La ville de Ksar El Kébir fait face à la montée des eaux de l’Oued Loukkos. Quartiers submergés, familles évacuées, barrage à pleine capacité : les autorités ont déclenché l’alerte maximale et déployé un dispositif de secours incluant l’armée

Depuis le 28 janvier, Ksar El Kébir affronte une situation hydrologique d’une ampleur exceptionnelle. La montée rapide des eaux de l’Oued Loukkos, provoquée par des précipitations intenses sur le nord du Royaume, a submergé plusieurs quartiers résidentiels situés en zones basses et déclenché une mobilisation sans précédent des autorités.

Une ville exposée par sa géographie

Située sur les rives de l’Oued Loukkos, Ksar El Kébir est particulièrement vulnérable aux crues de ce cours d’eau dont le bassin versant s’étend jusqu’au Rif central, englobant notamment les provinces de Chefchaouen et de Larache. Ces territoires ont enregistré d’importantes précipitations au cours des dernières 24 heures, alimentant directement la montée des eaux en aval.

Les débordements ont particulièrement frappé la médina historique ainsi que les quartiers d’Al Andalous et de Sidi Radouane, où de nombreuses maisons ont été envahies par les eaux en l’espace de quelques heures. Plusieurs axes routiers ont été coupés, rendant toute circulation impossible dans certaines zones basses. Malgré l’ampleur des dégâts matériels constatés, aucune perte humaine n’a été signalée à ce stade, selon les autorités locales.

Des cumuls pluviométriques exceptionnels

Selon les relevés enregistrés par la Direction générale de la météorologie nationale DGM), d’importantes hauteurs de pluie ont été observées dans plusieurs provinces du nord.

Depuis septembre dernier, la région a enregistré plus de 600 mm de précipitations cumulées, un niveau exceptionnel qui a conduit au remplissage intégral du barrage Oued El Makhazine. Des lâchers d’eau limités et contrôlés sont désormais programmés pour réduire la pression sur l’ouvrage et limiter les risques d’inondations en aval.

La situation reste aggravée par la saturation des sols et l’effet de la marée montante, qui entravent l’écoulement naturel des eaux vers la mer. Les débits enregistrés dépassent les niveaux habituels d’évacuation, maintenant un risque sérieux de nouvelle montée des eaux.

Un dispositif d’urgence déployé par l’armée

Les Forces armées royales (FAR) ont été déployées sur instructions royales afin de soutenir les opérations de secours. Des unités militaires ont procédé à l’installation de camps temporaires destinés à accueillir les familles évacuées, dans le but de garantir leur sécurité et de prévenir tout risque lié à la poursuite de la montée des eaux.

Sous la coordination des autorités provinciales de Larache, plusieurs intervenants ont été mobilisés : les autorités locales, les collectivités territoriales, l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, la Société régionale multiservices, ainsi que la direction régionale de l’Équipement et de l’Eau. Les équipes de la Protection civile ont également été déployées pour faire face aux infiltrations d’eau dans les quartiers bas, évacuer les habitants menacés et sécuriser les zones sinistrées.

Une coordination renforcée 

Les interventions de terrain sont menées sous la supervision de la commission provinciale de veille et de suivi, présidée par le gouverneur de la province de Larache, Bouassam El Alamine. Ce dernier multiplie depuis mardi les visites et les inspections, notamment au niveau des points noirs identifiés le long de l’Oued Loukkos.

Le directeur provincial de l’Équipement et de l’Eau, Azzedine Aittalab, a confirmé que des travaux sont en cours pour ériger des barrières provisoires le long des berges. Les opérations portent également sur l’évacuation des eaux pluviales dans les quartiers bas, le curage et le nettoyage des canaux d’assainissement, le pompage des eaux stagnantes dans les quartiers inondés, ainsi que la sensibilisation des citoyens à l’importance de s’éloigner des zones à risque.

La Société régionale multiservices Tanger-Tétouan-Al Hoceima a déployé des équipements supplémentaires et mobilisé des sous-traitants pour installer des pompes dans les zones inondables, afin d’éviter les refoulements d’eaux usées dans les habitations.

Réuni vendredi au siège du ministère de l’Intérieur, les membres Comité national de veille chargé de la gestion et du suivi des événements liés aux inondations ont procédé à un examen détaillé de la situation à Ksar El Kébir, au suivi de l’évolution sur le terrain et à l’évaluation de l’ampleur des dégâts, tout en renforçant la coordination entre les différents départements et services concernés. L’accent a été mis sur la poursuite d’une veille opérationnelle renforcée et sur la mobilisation maximale des ressources jusqu’à l’amélioration des conditions météorologiques.

Mesures préventives et état d’alerte maintenu

La commune de Ksar El Kébir a annoncé une série de mesures préventives visant à réduire les risques d’inondation, incluant des coupures temporaires et programmées de l’électricité dans certains quartiers exposés, opérées par la Société régionale multiservices, ainsi que des campagnes de sensibilisation appelant les habitants à faire preuve de la plus grande vigilance.

Les autorités provinciales maintiennent un état d’alerte maximale à Ksar El Kébir jusqu’à l’amélioration des conditions météorologiques.

Hébergement et assistance aux sinistrés

Les opérations d’évacuation se sont accompagnées de la mise à disposition de centres d’hébergement provisoires, dont les internats du lycée Oued Al Makhazine et du lycée qualifiant Al Mohammedia. Des tentes ont également été installées pour accueillir les personnes sinistrées. Les autorités locales assurent que des vivres, des couvertures, de la literie et des aides d’urgence sont fournis aux familles évacuées et qu’aucun sinistré ne sera laissé sans abri.

Selon des sources officielles, les actions menées par les autorités locales et les différents intervenants ont permis de limiter l’extension des zones touchées et de réduire les pertes matérielles, tant pour les citoyens que pour les commerçants et les équipements publics.

Par ailleurs, les autorités appellent à la vigilance face aux contenus trompeurs circulant sur les réseaux sociaux. Certaines vidéos largement partagées et prétendant montrer des inondations massives actuellement en cours à Ksar El Kébir sont en réalité des séquences générées par intelligence artificielle, sans aucun lien avec la situation réelle sur le terrain.

Un épisode qui touche l’ensemble du nord du Maroc

Au-delà de Ksar El Kébir, cet épisode pluvieux a affecté plusieurs régions du pays. Des routes demeurent impraticables dans des provinces telles que Taza, Sidi Bennour, Al Hoceima, Guercif, Azilal, Rabat, Sidi Kacem, Kénitra et Boulemane. Au total, sept axes routiers majeurs restaient coupés au 30 janvier, en raison de crues soudaines, d’inondations et d’éboulements consécutifs à près de deux semaines de fortes pluies. Entre le 12 décembre 2025 et le 7 janvier 2026, pas moins de 165 tronçons routiers avaient déjà connu des interruptions de circulation à travers le Royaume.

Les prévisions météorologiques pour ce vendredi 30 janvier annoncent de nouvelles précipitations sur la région. Ainsi, des averses et des pluies fortes (40-60 mm) sont attendues, de vendredi à samedi à 06H00 dans les provinces de Larache, Al Hoceima, Taounate, Taza et Chefchaouen indique la DGM dans un bulletin d’alerte de niveau de vigilance orange. Le même phénomène (20-40 mm) est également prévu à Moulay Yacoub, Ouezzane et Tétouan durant la même période.

Les autorités appellent les habitants des zones concernées à respecter strictement les consignes de sécurité, à éviter toute prise de risque et à se conformer aux directives émises, dans l’attente de la stabilisation des conditions météorologiques et de la décrue progressive des cours d’eau.

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