Par

Karina Pujeolle

Publié le

3 janv. 2026 à 11h28

Reboiseur installé dans l’Orne, au pied de la forêt d’Écouves, Thierry Bourré est le « créateur » de la micro-forêt de Saint-Denis-sur-Sarthon. Sur une parcelle en friche, il a planté 25 000 arbres en deux temps : 15 000 il y a trois ans et 10 000 l’année suivante.

« En forte densité, les arbres grandissent »

« Ici, c’est la méthode Miyawaki, du nom d’un botaniste japonais, qui est appliquée. Elle vise à planter plusieurs arbres au mètre carré. En très forte densité, ça augmente la croissance au départ », explique le forestier.

En les serrant, les arbres poussent plus vite, plus haut car ils se sentent bien, et quand ils grandissent, il faut procéder à quelques éclaircies pour qu’ils se sentent mieux.

Thierry Bourré

Cette méthode est parfois discutée, mais pour Thierry Bourrée « toutes les expériences sont bonnes et quand on plante un arbre, on ne commet pas de crime ».

Le soigneur des arbres

La micro forêt de Saint-Denis est composée « d’une vingtaine d’espèces » différentes « pour recréer une forêt primaire sur laquelle on limite l’intervention humaine ».

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Thierry Bourré veille donc sur elle en observant l’attitude de chacun de ces arbres. Comme un docteur ? « Non je suis plutôt le soigneur. Je suis à son service, elle vit toute seule et se débrouille toute seule. »

Cette micro forêt, « puits de carbone », se veut avant tout îlot de fraîcheur. « En plein été, on constate déjà jusqu’à 4 degrés de différence entre l’intérieur et l’extérieur de cette forêt naissante. »

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Des forêts, pas toujours pour des raisons écolos

Thierry Bourré rappelle que les créations de forêt n’ont pas toujours été motivées par le changement climatique et l’écologie.

Les forêts de chênes du Perche ? “ On nous les envie, mais en réalité, Colbert les avait créées pour la Marine Royale et l’Armée, pas à des fins écologiques. Le chêne servait de matière pour les bateaux ! ”

Les Landes ? “ Les forêts de pins ont été créées par mesure sanitaire, parce qu’il y avait trop de marais et de maladies, donc les gens mouraient. Il fallait les assécher pour que les gens vivent et cela a créé de l’activité économique. ”

L’enrésinement ? “ Il a vu le jour après la guerre parce qu’il n’y avait plus de forêts car plus de maisons. Le choix s’est porté sur le Douglas. Après lui, il peut repousser des feuillus, mais rarement des résineux. ”

Près de 4 millions d’arbres

Depuis 1989, date de la création de son entreprise, Thierry Bourré a planté 3 900 000 arbres. « C’est environ 100 000 par an », compte-t-il. « Ce n’est pas énorme », commente-t-il. « Jusqu’en 1999, il y avait 120 millions d’arbres plantés par an. Après la tempête, nous sommes redescendus à 20 millions par an pour remonter, en ce moment, à 40 millions par an. »

La tempête de 1999

Pourquoi cet effondrement ? « À cause d’une volonté politique qu’il n’y a plus. » Certes, la crise de 2008 a été « compliquée » mais, selon lui, « la tempête de 1999 n’a pas été dramatique pour la Nature. Ce sont deux années de production de bois qui sont tombées en une nuit, mais en 2002, le niveau de production était de nouveau atteint en volume. La tempête de 1999 est donc davantage une catastrophe psychologique qu’écologique parce que la Nature s’est reconstruite en trois ans. »

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