Le vote, mercredi 26 novembre 2025, du Parlement européen rejetant la «motion d’objection» contre l’acte délégué relatif aux produits agricoles marocains clôt une séquence politique qui, depuis plusieurs années, brouillait la relation entre Rabat et Bruxelles. En validant le texte de la Commission, les eurodéputés reconnaissent pleinement l’intégration des provinces du Sud dans l’Accord d’association MarocUE et sécurisent, d’un point de vue économique, l’accès préférentiel des produits agricoles marocains au marché européen.

Cette décision met fin à une ambiguïté entretenue par certains courants politiques européens et apporte enfin un cadre lisible aux opérateurs économiques. En effet, l’accord agricole amendé introduit des ajustements techniques destinés à faciliter l’accès des produits et à les valoriser, notamment en matière d’information du consommateur par un étiquetage mentionnant les régions de production au Sud du Royaume, à savoir «Laayoune-Sakiat el Hamra» et «Dakhla-Oued Eddahab».

Au-delà de l’aspect commercial, c’est un signal politique envoyé par Bruxelles : les accords conclus avec Rabat doivent être appliqués tels qu’ils ont été négociés, et non réinterprétés à la lumière de batailles judiciaires qui, ces dernières années, avaient perturbé le dialogue bilatéral. La CGEM n’a pas manqué de saluer ce geste qui consolide la dynamique exportatrice du Maroc.

Les chiffres sont éloquents : plus de 200.000 tonnes de produits agricoles du Sud sont exportées vers l’Europe, représentant une valeur de 6,41 milliards de dirhams et mobilisant près de 140.000 emplois. Pour les entreprises marocaines, cet accord amendé n’est pas seulement un texte juridique, mais également un levier d’investissement, de montée en gamme et d’intégration plus profonde dans les chaînes de valeur européennes. Dans ce contexte, la résolution 2797 du Conseil de sécurité joue un rôle structurant.

En consacrant l’initiative marocaine d’autonomie comme base sérieuse et réaliste pour une solution durable, elle a stabilisé le cadre diplomatique et réduit l’espace de contestation employé par ceux qui cherchaient à remettre en cause la portée des accords MarocUE. Cette résolution, désormais intégrée dans la lecture stratégique de nombreuses capitales européennes, facilite mécaniquement la coopération bilatérale. Elle dissipe les ambiguïtés qui ont longtemps pesé sur les accords sectoriels et clarifie la position internationale sur le Sahara marocain, permettant à l’Europe d’avancer sans craindre les dérapages juridiques qui, par le passé, ont ralenti sa relation avec le Maroc.

Bruxelles insiste d’ailleurs sur «l’amitié profonde» et la «coopération multidimensionnelle» qui lient les deux partenaires. Une manière de rappeler que, malgré les turbulences des dernières années, l’UE et le Maroc demeurent liés par des échanges économiques massifs, soit plus de 640 milliards de dirhams par an, et par une logique d’interdépendance désormais enracinée. Et, au regard des derniers développements politiques, cette interdépendance est appelée à s’intensifier, car le nouveau cadre onusien ouvre la voie à des partenariats plus ambitieux et plus alignés sur la dynamique internationale. La mise en œuvre provisoire de l’accord renforce cet ancrage. Elle traduit la conviction partagée que ce partenariat doit évoluer non pas au gré des soubresauts politiques, mais à travers une approche pragmatique, stable et juridiquement sécurisée.

Dans un contexte mondial fragmenté, cette stabilité devient un atout stratégique. Le retour du dossier halieutique C’est dans ce climat rééquilibré que la Commission européenne, par la voix du commissaire européen à la Pêche et aux Océans, Costas Kadis, a annoncé la présentation d’un mandat de négociation pour un nouvel accord de pêche. Suspendu depuis juillet 2023, l’ancien protocole laissait planer un vide embarrassant pour les régions littorales européennes comme pour l’image de l’UE. Or, la donne a changé : la résolution 2797 a redéfini le cadre politique et replacé le dossier du Sahara marocain dans son espace naturel, celui des Nations unies.

Cette résolution va agir comme un accélérateur, en réduisant notamment l’influence des contentieux portés devant la Cour de justice de l’UE et en renforçant la légitimité des accords sectoriels conclus avec Rabat. La relance du dossier halieutique devient alors un prolongement logique de cette nouvelle grille de lecture politique. Pour Bruxelles, l’heure n’est plus à l’hésitation. La compétition économique internationale s’est intensifiée, et le Maroc, lui, a avancé. Non seulement Rabat a consolidé ses positions diplomatiques, mais il a également signé un accord de pêche de quatre ans avec la Russie, illustrant que d’autres acteurs sont prêts à combler les espaces stratégiques laissés vacants par l’Europe.

L’annonce de Kadis dépasse donc largement le registre technique. Elle montre que pour rester un partenaire pertinent, l’UE doit se réaligner sur la nouvelle réalité diplomatique et abandonner certaines postures qui, sans le vouloir, fragilisaient sa crédibilité. Rabat, de son côté, reste invariable sur ses positions : aucune négociation, quelle qu’elle soit, ne saurait être menée hors du respect explicite de l’intégrité territoriale du Royaume. Ce principe, renforcé par la légitimité internationale que confère la résolution 2797, devient davantage encore la colonne vertébrale de toute coopération sectorielle, notamment dans la pêche. En cela, si la dimension économique demeure importante, notamment pour les flottes espagnoles et portugaises, l’enjeu majeur est ailleurs. Il s’agit, en effet, de maintenir une présence stratégique dans un espace où se recomposent des équilibres méditerranéens, atlantiques et africains. Le Maroc, fort d’une vision de développement portée par le Roi Mohammed VI, devient un acteur pivot dans ces redéploiements.

De là découle la volonté exprimée par la Commission de bâtir un «partenariat stratégique approfondi», dépassant l’agriculture et la pêche pour englober la sécurité, les énergies renouvelables, le numérique, la connectivité régionale ou encore la mobilité. Avec la résolution de l’ONU comme socle politique, ces domaines de coopération peuvent désormais être envisagés avec une plus grande fluidité, une plus grande sécurité diplomatique et de plus grandes ambitions.

C’est dire que dans cette nouvelle phase, l’Europe ne revient pas seulement pour négocier des quotas de pêche. Elle revient pour restaurer la cohérence d’une relation qui lui est indispensable et pour s’assurer que le Maroc demeure un allié stratégique dans un monde où les centres de gravité se déplacent rapidement.