Experte en intelligence artificielle de renommée internationale, Amal El Fallah Seghrouchni est la tête pensante du déploiement stratégique du Maroc en la matière. Depuis son arrivée au ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, elle enchaîne les initiatives pour favoriser la réussite de la stratégie nationale Maroc Digital 2030, dont l’implémentation requiert un investissement de 1,1 milliard de dollars sur les trois premières années. Après les assises nationales de l’IA l’été dernier qui ont suscité une participation massive de toutes les parties prenantes y compris le secteur privé, elle a présidé le 12 janvier dernier le lancement du projet « IA Made in Morocco » qui vise à faire de l’IA un levier de souveraineté numérique. La ministre a également annoncé la création de « Jazari Root », réseau national d’instituts d’excellence d’IA et du laboratoire de recherche et développement (R&D) en IA, en partenariat avec le français Mistral AI. 

LA TRIBUNE AFRIQUE – Les initiatives autour de l’IA dans le cadre de la stratégie nationale Maroc 2030 se multiplient. Qu’est-ce qui motive cette accélération du royaume autour de cette technologie ?

AMAL EL FALLAH SEGHROUCHNI – Il faut comprendre que la stratégie Maroc Digital 2030 a été lancée en septembre 2024 et j’ai été nommée le mois suivant, pour justement accélérer sa mise en œuvre. Le mandat gouvernemental ayant consacré ses trois premières années à l’élaboration de cette stratégie, les deux années restantes visent son implémentation.

Dans cette stratégie, il y avait un axe IA qui était cependant un peu noyé dans le reste. Pour moi, il était très important de donner une place de choix à l’IA, parce que je suis convaincue que le numérique peut être amélioré, fiabilisé, boosté par l’IA. La compétition mondiale est aujourd’hui autour de l’IA, que ce soit aux États-Unis, en Chine ou en Europe, dans tous les pays du monde, on sait très bien que ceux qui vont maîtriser l’IA vont maîtriser le numérique et le Maroc se positionne.