La Commission européenne a décidé en décembre 2025 de retirer six pays africains de sa liste des pays tiers à haut risque en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Cette décision s’inscrit dans le prolongement des retraits opérés l’an dernier par le Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme intergouvernemental chargé de fixer les standards internationaux en la matière.
Les pays concernés par la décision de Bruxelles sont le Mali, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Mozambique et le Nigeria. Les deux premiers ont été retirés de la liste grise du GAFI lors de la réunion plénière de juin 2025, tandis que les quatre autres ont obtenu ce retrait à l’issue de la session d’octobre 2025. S’appuyant sur les conclusions du GAFI, la Commission européenne estime que ces six États ont « remédié aux carences stratégiques recensées dans leurs dispositifs de LBC/FT ».
Meilleure perception sur les marchés
Selon le Trésor national sud-africain, qui a salué le retrait de la nation arc-en-ciel et de cinq autres pays africains de la liste européenne des juridictions à haut risque, la mesure devrait entrer en vigueur le 29 janvier 2026. Inscrits sur la liste grise du GAFI entre février 2021 et février 2023, ces pays ont mis en œuvre une série de réformes réglementaires et institutionnelles afin de satisfaire aux exigences internationales.
Au Burkina Faso, les autorités ont notamment renforcé la surveillance du secteur bancaire ainsi que celle des professions non financières réglementées, telles que les avocats et les notaires. L’Afrique du Sud, de son côté, a consolidé ses mécanismes de détection et de répression du blanchiment et du financement du terrorisme. D’après le Trésor sud-africain, ce retrait est susceptible d’amener les institutions financières européennes à revoir leur appréciation du risque pays.
Un signal que les marchés semblent avoir intégré. À l’annonce du retrait du pays de la liste grise du GAFI, il y a quelques mois, le rendement des obligations souveraines sud-africaines à dix ans a légèrement reculé, tandis que le rand s’est apprécié face au dollar, ce qui traduit un regain de confiance des investisseurs. Pour le Nigeria, dont les transferts de fonds de la diaspora ont dépassé 21 milliards de dollars (18 milliards d’euros) en 2024, selon la Banque mondiale, la sortie des listes de surveillance LBC/FT pourrait également fluidifier les transactions transfrontalières et réduire les coûts opérationnels pour les banques locales.
Efforts à fournir
Ces retraits ne constituent toutefois pas un blanc-seing. Ils sont plutôt perçus comme des incitations à poursuivre les efforts engagés dans la lutte contre les flux financiers illicites. En Afrique du Sud, les autorités reconnaissent ainsi que des défis persistent dans la mise en œuvre effective du cadre LBC/FT, une situation que partagent d’autres pays récemment retirés des listes de surveillance.
« Le Trésor national reconnaît qu’il reste encore beaucoup à faire pour combler les lacunes en matière de prévention, d’identification, d’enquête et de poursuite du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme », indique un communiqué des autorités sud-africaines.
Le GAFI appelle par ailleurs les pays concernés à renforcer leur coopération avec les instances régionales spécialisées, afin de consolider durablement leurs capacités. Dans cette optique, le Mali et le Burkina Faso ont rejoint en décembre 2025, aux côtés du Niger, le Groupe d’action intergouvernemental contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest, en tant que membres hors CEDEAO, après leur retrait commun de cette organisation régionale.
Sur le continent, l’Algérie, l’Angola, le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou encore la RDC et le Kenya, figurent encore sur la liste grise du GAFI et celle des pays tiers à haut risque de l’UE.