Bokhol est une désignation peu connue, pourtant cette localité située dans le département du Dagana, au sein de la région de Saint-Louis, près de la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal, est devenue le lieu de la première infrastructure de stockage par batterie à grande échelle en Afrique de l’Ouest dédiée à la régulation de fréquence.

Le promoteur de cette infrastructure, Africa REN, est une entreprise française spécialisée dans le développement de projets d’énergies renouvelables. Fondée en 2015, elle bénéficie de l’appui financier de Metier Capital, une firme de capital-investissement basée en Afrique du Sud, et du FMO, le fonds néerlandais de financement du secteur privé dans les pays en développement.

Batteries innovantes

Le complexe actuel, baptisé Walo Storage, dispose d’une capacité solaire de 16 MWp (mégawatt-photovoltaïque). Cette électricité est générée par des panneaux photovoltaïques montés sur des trackers mono-axiaux. Ces dispositifs mécaniques permettent aux panneaux de pivoter tout au long de la journée pour suivre la trajectoire du soleil, optimisant ainsi l’exposition et maximisant le rendement énergétique par rapport aux installations fixes.

L’innovation majeure réside toutefois dans son système de stockage à batteries lithium-ion de 10 MW / 20 MWh. Contrairement aux installations classiques, ces batteries ne servent pas uniquement à déplacer la consommation de jour vers la nuit, mais sont prioritairement allouées à la stabilité du réseau.

Le projet est le fruit d’un partenariat public-privé (PPP) structuré à long terme. Le développeur Africa REN opère en tant que producteur indépendant d’énergie (IPP). Le partenaire national est la Senelec (Société nationale d’électricité du Sénégal), qui a conclu un contrat d’achat d’électricité (PPA) de type “take-or-pay” d’une durée de 20 ans. Ce mécanisme garantit au producteur le paiement d’une quantité d’énergie définie, qu’elle soit effectivement consommée ou non par le réseau, assurant ainsi la viabilité économique de l’investissement initial.

Le financement de l’opération, dont le coût total oscille entre 40 et 43 millions d’euros, repose sur un consortium d’investisseurs internationaux. Outre le FMO néerlandais et Metier Sustainable Capital, le projet a reçu le soutien de l’EAAIF (Emerging Africa & Asia Infrastructure Fund), un fonds géré par la société Ninety One, gestionnaire d’actifs présent sur les places financières de Johannesburg et de Londres. Cet attelage financier a permis de mobiliser des capitaux privés pour des infrastructures critiques dans des zones géographiques où les besoins en stabilisation électrique sont croissants.

Une preuve réussie de partenariat public-privé 

La mise en service de Walo Storage est présentée par ses promoteurs comme une révolution pour le réseau électrique sénégalais. Le principal défi des énergies renouvelables, qu’elles soient solaires ou éoliennes, est leur intermittence : la production chute brutalement lors du passage de nuages ou à la tombée de la nuit. Ce phénomène peut perturber la fréquence du réseau national, provoquant des micro-coupures ou des délestages. Le système de batterie de Bokhol résout ce problème en agissant comme un régulateur de fréquence. Il réagit en quelques millisecondes pour injecter ou absorber de l’énergie, compensant instantanément les variations de tension du réseau de la Senelec.

Cette sécurité énergétique accrue profite directement à des millions de foyers sénégalais. En agissant comme une « réserve » tournante instantanée, la centrale réduit la dépendance aux centrales thermiques d’appoint, souvent coûteuses et polluantes, qui étaient jusqu’alors les seules capables de répondre aux fluctuations rapides de la demande ou de l’offre. Le projet s’inscrit ainsi dans la vision stratégique du Sénégal qui ambitionne d’atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030.

Sur les plans environnemental et social, l’impact est quantifiable. Le fonctionnement de Walo Storage devrait permettre d’éviter l’émission de près de 26 600 tonnes de CO2 par an. Durant la phase de construction, plus de 200 emplois locaux ont été créés dans la région de Saint-Louis. Pour l’exploitation pérenne du site, une trentaine de postes permanents ont été créés. Parallèlement, Africa REN a investi dans des programmes communautaires à Bokhol, facilitant l’accès à l’eau potable et l’électrification rurale des populations riveraines du complexe.

Il aura fallu moins de deux ans et demi pour mener à bien ce projet industriel d’envergure. La chronologie démontre une exécution rapide : le bouclage financier a été finalisé en juin 2023, suivi du lancement officiel des travaux en juillet 2024. Après une première mise en service technique en août 2025, l’inauguration officielle s’est tenue en janvier 2026 en présence des autorités sénégalaises et des partenaires internationaux, marquant la pleine capacité opérationnelle du site.

Africa REN n’en est pas à son premier essai sur le continent. L’entreprise a déjà prouvé son expertise avec la centrale Senergy 2, également située à Bokhol, qui, lors de son inauguration en 2016, fut l’une des plus grandes centrales solaires d’Afrique de l’Ouest, avec 25 MW. Au Burkina Faso, le développeur a mis en service la centrale de Kodéni Solar, d’une capacité de 38 MW, renforçant ainsi la disponibilité électrique dans la région de Bobo-Dioulasso. Ces projets successifs confirment la stratégie du groupe français : bâtir des infrastructures de production et de stockage capables de soutenir l’industrialisation et la modernisation des réseaux électriques en Afrique subsaharienne.