La filiale sud-africaine de la British American Tobacco (BATSA) a annoncé la semaine dernière, qu’elle cessera la production locale de cigarettes et fermera son unique usine de fabrication à Heidelberg dans la municipalité de Lesedi, d’ici fin 2026. Cette décision s’explique par l’explosion du commerce illégal de cigarettes qui rend la production non viable, l’usine fonctionnant à seulement 35 % de sa capacité totale.
Selon le fabricant des célèbres marques de cigarettes « Dunhill » et « Peter Stuyvesant », le commerce illicite de cigarettes représente désormais 75 % du marché domestique.
Une fermeture définitive, mais pas un retrait du marché
Dans une lettre adressée au maire de la municipalité, Nelson Nkosi, l’entreprise estime que la décision de fermer l’usine située dans la province du Gauteng est définitive. La production de cette 8e plus grande usine du numéro 2 mondial du tabac fournissait non seulement le marché de consommation domestique, mais était aussi exportée vers l’ensemble de la région d’Afrique australe.
« C’est une journée extrêmement difficile pour BATSA ainsi que pour les quelque 230 employés et leurs familles qui pourraient être affectés. Il s’agit de personnes qualifiées et engagées, qui ont consacré de nombreuses années de service et qui, malheureusement, subissent les conséquences d’un marché illicite opérant en dehors du cadre réglementaire », précise l’entreprise qui dit voir lancé le processus formel de consultation a débuté le 15 janvier, avec les employés concernés et les représentants syndicaux.
Malgré la fermeture prévue de l’usine, BAT compte toujours desservir le marché sud-africain en basculant vers un modèle d’approvisionnement par importation. Le groupe qui possède plus de 50 000 points de vente dans la nation arc-en-ciel conservera également sa cotation secondaire à la Bourse de Johannesburg (JSE).
La fin d’un chapitre
Si la décision de British American Tobacco (BAT) marque la fin de près de cinquante années de présence industrielle en Afrique du Sud, elle s’inscrit surtout dans une dynamique de dégradation progressive engagée depuis plusieurs années. Bien avant l’annonce de la fermeture de son usine d’Heidelberg, le groupe alertait déjà sur les difficultés du marché sud-africain du tabac.
Dès 2021, la filiale locale BATSA tirait la sonnette d’alarme face à l’essor du commerce illicite, estimant que les cigarettes issues des circuits clandestins représentaient alors près de 50 % du marché national, contre 37 % en 2019. L’entreprise pointait directement du doigt l’interdiction totale de la vente de cigarettes décrétée par le gouvernement en 2020, dans le cadre des mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19.
Alors que les autorités avaient justifié cette décision par des impératifs de santé publique, BATSA estimait au contraire que la prohibition risquait de produire l’effet inverse. Selon le groupe, la suspension des ventes légales pousserait inévitablement des millions de fumeurs vers les réseaux informels, offrant ainsi un terrain fertile à des filières clandestines déjà solidement implantées. L’entreprise avait d’ailleurs envisagé d’engager des poursuites judiciaires contre l’État avant d’y renoncer.
Contrer le commerce illégal
Au final, cette interdiction, qui a duré cinq mois, est largement perçue par les observateurs du secteur comme un catalyseur ayant durablement renforcé le commerce illicite dans un pays déjà considéré comme l’un des principaux foyers mondiaux de cigarettes de contrebande. À cette fragilisation structurelle du marché est venue s’ajouter une pression fiscale croissante. Pour l’exercice budgétaire 2025, les droits d’accise sur les cigarettes ont été relevés de 4,75% pour un paquet de 20 cigarettes. Une hausse conforme à la politique fiscale sud-africaine, mais qui, selon l’industrie, accentue l’écart de prix entre les produits légaux et ceux du marché noir.
Selon une étude menée par le cabinet Ipsos, commanditée par BAT et publiée en juillet 2025, près de 80% des détaillants sud-africains vendraient aujourd’hui des cigarettes en dessous du seuil minimal de taxation. « Actuellement, environ 18% des cigarettes sont vendues à un prix d’environ 10 rands le paquet de vingt en Afrique du Sud », déclarait à Bloomberg Johnny Moloto, directeur des affaires institutionnelles et réglementaires de BAT pour l’Afrique subsaharienne.
Globalement, le rapport estime que l’Afrique du Sud enregistre chaque année d’environ 28 milliards de rands (environ 1,5 milliard d’euros) de manque à gagner fiscal en raison du commerce illégal.