La naissance de la première équipe nationale algérienne a quelque chose de cinématographique. Nous sommes en 1958. Les Algériens luttaient alors depuis quatre ans pour leur indépendance vis-à-vis de la France, sous la houlette du Front de libération nationale (communément appelé FLN). De nombreux Algériens musulmans — terme utilisé par l’administration coloniale pour désigner les populations indigènes de la colonie de l’époque — évoluent dans le championnat de France de football.
Les icônes Mustapha Zitounia et Rachid Mekhloufi sont à quelques mois de rejoindre les Bleus pour la Coupe du monde en Suède. Le 13 avril de cette année-là, Zitounia et Mekhloufi disparaissent, ainsi que neuf joueurs, pour réapparaître un jour plus tard à Tunis aux côtés du président tunisien de l’époque, Habib Bourguiba. En une des journaux français, ils sont qualifiés de “traîtres” partis rejoindre la lutte algérienne. C’est ainsi que naît ce que l’on appellera plus tard le Onze de l’Indépendance. “C’est le seul cas au monde où une équipe nationale a été créée quatre ans avant l’indépendance effective du pays”, affirme le journaliste sportif algérien Maher Mezahi.

Pendant quatre ans, l’équipe embarque dans une tournée mondiale, affrontant de nombreux clubs. Le terrain devient une extension du champ de bataille pour l’indépendance. L’équipe défend l’idée que l’Algérie doit être reconnue comme une nation. Lorsque le pays accède à l’autonomie en juillet 1962, Ferhat Abbas, président du premier gouvernement provisoire de la nouvelle république, déclare que l’équipe de football “a fait avancer la cause de dix ans”. “C’est peut-être exagéré, mais c’est une bonne indication du pouvoir de l’équipe”, ajoute Maher Mezahi.
En Afrique, et plus particulièrement en Afrique du Nord, le football a toujours transcendé le domaine du sport. Il a non seulement joué un rôle clé dans la construction de l’identité de chaque pays, en s’affranchissant de la perspective du colonisateur, mais a aussi incarné un moyen de libération. Mais pourquoi le football ? “C’est simple, c’est le sport le plus universel et le plus regardé au monde. C’était le meilleur moyen d’attirer l’attention de la communauté internationale”, explique Saïd El Abadi, journaliste et auteur du livre L’histoire du football africain. C’est pourquoi le FLN a lancé sa propre équipe en 1958 : “Dès le début, ils ont voulu décentraliser la lutte pour le pouvoir dans d’autres domaines de la vie, pour que ce ne soit pas seulement un combat physique et militaire. L’équipe de football est restée dans l’imaginaire collectif parce que chacun de ces joueurs était une superstar”, ajoute Mezahi.