De Diokadou à Madiediame en passant par Djigoudière, les populations de la commune de Djibidione (département de Bignona) ont salué l’accompagnement de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac), facilitant leur retour d’exil. Toutefois, ces villages réclament davantage d’appui pour ceux qui sont rentrés au bercail. Ils veulent aussi des routes praticables et des infrastructures sociales de base.
BIGNONA – Des routes sinueuses, poussiéreuses, par moment dangereuses mènent aux villages de Diokadou, Djiboudière, Madiediame, tous de la commune de Djibidione (département de Bignona), frontalière avec la Gambie. Ici, les services sociaux de base font défaut. Il en est de même pour les infrastructures de base.
Habitées par un sentiment d’abandon par l’État du Sénégal, ces populations se tournent vers la Gambie pour satisfaire des besoins essentiels. Même pour se soigner, elles se rendent dans ce pays frontalier. Ici, la monnaie d’échange reste le « Dalasi » (monnaie gambienne), alors que le réseau téléphonique gambien est plus présent.
« Nous voulons plus d’infrastructures, d’investissements, de projets pour nous sentir sénégalais. Nous voulons que les Gambiens viennent se soigner chez nous », plaide Bourama Bodian, chef de village de Diokadou. Ladite bourgade a bénéficié d’un poste de santé réalisé par le Programme d’urgence des axes et territoires frontaliers (Puma).
M. Bodian a fait cette demande, le mercredi 17 décembre 2025, au cours d’une visite du directeur général de l’Anrac et ses équipes. Cette visite s’inscrivait dans le cadre de la 5e session du Conseil de surveillance de l’Anrac, décentralisée pour la première fois à Ziguinchor.
Aujourd’hui, à Diokadou, les besoins sont la clôture du poste de santé, la route, le soutien pour la construction de maisons pour ceux qui sont en Gambie et qui ont manifesté le besoin de rentrer.
« Au-delà de l’eau, nous avons aussi besoin de moulin, d’un bloc maraîcher, des tracteurs pour cultiver le riz », ont énuméré Kady Souncoutou Badji et Awa Diédhiou, toutes des femmes de Diokadou.
Madiediame est un autre village de retour des exilés du conflit armé qui manque de tout. Ici, le Puma est en train de réaliser un réseau d’adduction en eau du Plan « Diomaye pour la Casamance » (Pdc).
En attendant l’aboutissement de ces travaux, les villageois souffrent. « Nous n’avons rien ici. Nous avons tout perdu, notre bétail, nos plantations. Et il n’y a pas d’eau pour faire le maraîchage ni de bonnes routes. Pendant la nuit, c’est le noir total partout », décrit Méta Diémé, habitante de Madiediame où 27 ménages sont revenus de la Gambie depuis 2023.
Ils étaient obligés de quitter en 2022 lors des opérations de ratissage des bases rebelles par l’armée nationale.
Après des années d’exil en Gambie, les habitants du village de Djigoudière ont regagné leur terroir grâce à l’accompagnement de l’Anrac, à travers le Plan Diomaye pour la Casamance (Pdc) et d’autres partenaires et Ico, une Ong émiratie. Au total, 11 maisons ont été construites. Ico a aussi doté le village de deux mini-forages.
Un décor désolant avec des habitations en ruine. Toutefois, ce liquide précieux reste insuffisant. Les habitants de Djigoudière ont quitté ce village le 9 août 2006. À leur retour, après 20 ans d’exil, ils veulent reprendre leur principale activité : l’agriculture.
« Mais c’est difficile. On n’a pas de matériel agricole encore moins d’intrants », regrette le secrétaire du congrès de Djigoudière, Mafoudj Badji. Ce dernier salue le Pdc qui accompagne le retour des habitants de son village depuis 2023. Toutefois, il sollicite davantage d’appui pour les autres qui aspirent à rentrer.
« Nous avons aussi besoin d’eau, de l’électricité et des vivres. La vie est compliquée ici. Nous n’avons rien. Nous sommes des cultivateurs, mais nous n’avons pas de matériel, pas d’intrants », insiste M. Badji.
Abdou Badji est le président de la jeunesse de Djigoudière, village de la commune Djibidione. Le jeune homme salue le déploiement du Plan « Diomaye pour la Casamance » dont il est bénéficiaire.
« Djigoudière est un grand village, mais pour le moment, 20 maisons sont construites et 31 ménages veulent rentrer cette année après 20 ans d’exil en Gambie », certifie-t-il. Il y a un grand engouement des déplacés qui veulent revenir au bercail. Mais ils attendent un accompagnement conséquent de la part du Gouvernement.
Djigoudière n’a pas encore d’école. Ici, les parents envoient leurs enfants en Gambie afin qu’ils puissent y étudier. Le village n’a pas non plus de case de santé, ni de mosquées.
« On a tout perdu dans ce village, même les plantations sont consumées par le feu, nos biens également », se désole Abdou Badji.
Kadidiatou SONKO (Correspondante)