Des rires et des chants. Des larmes, aussi, mais de joie et d’immense fierté. Les rêves, lorsqu’ils prennent forme, ont donc la vertu de tout bousculer et de répandre les émotions les plus belles comme un virus. Puisque celui du Maroc est en marche un vent de folie s’est abattu ce mercredi sur Rabat dans un Moulay Abdellah stadium délesté d’un poids qui le plombait depuis plus de vingt ans.

Pour la première fois depuis 2004 et l’édition en Tunisie, pour la troisième fois de son histoire, le Maroc s’est qualifié pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations au terme d’une rencontre qu’un Nigeria en total contre-emploi l’aura empêché de remporter avant une glaçante séance de tirs au but qui aura fait palpiter les cœurs comme jamais. Les héros de la nation, jusque-là avaient été les buteurs Brahim Diaz et Ayoub El Kaabi, ce mercredi c’est Yassine Bounou, le gardien auteurs de deux parades sur Chukwueze et Onyemaechi, qui a pris le relais.

Ouvrir le bal avec trois Ballons d’or africain sur la pelouse, deux du côté nigérian, un dans les rangs marocains, donnait pourtant, avant le coup d’envoi, une idée du niveau potentiel de ce rendez-vous aux allures de finale. L’intensité déployée par les troupes d’Achraf Hakimi, lauréat 2025, a d’entrée mis les points sur les i. Et dit aux Aigles de Victor Osimhen et Ademola Lookman, ses deux prédécesseurs aux CAF Awards, que le Maroc ne jouait pas ce mercredi une demi-finale de Coupe d’Afrique mais une finale qualificative pour la cérémonie de clôture du festival de CAN délivrant la Palme d’or.

Le tonnerre de décibels, plus assourdissant encore que quatre jours plus tôt lors du quart de finale remporté face au Cameroun, a longtemps fait l’effet de shoots d’adrénaline sur les Lions de l’Atlas. Mardi, Walid Regragui avait demandé aux spectateurs qui garniraient les tribunes de jouer le 12e homme et de se casser la voix. Message reçu, les sifflets du « kop » de 70 000 personnes façon invasion de criquets ayant aussi eu la capacité de briser les ailes des Super Eagles.

Le Maroc a relevé le défi physique

Le défi physique, qu’on leur promettait d’avoir les plus grandes difficultés à relever, les Lions de l’Atlas l’ont de manière assez inattendue, dominé de la tête et des épaules durant la plus grande partie de la rencontre. Collectif jusque-là le plus impressionnant du tournoi, tant d’un point de vue athlétique que sur un plan technique, le Nigeria n’a, cette fois été que l’ombre de celui qui avait franchi l’obstacle algérien avec la puissance d’un intouchable géant.

Pis encore puisque l’énergie déployée par les Marocains a longtemps contraint la meilleure attaque de la compétition – 14 buts inscrits – à se recroqueviller sur ses bases et jouer les forteresses imprenables. À l’exception de la frappe d’Ademola Lookman, repoussée par Yacine Bounou (14e), les Nigérians auront surtout fait valoir leur résistance.

Il fallait ça, ce mercredi, pour empêcher Brahim Diaz d’inscrire son sixième but du gauche (9e) ou de la tête (29e), El Kaabi de planter un nouveau ciseau (28e), Hakimi de cadrer son coup franc (35e), Saibari (40e) ou Ezzlzouli (51e, 84e) de faire mouche. Malgré 12 tirs à 2 à la fin de la première prolongation, le Nigeria, qui aura eu son premier corner à la 96e, résistera jusqu’à ce que le verdict ne tombe lors de la séance de tirs au but.

Rendez-vous est donc pris dimanche à 20 heures dans un stade de Rabat qu’Achraf Hakimi et les siens connaissent désormais par cœur. Ce week-end pour le dernier match de la compétition, c’est le Sénégal de Sadio Mané, tombeur de l’Égypte dans la première demi-finale, qui se dressera face à eux. Une affiche inédite les Lions de l’Atlas et ceux de la Téranga ne s’étant jamais croisé en Coupe d’Afrique.