Pourtant, à l’échelle mondiale, les industries culturelles et créatives représentent près de 3 % du PIB mondial et plus de 50 millions d’emplois, selon l’UNESCO. Elles figurent parmi les secteurs les plus dynamiques en matière d’emploi des jeunes. En Afrique, où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans (Banque mondiale), ce secteur devrait être central dans toute réflexion sur l’emploi, la croissance et l’influence. Il ne l’est pas encore.
Ce décalage n’est pas lié à un manque de talents. Il est lié à un manque de structuration.
Dans de nombreux pays africains, les industries créatives fonctionnent de manière fragmentée. Les créateurs produisent, mais sans outils industriels adaptés. Ils innovent, mais sans accès stable au financement. Ils diffusent, mais sans maîtriser les circuits de distribution ni la valeur créée. La créativité existe, mais les chaînes de valeur restent incomplètes. La conséquence est connue : une richesse produite localement, mais une valeur économique souvent captée ailleurs.
Or, la souveraineté économique ne se résume pas à la possession de ressources ou de technologies. Elle repose sur la capacité à organiser des filières, à transformer localement, à créer des emplois durables et à inscrire les talents dans des trajectoires économiques viables. Sous cet angle, les industries culturelles et créatives ne sont pas périphériques. Elles sont profondément structurantes.
C’est à cette intersection que se situe mon engagement, entre finance, technologie et industries culturelles. Non pas pour célébrer la créativité africaine, mais pour interroger ce qu’elle révèle de nos modèles économiques. Une industrie créative qui ne permet pas à ses acteurs de vivre dignement de leur travail, qui dépend exclusivement de financements extérieurs ou de marchés exogènes, ne peut constituer un levier réel de souveraineté.
La souveraineté, telle que nous la concevons, ne se limite pas aux dimensions culturelle, technologique ou économique prises isolément. Elle se mesure à la capacité d’un écosystème à offrir des trajectoires professionnelles viables, à structurer des filières durables et à permettre aux talents de s’inscrire dans le temps. Structurer les industries culturelles, c’est précisément créer ces conditions : formation, outils de production adaptés, accès au financement, continuité des projets et transmission des savoir-faire.
C’est dans cette logique que s’inscrit ORUN et la méthode que nous appelons The Sovereign Code. Non comme une finalité, mais comme un cadre de travail. Former, produire, financer, certifier, distribuer : penser l’ensemble de la chaîne de valeur créative, afin que la création africaine génère une valeur durable là où elle naît.
L’événement Heirs of Greatness Day, organisé récemment, s’inscrivait dans cette démarche. Il ne s’agissait pas de célébrer la création, mais de poser un cadre de réflexion sur les conditions concrètes de son organisation économique. Un moment pour déplacer le regard : du talent vers le système, de l’événement vers la continuité, du discours vers la méthode.
Cette réflexion s’adresse particulièrement à la jeunesse africaine, et à la jeunesse créative. Les industries culturelles ne deviendront un levier de transformation que si elles s’appuient sur l’effort, la discipline, la persévérance et le temps long. La réussite n’est pas une visibilité immédiate, mais la capacité à bâtir quelque chose qui dure et se transmet.
Le pari de la structuration est exigeant. Il suppose des choix clairs, des alliances, des investissements et une vision de long terme. Mais pour l’Afrique, il constitue l’un des chemins les plus crédibles vers une souveraineté économique ancrée dans ses talents, créatrice d’emplois non délocalisables et porteuse d’une influence assumée.
Habyba Thiero, Fondatrice Orun : Convaincu que l’Afrique dispose de toutes les ressources humaines, culturelles, créatives et technologiques pour construire sa propre souveraineté, Habyba Thiero évolue depuis plus d’une quinzaine d’années dans les secteurs bancaire, fintech et du conseil. A travers ces initiatives, son engagement s’articule autour de de valeurs clés : l’innovation, la valorisation de la créativité africaine, la transformation économique et l’impact social.