable : quelques techniciens dits “locaux” tentaient de résister à une armada de sélectionneurs venus d’Europe ou d’Amérique du Sud. De Claude Le Roy à Hervé Renard en passant par Roger Lemerre, la figure du “sorcier blanc” était devenue le passage obligé pour toute fédération en quête de discipline tactique et de reconnaissance internationale.
Jusqu’ici seule l’édition 1965 avait connu pareil grand chelem sur les bancs des demi-finales : Charles Gyamfi, la légende du Ghana, Mokhtar Ben Nacef (Tunisie), Habib Bâ et Lybasse Diop (Sénégal) et Alphonse Bissouma Tapé (Côte d’Ivoire) étaient les pionniers de l’époque. Cependant, cette cinquième édition de la Coupe d’Afrique ne comptait alors que six équipes participantes. Autant dire que réaliser ce 4/4 dans la version moderne du tournoi, qui se dispute à 24 équipes, est d’une tout autre portée symbolique.
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Sur la ligne de départ de la Coupe d’Afrique au Maroc, 15 des 24 sélections étaient dirigées par des entraîneurs africains. Onze d’entre elles ont franchi la phase de groupes et six la barre des huitièmes de finale. Alors qu’avant, l’entraîneur issu du football local était davantage vu comme une roue de secours, il est devenu le premier choix des fédérations.
Un choix que le président de la Fédération camerounaise de football Samuel Eto’o expliquait sur le site de la CAF : “Ils comprennent les joueurs et leur mentalité. Un entraîneur africain sait ce que signifie porter le maillot et se battre pour son drapeau. Cela n’a pas de prix.” Juste avant la CAN 2025, il a fait le choix de se séparer de Marc Brys pour embaucher David Pagou, pur produit du football camerounais. Un choix payant tant le Cameroun a séduit dans la compétition jusqu’à sa défaite en quart de finale contre le Maroc.
Des ex-internationaux devenus coachs
Autre point commun qui saute aux yeux concernant ce dernier carré historique de sélectionneurs : que ce soit Éric Chelle, Hossam Hassan, Walid Regragui ou Pape Thiaw, tous sont d’anciens internationaux qui ont mouillé le maillot pour leurs sélections respectives. Éric Chelle a été capitaine des Aigles du Mali, Walid Regragui a disputé notamment la finale de la CAN 2004 avec le Maroc, Pape Thiaw faisait partie de la génération dorée sénégalaise qui avait battu la France à la Coupe du monde, tandis qu’Hossam Hassan a déjà remporté deux CAN avec l’Égypte.
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Surtout, ces techniciens arrivent avec des références solides sur le banc. Walid Regragui a brisé un plafond de verre mondial en emmenant le Maroc en demi-finale de la Coupe du monde 2022, une première pour le continent. Pape Thiaw, de son côté, a déjà goûté au sacre continental en remportant le CHAN 2022 (Championnat d’Afrique des nations) à la tête de la sélection locale du Sénégal. Quant à Éric Chelle, il avait déjà marqué les esprits lors de la précédente édition en menant le Mali jusqu’en quart de finale de la CAN, confirmant son expertise tactique avant de rejoindre le banc du Nigeria.
“Il y a un niveau de compétence qui a augmenté et un marché qui s’est ouvert avec les anciens internationaux africains qui ont épousé la carrière d’entraîneur”, expliquait en novembre sur France 24 Nabil Djellit, spécialiste du football africain et animateur du blog Maghreb FC sur L’Équipe. “Maintenant, on fait davantage confiance à des gars qui ont eu un vécu avec les sélections et qui se sont formés, qui ont joué en Europe.”
Pour Nabil Djellit, cette nouvelle génération incarne ce qu’il nomme “la troisième voie” entre les entraîneurs locaux et étrangers : “Ces coachs sont sur les deux rives, ils ont le vécu du football européen et en même temps connaissent parfaitement les sélections nationales. Ils ont porté le maillot de leur pays et sont ancrés dans la réalité du football contemporain et de ses codes.”
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Peu importe l’issue de la finale prévue au Complexe Moulay Abdellah de Rabat, le vainqueur sera Africain pour la quatrième édition consécutive. Et le message sera fort : l’Afrique n’est plus seulement une terre de grands joueurs, mais aussi d’entraîneurs talentueux.