Le Maroc et la France ont scellé à Rabat un nouveau plan d’action de coopération judiciaire pour la période 2026-2028, visant à renforcer l’échange technique, la modernisation des systèmes judiciaires et la lutte coordonnée contre la criminalité organisée, dans un contexte de rapprochement sécuritaire marqué par des résultats opérationnels concrets
Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, et son homologue français, Gérald Darmanin, ont signé lundi à Rabat un plan d’action de coopération technique dans le domaine de la justice couvrant la période 2026-2028. Cet accord établit un cadre structuré pour les échanges entre les deux ministères et s’inscrit dans la continuité des liens historiques unissant le Maroc et la France.
Une visite placée sous le signe de la lutte contre le narcotrafic
Figure désormais familière des allées du pouvoir à Rabat, Gérald Darmanin retrouve le Maroc moins d’un an après son précédent déplacement, effectué en mars 2025. Le ministre français a entamé cette nouvelle visite officielle placée sous le signe du resserrement judiciaire entre les deux rives. Au cœur de l’agenda : la lutte contre le narcotrafic et le grand banditisme, devenue l’un des piliers structurants du dialogue sécuritaire franco-marocain.
Ce déplacement s’inscrit dans une séquence marquée par une accélération tangible de la coopération opérationnelle entre les deux pays. En janvier 2025, Rabat avait procédé à l’extradition vers la France de Félix Bingui, présenté comme le chef du clan marseillais Yoda, un signal fort envoyé aux autorités françaises. Quelques mois plus tard, en juin, l’arrestation à Tanger du Franco-Marocain Badiss Mohammed Bajjou, soupçonné d’avoir orchestré plusieurs enlèvements liés au milieu des crypto-monnaies, venait confirmer cette dynamique. Paris a depuis engagé des démarches en vue de son extradition.
La collaboration s’était déjà illustrée, à l’été précédent, par le transfert vers la France de deux proches du narcotrafiquant Mohamed Amra, interpellés au Maroc puis remis aux autorités françaises à peine six mois plus tard. Leur extradition faisait suite à l’évasion spectaculaire de leur commanditaire, en mai 2024, lors de l’attaque d’un fourgon pénitentiaire qui avait coûté la vie à deux surveillants en France. À l’issue de cette opération, Gérald Darmanin avait publiquement salué, sur les réseaux sociaux, la réactivité des autorités marocaines et l’implication directe de son homologue chargé de la Justice, soulignant la rapidité avec laquelle cette coopération avait permis d’aboutir.
Gérald Darmanin a exprimé sa gratitude pour cette coopération exemplaire, mettant en avant les efforts conjoints dans la lutte contre le crime organisé et le trafic de drogue à l’échelle méditerranéenne. Il a annoncé la formation d’un groupe de travail dédié à ces enjeux et salué les avancées du Maroc dans la modernisation de son cadre législatif. Le ministre français a également indiqué qu’il rencontrerait des avocats marocains pour discuter de l’arbitrage commercial et économique international.
La visite actuelle vient ainsi consolider une relation judiciaire devenue stratégique, fondée sur des résultats concrets et une coordination de plus en plus étroite face aux nouvelles formes de criminalité transnationale.
Un partenariat ancré dans l’histoire
Cette signature s’appuie sur plusieurs accords antérieurs, notamment l’arrangement administratif conclu en décembre 2012 à Rabat, le protocole d’accord de mars 2018 à Paris, ainsi que le plan d’action 2024-2026 signé en mai dernier. Elle fait également suite à la déclaration conjointe du 10 mars 2025, témoignant d’une volonté continue de renforcer cette coopération bilatérale.
Lors de la cérémonie, Abdellatif Ouahbi a souligné que cet accord atteste de la qualité des relations entre les deux pays, particulièrement en matière de lutte contre la criminalité et de coopération technique. Il a rappelé que ce partenariat dépasse la simple coopération sectorielle pour s’inscrire dans une vision commune fondée sur le dialogue et la complémentarité.
Quatre axes prioritaires de coopération
Le plan d’action s’articule autour de plusieurs domaines essentiels. La modernisation et la numérisation de l’administration judiciaire constituent le premier axe, accompagnées d’une amélioration de la gouvernance. Le renforcement des capacités des ressources humaines dans le secteur de la justice représente le deuxième volet, tandis que l’échange d’informations sur les évolutions législatives forme le troisième pilier. Enfin, le soutien technique aux projets de réforme judiciaire complète ce dispositif.
Pour concrétiser ces objectifs, plusieurs modalités de coopération sont prévues : organisation d’ateliers de travail, visites d’échange pour les magistrats et fonctionnaires, conférences sur des sujets d’intérêt commun, participation conjointe à des manifestations internationales et création de groupes d’experts spécialisés.
Le Ministère public impliqué dans la dynamique
La visite de Gérald Darmanin a également été marquée par des entretiens avec Hicham Balaoui, Procureur général du Roi près la Cour de cassation et Président du Ministère public. Les discussions ont porté sur les mécanismes de coopération internationale, notamment en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière. Les deux parties ont examiné les nouveautés introduites par le nouveau Code de procédure pénale marocain, en particulier concernant les techniques spéciales d’enquête.
Cette rencontre illustre la volonté du Ministère public marocain de renforcer ses partenariats internationaux dans le cadre d’une politique d’ouverture assumée.
Un suivi rigoureux des engagements
Pour garantir l’efficacité de ce partenariat, le plan d’action prévoit l’élaboration d’un agenda annuel de coopération technique dès 2026, accompagné d’une évaluation régulière des activités accomplies. Cette approche méthodique vise à capitaliser sur les acquis des programmes précédents tout en assurant la réalisation des objectifs fixés.
Selon le communiqué du ministère de la Justice, cet accord reflète la volonté commune des deux pays de faire de la justice un pilier de leur coopération bilatérale, au service de la stabilité, du développement et du renforcement de l’État de droit aux niveaux national et international.
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