À la veille du lancement officiel du projet Jazari, CIO Mag s’est entretenu avec Amal Fellah Seghrouchni, Ministre de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration du Maroc. Elle nous dévoile les ambitions du Royaume en matière d’intelligence artificielle et de digitalisation.
CIO Mag : Madame la Ministre, pouvez-vous nous présenter le projet « IA Made in Morocco » et Jazari Route?
Amal Fellah Seghrouchni : Le projet « IA Made in Morocco » est au cœur de notre stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Il repose sur la création du réseau Jazari, composé d’instituts régionaux coordonnés par JAZARI ROOT, basé à Rabat. Ce réseau incarne notre ambition de bâtir un écosystème national fondé sur l’excellence scientifique, la recherche et l’innovation, en accompagnant la montée en puissance des startups, en favorisant l’adoption du numérique par les PME et en consolidant les compétences nationales.
CIO Mag : Quelle est la portée de l’événement du 12 janvier?
Cette journée marque le lancement officiel de JAZARI ROOT et la signature de conventions structurantes avec nos partenaires publics, privés et académiques. Elle s’inscrit dans la continuité des Assises Nationales de l’IA tenues en juillet 2025 sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Nous voulons transformer la dynamique mondiale de l’IA en opportunité nationale durable, en misant sur la souveraineté technologique, l’innovation et l’inclusion territoriale. Avec la signature de toutes ces conventions lors du lancement de JAZARI ROOT, il y aura un avant et un après 12 janvier 2026 dans la marche vers la souveraineté numérique du Royaume
CIO Mag : Où en est la digitalisation des services publics ?
Nous avons identifié 600 services administratifs accessibles via le portail Hidariti. Ces services sont regroupés en parcours prioritaires : 50 % sont déjà digitalisés, notamment la création d’entreprise, l’ouverture d’une crèche ou l’inscription au baccalauréat libre. Ce chantier, lancé en février 2025, avance rapidement et notre objectif est de finaliser l’ensemble d’ici 2026.
CIO Mag : Quels obstacles avez-vous rencontrés?
Les défis sont liés à la coordination inter-administrations et aux réticences au changement. Pour y répondre, nous avons conçu un cadre réglementaire définissant l’identité numérique, la simplification des procédures et l’interopérabilité des services. Ce cadre, élaboré avec la CNDP, la DGSI, la DGSN et la Direction du Développement Digital, est en cours de validation au Parlement.
CIO Mag : La cybersécurité est-elle une priorité?
Oui. Nous ne mettons en ligne que des services conformes aux lois 09-08 (protection des données personnelles) et 05-20 (cybersécurité). La sécurité des systèmes relève de la DGSN, mais nous travaillons ensemble pour garantir la conformité et la sensibilisation.
CIO Mag : Quels moyens humains et financiers mobilisez-vous?
Nous avons recruté 113 personnes en 2025 et prévoyons 80 recrutements supplémentaires en 2026. Sur le plan financier, la stratégie Maroc Digital 2030 mobilise 11 milliards de dirhams, avec des partenariats publics-privés. Par exemple, le programme Venture Capital représente 1,3 milliard de dirhams, cofinancé par le Fonds Mohamed VI et la CDG.
CIO Mag : Quels résultats concrets en matière d’IA?
Le Maroc a gagné 14 places dans le classement mondial des gouvernements en IA en 2025, grâce à des initiatives stratégiques et à notre visibilité internationale, notamment via le D4SD (Digital for Sustainable Development) aux Nations Unies. Nous attirons des investisseurs, des chercheurs et des startups, confirmant notre ambition de devenir un hub numérique arabo-africain.
CIO Mag : Le secteur privé suit-il cette dynamique?
Oui. Nous collaborons avec la CGEM, l’AUSIM et d’autres organisations. L’IA est un sujet d’intérêt public qui mobilise tous les acteurs. Porter ce projet exige une culture du livrable et une vision économique, en plus des aspects académiques et réglementaires.
CIO Mag : Et la coopération africaine?
Elle est essentielle. Nous avons lancé des programmes comme AUTAI (UNESCO) pour former des startups africaines dirigées par des femmes. Nous travaillons avec la Digital Cooperation Organization et envisageons la création d’une commission intergouvernementale arabo-africaine pour des projets IA collaboratifs.
CIO Mag : Comment l’IA peut-elle aider à surmonter l’illettrisme en Afrique?
Nous misons sur l’IA générative, notamment le speech-to-text et le text-to-speech, pour faciliter l’accès aux services. L’accord avec Mistral AI vise à développer un LLM marocain en arabe et darija, qui pourra être étendu à d’autres langues africaines.
CIO Mag : Si vous pouviez changer une chose dans ce processus?
J’aimerais aller plus vite. L’IA évolue rapidement dans le monde, et nous devons suivre le rythme pour rester compétitifs. L’urgence est réelle.
CIO Mag : Un dernier mot avant le lancement officiel?
Demain, nous signerons de nombreuses conventions, et d’autres suivront. L’engouement est fort, tant du côté des administrations que des acteurs privés. Pour la diaspora marocaine, ce projet incarne l’espoir de voir l’IA émerger au Maroc. Sky is not the limit !
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Encadré
Jazari : le Maroc pose les fondations de sa souveraineté IA

Rabat, 12 janvier 2026. Le Maroc a franchi une étape décisive avec le lancement officiel du réseau Jazari, pierre angulaire de la stratégie nationale « IA Made in Morocco ». Cet événement, organisé sous l’égide du ministère de la Transition numérique, a réuni décideurs publics, acteurs privés et universitaires pour sceller une vision ambitieuse : faire du Royaume un hub arabo-africain de l’intelligence artificielle.
Un réseau structurant
Au cœur de cette initiative, JAZARI ROOT, basé à Rabat, coordonnera un maillage d’instituts régionaux dédiés à la recherche, à l’innovation et à la formation. Objectif : créer un écosystème d’excellence capable de développer des solutions IA adaptées aux réalités marocaines et africaines.
Des partenariats stratégiques

Huit conventions ont été signées avec des acteurs clés, dont la CGEM, pour la création du GIP Institut Jazari ROOT. Ces accords couvrent la recherche appliquée, l’accompagnement des startups et le financement de projets innovants. Le partenariat avec Mistral AI marque également une avancée majeure : la mise en place d’un laboratoire R&D IA générative, avec pour ambition de développer un LLM marocain en arabe et darija, extensible aux langues africaines.
Trois axes prioritaires
Le réseau Jazari concentrera ses efforts sur :
Administration électronique : IA pour simplifier et automatiser les services publics.
Zones rurales et montagneuses intelligentes : inclusion numérique et agriculture connectée.
Support aux grands événements sportifs : solutions IA pour la logistique et la sécurité.
Une vision fondée sur cinq piliers
Souveraineté technologique
Confiance citoyenne et cybersécurité
Développement massif des compétences
Innovation endogène
Équité territoriale
Avec 11 milliards de dirhams mobilisés dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030 et un programme Venture Capital de 1,3 milliard de dirhams, le Maroc affirme son ambition : Sky is not the limit.