Longtemps observée avec prudence, la mobilité électrique africaine est en train de changer de dimension. La Fédération Internationale de l’Automobile a recensé une explosion de l’usage des deux-roues en Afrique (440 % d’augmentation entre 2010 et le début de l’année 2020, à 80 % d’usage commercial). Portée par la croissance démographique du continent, l’augmentation des besoins de mobilité urbaine propre et la hausse des prix des carburants à l’heure d’un nouveau choc pétrolier, ce sont désormais les deux roues électriques qui attisent l’intérêt des investisseurs institutionnels européens à la recherche de nouveaux relais de croissance.
La levée de fonds de 215 millions de dollars réalisée par Spiro constitue à ce titre un signal fort. Menée avec le soutien d’Impact Fund Denmark et Equitane, cette opération confirme que les infrastructures de mobilité électrique développées en Afrique par des Africains sont désormais capables d’attirer des capitaux internationaux de premier plan.
« Nous investissons dans Spiro et mobilisons des capitaux issus des fonds de pension danois dans l’un des marchés de croissance les plus prometteurs d’Afrique car nous sommes convaincus du fort potentiel de développement commercial de Spiro et de la mobilité électrique sur le continent, ainsi que de leur capacité à générer un impact climatique mesurable. » explique Lars Bo Bertram, PDG d’Impact Fund Denmark.
Pour les investisseurs européens, l’intérêt est double. D’un côté, la mobilité électrique répond à des objectifs environnementaux de plus en plus ambitieux. De l’autre, elle ouvre l’accès à des marchés en forte croissance où les besoins de transport restent considérables.
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Véhicule électrique Spiro : Nalya S.S
/ ©Spiro
Dans ce contexte, Spiro s’est imposée comme l’un des acteurs les plus avancés du secteur. Fondée par l’entrepreneur Gagan Gupta, l’entreprise opère aujourd’hui dans sept pays africains (Kenya, Rwanda, Ouganda, Nigeria, Cameroun, Togo et Bénin) et revendique plus de 100 000 véhicules électriques déployés, 2 500 stations d’échange de batteries et plus de 30 millions d’opérations de swap réalisées.
« Cette dernière année a marqué un tournant stratégique pour Spiro. Nous avons démontré que la mobilité durable peut devenir une réalité accessible à grande échelle sur le continent », confie Gagan Gupta.
Le succès de l’entreprise repose sur un modèle spécifiquement conçu pour répondre aux besoins africains. En complément des véhicules électriques, Spiro développe un réseau de stations d’échange de batteries permettant aux utilisateurs de remplacer une batterie déchargée en quelques secondes et plusieurs fois par jour si nécessaire. Cette approche facilite l’adoption de l’électrique tout en réduisant les contraintes liées à la recharge.
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Le système d’échange de batteries de Spiro : Swap & Go
/ ©Spiro
L’argument est avant tout économique pour les populations africaines. Selon l’entreprise, l’utilisation d’un véhicule électrique permet de réduire jusqu’à 40 % les dépenses quotidiennes de mobilité par rapport à une moto thermique, soit jusqu’à deux dollars d’économies par jour.
Au-delà de la mobilité, Spiro participe à l’émergence d’un écosystème industriel local associant assemblage de véhicules, infrastructures énergétiques, maintenance et recyclage des batteries. L’entreprise revendique déjà plus de 6 000 emplois directs et indirects à travers ses activités.
Avec cette nouvelle levée de fonds, Spiro entend accélérer son expansion vers de nouveaux marchés tels que la République démocratique du Congo et l’Éthiopie. Une nouvelle étape pour l’entreprise, mais aussi pour un secteur qui s’impose progressivement comme l’un des nouveaux territoires d’investissement de la transition énergétique mondiale.
Spiro : ligne d’assemblage
/ ©Spiro