XSML Capital, gestionnaire d’actifs basé aux Pays-Bas, a annoncé le mercredi 28 janvier la clôture de son quatrième véhicule d’investissement pour un montant final de 142 millions USD (environ 119,8 millions d’euros). Dénommé African Rivers Fund IV (ARF IV), ce nouveau fonds cible au moins 50 petites et moyennes entreprises (PME) africaines, ce qui porterait le nombre total de PME financées par XSML sur le continent à plus de 150. En 15 ans d’activité, la firme s’est positionnée sur un segment d’entreprises qui représente jusqu’à 40% du PIB et emploie plus de 50% de la population active de la région selon les estimations de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, mais qui demeure confronté à un important déficit de financement.

Plus de 70 millions d’euros déjà investis

Depuis la première levée de fonds réussie pour ARF IV en mars 2024, le fonds a déjà investi 85 millions USD (environ 71,8 millions d’euros) dans diverses sociétés en République démocratique du Congo, en Angola, en Zambie ainsi qu’en Ouganda. Les financements engagés pour ce quatrième véhicule iront de 300 000 USD jusqu’à 10 millions USD (253 000 euros à 8,45 millions d’euros), sous forme de prêts ou de prises de participations minoritaires. Jusqu’ici, les secteurs ciblés sont la fabrication, la vente au détail, les boissons, la transformation alimentaire et les produits pharmaceutiques.

Fondé en 2008, XSML Capital est présent en Afrique australe, de l’Est et du Centre. Depuis le lancement de son premier véhicule d’investissement au début des années 2010, le gestionnaire a élargi sa base d’investisseurs au rythme de la montée en régime de ses levées. Pour ARF IV, il a dépassé son objectif initial de 135 millions USD (environ 114 millions d’euros),  ce qui signale l’intérêt croissant de ses partenaires, parmi lesquels figurent plusieurs institutions européennes de financement du développement, dont la néerlandaise FMO, Proparco ou encore British International Investment.

« Depuis la première clôture, trois institutions financières de développement (IFD) supplémentaires, dont un nouvel investisseur IFD, ainsi que deux family offices allemands ont rejoint ARF IV, renforçant ainsi la base d’investisseurs du fonds », a précisé XSML Capital.

Un déficit toujours massif

Au cours de la dernière décennie, l’écosystème des fonds dédiés aux PME africaines s’est élargi, tant sur le plan géographique et sectoriel que du point de vue des acteurs et des montants mobilisés. Rien qu’en 2024, les gestionnaires de fonds axés sur l’Afrique ont levé 4 milliards USD (environ 3,376 millions d’euros), selon l’African Private Capital Association, soit le double de l’année précédente. Mais malgré cette dynamique, les PME du continent restent confrontées à un important déficit de financement.

Selon les estimations les plus citées, le gap annuel à combler se situe autour de 300 à 330 milliards USD, soit environ 253 à 278,6 milliards d’euros. Outre les contraintes des banques traditionnelles, les gestionnaires de fonds spécialisés sur les PME africaines peuvent aussi rencontrer des difficultés à mobiliser du financement, réduisant par ricochet leur capacité à investir. Ce déficit s’explique notamment par les contraintes propres aux fonds ciblant les petites et moyennes entreprises, qui sont trop grandes pour la microfinance, mais trop petites pour les financements classiques.

Dans une étude publiée en janvier 2025 et consacrée à la mobilisation de capitaux pour ces véhicules en Afrique, le français Investisseurs & Partenaires, pionnier de l’investissement d’impact, a évalué un échantillon de 135 gestionnaires de fonds dédiés aux PME. Près de 45% d’entre eux n’atteignent pas de première clôture, et ceux qui y parviennent mettent en moyenne deux ans pour y arriver, avant de poursuivre la levée vers leur taille cible. « Il est structurellement difficile pour les gestionnaires de fonds dédiés aux PME de fournir aux investisseurs des rendements comparables à ceux du marché, en raison de coûts de transaction relativement élevés, d’une liquidité plus faible, et d’une exposition au risque pays ou macroéconomique », soulignent les auteurs.

L’étude met en avant plusieurs pistes pour desserrer ces contraintes, incluant un meilleur partage des données de performances et des modèles économiques des fonds ciblant les PME, afin d’améliorer la compréhension du secteur par les investisseurs et d’aider les nouveaux gestionnaires à concevoir des véhicules plus solides. Le rapport souligne aussi l’intérêt de structures de fonds mieux adaptées au temps long de l’investissement dans les PME, comme des véhicules hybrides à durée indéterminée ou dotés d’un capital permanent, ainsi que le développement d’un marché secondaire pour améliorer la liquidité.