“Une demi-finale qui aurait pu être une finale.” Ces mots prononcés par Walid Regragui lors de la traditionnelle conférence de presse d’avant-match auraient tout aussi bien pu venir d’Éric Chelle, son homologue côté Nigeria.

Avant le duel qu’ils vont se livrer pour une place en finale, les deux hommes ont fortement insisté sur les forces montrées par leur futur adversaire lors de la CAN 2025. À moins de 48 heures de l’échéance, la parole est restée sérieuse et mesurée, malgré quelques traits d’humour. Chacun sait ce qu’il doit faire pour faire basculer le match.

À lire aussiRegragui, Thiaw, Chelle et Hassan : quand les entraîneurs africains prennent le pouvoir à la CAN

Le Cameroun, match référence pour le Maroc

Sous le feu des critiques pour un jeu jugé poussif depuis le début de la compétition, le Maroc a enfin montré son meilleur visage vendredi lors du quart de finale contre le Cameroun. Les Lions de l’Atlas ont étouffé leurs adversaires au cours d’un match d’une intensité rare.

“On commence à avoir de l’expérience dans la gestion de ce genre de tournoi. Les premiers tours servent à remettre les joueurs en forme. Il fallait prendre des risques contrôlés”, rappelle Walid Regragui. “La prestation contre le Cameroun a rassuré pas mal de gens sur le plan athlétique. La motivation était au top.”

À lire aussi“S’il ne gagne pas la CAN 2025, il sera viré” : Walid Regragui sous la pression des Marocains

Mais le technicien marocain met en garde : “Chaque match possède sa vérité ! Face au Nigeria, on ne pourra pas se permettre le relâchement aperçu en fin de match contre la Tanzanie ou même le Cameroun. Il faudra garder la pression sur le Nigeria.”

La récupération, clé pour le Nigeria

Bluff ou non, son homologue nigérian, Éric Chelle, a insisté à plusieurs reprises lors de la conférence de presse sur la nécessité de gérer la récupération de ses joueurs après le choc contre l’Algérie. Ses hommes ont livré une copie presque parfaite, terminant la rencontre sans avoir laissé les Fennecs cadrer une seule fois. Mais l’exigence de ce match pourrait peser sur les organismes.

En outre, la logistique a été au désavantage du Nigeria. Basée à Fès, la délégation nigériane a dû se déplacer à Marrakech pour le quart de finale, retourner à son camp de base, avant de rallier Rabat pour la demie. Pendant ce temps, les Marocains n’ont pas bougé de la capitale marocaine.

“En tant que footballeur professionnel, je ne pense pas qu’on devrait se plaindre des déplacements. Il est vrai que notre corps est soumis à rude épreuve, mais la fatigue liée aux voyages n’est pas la raison principale. Nous devons être prêts à tout moment. Ce ne sera pas une excuse”, a déclaré Alex Iwobi, présent aux côtés de son coach.

Gérer les individualités : Brahim Diaz et le trio Osimhen-Lookman-Adams

Le Nigeria devra défendre sur Brahim Diaz, actuel meilleur buteur du tournoi avec cinq réalisations en cinq matches. Pour autant, Éric Chelle ne s’inquiète pas de ce cas spécifique : “On ne va pas mettre en place un plan anti-Brahim Diaz mais un plan anti-équipe nationale du Maroc, sourit-il. Nous allons jouer la première mi-temps en bloc bas en essayant de ne pas encaisser de buts.”

Le technicien assure également que l’absence de son milieu Wilfred Ndidi ne le préoccupe pas : “J’ai la chance d’avoir de très grands joueurs. Quand on a deux Ballons d’Or africains [Victor Osimhen et Ademola Lookman], c’est plus facile. Akor Adams, je le suis depuis un moment. Mais le plus important, c’est l’équipe.”

À lire aussi“Une prière à la mosquée” : la méthode Chelle pour préparer d’éventuels tirs au but contre le Maroc

Côté marocain, on redoute ce trio offensif nigérian, fer de lance de la meilleure attaque du tournoi (14 buts). Pour les contrecarrer, le Maroc devrait compter sur le retour de son vice-capitaine Romain Saïss, qui a repris l’entraînement. En revanche, les Lions de l’Atlas devront se passer d’Azzedine Ounahi, toujours blessé.

“Nous ne pourrons pas nous permettre de jouer 20 minutes en bloc bas. Il faudra se mettre au niveau en termes d’impact physique”, avertit Walid Regragui.

Le public : facteur X

Dans le stade Prince Moulay Abdellah, véritable tanière des Lions depuis le début de la CAN, le Nigeria évoluera devant 63 000 spectateurs acquis à la cause marocaine. Mais ce douzième adversaire n’effraie pas Éric Chelle. Ses hommes ont déjà su imposer le silence au stade de Marrakech face à l’Algérie.

Pourtant, Walid Regragui compte sur cette ferveur pour faire pencher la balance : “C’est votre match aussi. Il faut nous porter et que vous n’ayez plus de voix à la fin”, a-t-il lancé en guise d’appel au peuple marocain.