La scène est loin d’être anodine : alors qu’il procédait à l’inauguration du Complexe Hospitalo-Universitaire International Mohammed VI de Rabat, le 3 novembre, Sa Majesté le Roi marque un temps d’arrêt devant un robot chirurgical, l’examine attentivement, puis place sa tête à hauteur du viseur de la console opératoire.
 
Le Prince Héritier Moulay El Hassan fait de même, allant jusqu’à manipuler les manettes de commande de l’équipement. Père et fils s’échangent ensuite un sourire complice, un moment qui ne manquera pas d’attirer l’attention du public.
 
L’appareil en question est un Da Vinci, bijou technologique développé par l’entreprise américaine «Intuitive Surgical». Lors de cette cérémonie, le Souverain ordonne également la mise en service du CHU d’Agadir, doté, pour sa part, d’un système comparable de chirurgie robot-assistée, le Revo-i, de conception coréenne.
 
Ces machines de pointe élargissent considérablement le champ des possibilités en chirurgie (actes de haute précision, interventions à distance, etc.). Ce geste royal vient confirmer le rôle que le Maroc entend jouer dans ce domaine, celui de pionnier en Afrique et de référence à l’échelle du monde arabe.
 

Exploit chirurgical
 
Une dizaine de robots chirurgicaux sont opérationnels dans le Royaume, répartis entre le secteur public (CHU, hôpital militaire), les fondations (FM6SS, Cheikh Zaid, Cheikh Khalifa) et le privé (Akdital, Oncorad). Une dizaine d’autres sont en cours de réception ou déjà commandés, selon nos informations.
 
“Depuis 2024, la chirurgie robotique suscite un véritable engouement au Maroc”, observe Dr Adil Ouzzane, chirurgien-urologue et l’un des précurseurs de cette discipline dans le pays. Ce dernier a réalisé, le 2 mai, une opération spectaculaire à 1.000 km de distance, en pratiquant depuis Casablanca une prostatectomie radicale sur un patient se trouvant à Laâyoune.
 
Pour réussir cet exploit signé Akdital, toute une infrastructure technique a été mise en place. Les deux modules de marque chinoise «Medbot» ont été reliés par deux lignes de fibre optique professionnelle, hors réseau Internet pour des raisons de sécurité. Le temps de latence, soit le délai entre le geste du chirurgien et son application sur le patient, n’a pas dépassé 20 millisecondes (la norme étant de 150 millisecondes).
 

Plus habile qu’un humain
 
Pour ce qui est des actes en présentiel, le système médical marocain en affiche déjà une centaine au compteur. Les plus récents sont quatre ablations de tumeurs rénales et prostatiques, réalisées le 20 décembre à l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V de Rabat. L’établissement s’est récemment doté d’une unité dédiée à la chirurgie robotique, comprenant trois salles opératoires.
 
L’apport principal de ces robots tient à leurs instruments, d’une finesse et d’une dextérité supérieures à celles de la main humaine (comme EndoWrist de Da Vinci). Ils sont capables de reproduire, voire d’amplifier, les mouvements naturels du poignet (flexion, extension, abduction, adduction, rotation), tout en corrigeant les défauts du geste, notamment les tremblements.
 
Cela permet d’intervenir dans des espaces extrêmement restreints, au moyen de très petites incisions. Résultat : un risque infectieux réduit, des pertes sanguines limitées, des douleurs postopératoires atténuées, et donc des durées d’hospitalisation plus courtes. Cela contribue également à la préservation de fonctions essentielles, notamment urinaires et sexuelles, en cas d’ablation de tumeur prostatique.