En 1979, Valéry Giscard d’Estaing s’était fait l’écho, un peu vite et un peu inconsidérément, d’un télégramme expédié par Leonid Brejnev lui assurant que Moscou allait retirer une partie de ses troupes d’Afghanistan, pays que l’URSS avait envahi quelque temps plus tôt. Il s’agissait d’une pure opération d’intox de la part du dirigeant soviétique. Pendant la campagne présidentielle de 1981, François Mitterrand s’était inspiré de cet épisode peu glorieux pour traiter le président sortant de « petit télégraphiste de Varsovie », capitale polonaise où Brejnev et VGE s’étaient rencontrés un mois avant l’envoi du télégramme. La formule avait fait mouche.
La semaine dernière, Ségolène Royal, fraîchement élue présidente de l’association France-Algérie, s’est rendue à Alger pour rencontrer tout le gratin du régime, à commencer par le président Abdelmadjid Tebboune, auquel elle a montré plus que de la déférence devant les micros et les caméras des médias officiels. Selon elle, il s’agit d’un homme de dialogue, « dès lors que le respect et la considération sont également au rendez-vous ». Une façon de rejeter la responsabilité de la brouille franco-algérienne sur les autorités françaises, depuis un pays étranger qui, de surcroît, ne peut guère être considéré comme ami.
L’ancienne « finaliste » à la présidentielle de 2007 – c’est ainsi qu’elle se définit sur le réseau X – a aussi rendu visite au journaliste Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie, et se targue d’avoir obtenu son transfert de Tizi-Ouzou à Alger. À l’écouter, il suffit d’être de bonne volonté envers les potentats de ce pays pour obtenir des résultats.
Quiconque connaît ce dossier sait que c’est faux, et que tenir de tels propos revient à se faire mousser contre les intérêts de son propre pays.
Zélatrice des dictatures
Ségolène Royal, il est vrai, n’en est pas à son coup d’essai quant aux louanges adressées aux régimes autoritaires. Elle avait marqué les esprits, en 2007, lorsqu’elle avait célébré la rapidité de la justice chinoise. Ce n’était qu’un début.
Début septembre 2022, peu après le début de l’agression russe en Ukraine, elle avait accusé Volodymyr Zelensky d’exercer « une propagande de guerre par la peur » et mis en doute les crimes de guerre russes commis à Marioupol, où une maternité avait été bombardée. Elle s’appuyait pour soutenir sa déshonorante théorie sur l’absence d’images des victimes : « vous pensez bien que s’il y avait la moindre victime, le moindre bébé avec du sang, à l’heure des téléphones portables, on les aurait eues ». Ségolène Royal a dû louper les photographies de l’agence Associated Press, notamment celles qui montraient une femme enceinte grièvement blessée, évacuée sur une civière juste avant son décès et celui du bébé qu’elle portait.
En 2016, alors ministre de l’Écologie de François Hollande, elle s’était rendue à Cuba pour les funérailles de Fidel Castro. Elle avait salué à cette occasion « un monument de l’histoire » et considéré que les dénonciations des atteintes aux droits humains commises dans ce pays relevaient de la « désinformation ». Des divagations sans grande conséquence en raison de la faible interaction entre Paris et La Havane. Il en va tout autrement de l’Algérie, qui s’ingénie à déstabiliser la France par tous les moyens, le premier d’entre eux étant de refuser d’accepter sur son sol ses ressortissants sous OQTF.
L’éternelle candidate à tous les postes était seulement ridicule hier. Elle devient réellement toxique aujourd’hui. Sauf si, bien sûr, on s’abstient de la prendre au sérieux.