Adil Ettabaa
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12:13 – 13 janvier 2026
Une équipe de scientifiques rattachée au projet européen Soil O-Live, placé sous la coordination de l’université de Jaén (UJA), a mis au point une méthode analytique nouvelle permettant d’identifier le glyphosate (GLY) et d’autres pesticides fortement polaires dans les sols d’oliveraies du bassin méditerranéen, y compris au Maroc où les systèmes de culture intensifs présentent des teneurs parmi les plus élevées. Les travaux de cette étude ont été publiés dans la revue Environmental pollution sous le titre Rugged LC-MS/MS method for the large-scale monitoring of glyphosate and other highly polar pesticides in soils across European Union olive orchards.
Les chercheurs rappellent que l’identification du glyphosate dans les sols demeurait jusqu’alors délicate, en raison de «sa forte polarité et de sa nature ionique, qui rendaient l’analyse particulièrement complexe.» Le protocole élaboré repose sur une extraction solide-liquide suivie d’une analyse directe par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS), au moyen d’une colonne anionique polaire, sans recours à la dérivatisation.
Cette méthode, a-t-on écrit, autorise «une quantification précise du GLY et de composés apparentés tels que l’acide aminométhylphosphonique (AMPA), issu de sa dégradation.» Elle permet également d’éviter «la passivation de la phase stationnaire, les variations du temps de rétention, l’instabilité de la sensibilité et les faibles rendements observés lors de l’analyse de séries volumineuses d’échantillons.»
Près de huit cents échantillons de sols d’oliveraies méditerranéennes, relevant de modes de gestion traditionnels, intensifs et biologiques, ont servi à éprouver la robustesse du dispositif. La présence du glyphosate, de l’AMPA et du N-acétyl-AMPA a été constatée dans la majorité des prélèvements.
Répartition territoriale et niveaux de résidus
Les analyses révèlent que «les sols relevant des systèmes intensifs et traditionnels présentent des concentrations sensiblement plus élevées de pesticides que ceux gérés selon des pratiques biologiques.» Sur le plan géographique, le Portugal affiche les moyennes les plus élevées pour les exploitations traditionnelles et intensives. En Espagne et au Maroc, les oliveraies intensives enregistrent les teneurs maximales, tandis qu’en Grèce, les valeurs les plus fortes concernent les systèmes traditionnels.
Des traces minimes de GLY et d’AMPA ont été relevées, par ailleurs, dans des sols biologiques au Portugal, en Espagne et en Grèce, phénomène attribué à «une possible contamination issue des traitements appliqués dans des oliveraies voisines.» Les responsables du programme estiment que cette méthode constitue «une contribution scientifique nouvelle pour l’étude de la contamination des sols par les pesticides dans le domaine des sciences environnementales.»
Le projet Soil O-Live réunit quinze institutions académiques, dont l’UJA, le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) et l’Agence espagnole de normalisation (UNE), avec la participation de deux entreprises du secteur oléicole, parmi lesquelles Deoleo. Il relève de la mission européenne Soil Health and Food du cadre de recherche et d’innovation 2021-2027.