
Crédit : Ambassade de France en Algérie – Facebook
Le silence n’est plus total entre Paris et Alger. « Depuis trois mois, des canaux de communication sont rétablis entre Paris et Alger », explique sur RFI l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet. Un signal après de longs mois de crise. Pour autant, le diplomate se montre prudent. À la question de savoir si la crise est derrière eux, la réponse est claire : « Non, pas encore ». Rappelé à Paris il y a huit mois, il n’a d’ailleurs pas encore regagné son poste.
Des mots qui attisent les tensions
Depuis un an, le climat s’est aussi durci sur la scène politique française. Des prises de parole venues de tous bords ont visé l’Algérie. L’ambassadeur met en garde. Il appelle à la responsabilité. Il insiste sur la nécessité de ne pas franchir une ligne dangereuse : « Je crois qu’il faut être très attentif à ne pas stigmatiser une population ». Il déplore des propos parfois hostiles qui dépassent les dirigeants pour viser un pays et son peuple. Le choix des mots compte. Il peut aggraver une crise déjà profonde.
Le pari du rapport de force rejeté
À l’Assemblée nationale, une résolution portée par le Rassemblement national a trouvé des soutiens à droite et au centre. Pour certains, c’est le signe qu’une majorité serait prête à assumer un bras de fer avec Alger. L’ambassadeur refuse cette lecture. Il tranche : « La publicisation, en quelque sorte, d’un rapport de force ne produit pas de résultats ». Il rappelle que Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, partage cette approche. Pour lui, seule la discrétion diplomatique permet d’avancer.
Sécurité et migration au cœur des discussions
La reprise du dialogue vise deux priorités françaises. D’abord, la coopération sécuritaire. Ensuite, le dossier migratoire. L’objectif est clair : relancer les mécanismes permettant l’éloignement des personnes sous OQTF. Sur le terrain antiterroriste, la crise a laissé des traces. « La gravité de cette crise (…) s’est traduite par une quasi-suspension de la coopération sécuritaire », reconnaît l’ambassadeur. Mais depuis quelques semaines, des échanges ont repris entre Paris et Alger.
Un premier geste diplomatique
Un pas a été franchi le 20 novembre dernier. La secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, s’est rendue à Alger. Une visite symbolique. Elle a permis de réactiver un canal diplomatique gelé depuis juillet 2024, notamment autour du dossier sensible du Sahel. Un signe de décrispation, sans garantie sur la suite.
Une visite ministérielle en préparation
La venue du ministre de l’Intérieur à Alger est désormais envisagée. Laurent Nuñez a été invité officiellement en novembre 2025. Il a répondu favorablement. La date reste à fixer. Cette visite devra être soigneusement préparée, insiste l’ambassadeur, autour des deux mêmes dossiers : sécurité et migration.
2026, l’année du possible redémarrage
À l’aube de 2026, l’ambassadeur veut croire à une sortie de crise. Après une année 2025 qualifiée de « très difficile », il espère un changement de dynamique. Interrogé sur un éventuel retour à Alger, il esquisse un sourire, puis conclut : l’essentiel est de sortir de « l’ornière ». Et il se dit prêt à y prendre toute sa part.