À Sédhiou, les murs du Fort Pinet-Laprade se dégradent lentement sous l’effet de l’humidité et du temps. Face au fleuve Casamance, ce monument classé depuis 2007 demeure sans véritable programme de restauration. Plus qu’un édifice ancien, c’est un repère fondamental de l’histoire de la Casamance qui risque de disparaître.

Un fort au cœur de la stratégie coloniale

Construit entre 1836 et 1844, le Fort Pinet-Laprade s’inscrit dans la stratégie française visant à contrôler la Casamance, territoire alors perçu comme instable mais riche sur le plan agricole. La position de Sédhiou, au centre du réseau fluvial, en faisait un point de contrôle incontournable.

Conçu par l’ingénieur militaire Pavent d’Angsbourg et nommé en hommage à Émile Pinet-Laprade, le fort devient rapidement un centre administratif, militaire et commercial, notamment lié au commerce de l’arachide vers Ziguinchor.

Un lieu à l’histoire ambivalente

Symbole de domination coloniale, le fort a pourtant aussi servi de refuge. Lors de conflits locaux, des populations mandingues et baïnouck y trouvaient protection. Cette double fonction confère aujourd’hui au site une valeur mémorielle particulière, à la fois douloureuse et essentielle à la compréhension de l’histoire régionale.

Parmi les figures liées au fort, Diagne Mapaté, cadre africain de l’administration coloniale, incarne cette génération d’intermédiaires culturels chargés de maintenir le dialogue entre autorités coloniales et sociétés locales.


Un monument classé, mais laissé à l’abandon

Malgré son classement, le Fort Pinet-Laprade n’a bénéficié d’aucune restauration majeure. Les murs s’effritent, certaines structures sont fragilisées et le risque d’effondrement est bien réel. Cette situation illustre les limites des politiques de protection patrimoniale, souvent réduites à une reconnaissance administrative sans suivi concret.

Un patrimoine régional fragile

Le fort n’est pas un cas isolé. À Sédhiou, l’église Saint-Jean l’Évangéliste a célébré en décembre 2025 ses 150 ans d’existence, grâce essentiellement à la mobilisation des fidèles. À Karantaba et Baghère, des mosquées parmi les plus anciennes du Sénégal, sont également menacées par le manque d’entretien et la disparition des savoir-faire traditionnels.

Entre promesses et attentes

Entre 2015 et 2023, plusieurs annonces officielles prévoyaient la réhabilitation du fort et des investissements culturels dans la région, sous la présidence de Macky Sall. Ces projets ne se sont jamais concrétisés.

Aujourd’hui, les orientations affichées par le président Bassirou Diomaye Faye, axées sur la souveraineté et la valorisation des ressources nationales, suscitent l’espoir d’un changement de cap.


Sauver la mémoire avant qu’elle ne s’efface

Réhabiliter le Fort Pinet-Laprade ne serait pas seulement un acte symbolique. Ce site pourrait devenir un véritable levier de développement local à travers le tourisme culturel et la transmission de l’histoire du Pakao.

Le fleuve Casamance continuera de couler. Reste à savoir si ses rives conserveront encore les traces visibles de leur mémoire. À Sédhiou, l’urgence n’est plus au constat, mais à l’action.

Où loger à Sédhiou ?

Située au cœur de la Casamance, Sédhiou propose quelques solutions d’hébergement modestes mais accueillantes, adaptées aux voyageurs de passage comme aux séjours professionnels ou culturels.