Le 30 janvier dernier, le président mozambicain Daniel Chapo a inauguré à Nipepe, dans la province septentrionale de Niassa, une nouvelle usine de traitement de graphite adossée à une mine contrôlée par le groupe chinois DH Mining. Présentée comme une étape supplémentaire dans la valorisation des ressources naturelles du pays, cette mise en service intervient à un moment où le graphite, matériau clé des batteries pour véhicules électriques, est devenu un enjeu industriel et stratégique de premier plan.
Une nouvelle capacité industrielle entre en scène
L’usine inaugurée à Nipepe dispose d’une capacité annoncée de 200 000 tonnes de graphite par an. Selon les informations communiquées par l’opérateur, le projet (installations minières + transformation) représente un investissement d’environ 200 millions de dollars (170 millions d’euros environ). Il emploie actuellement 890 personnes, et prévoit d’augmenter cet effectif à 2 000 salariés lors d’une seconde phase de développement.
Pour les autorités mozambicaines, cette usine s’inscrit dans une volonté affichée de dépasser le simple statut de fournisseur de matières premières. « Aujourd’hui, nous entrons sur la carte industrielle mondiale […] Nous ne sommes plus de simples fournisseurs de matières premières, mais des producteurs, transformateurs et exportateurs de matériaux », a commenté Daniel Chapo lors de l’inauguration.
Un secteur dominé par la Chine, malgré les avancées occidentales
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine concentre encore environ 80% de la production mondiale de graphite, tant sur le plan minier que sur celui de la transformation. Or, une part croissante de la nouvelle offre mondiale est attendue en Afrique, et notamment au Mozambique, à Madagascar et en Tanzanie.
Jusqu’à récemment, le graphite mozambicain reposait principalement sur deux actifs sur lesquels se sont positionnés les pays occidentaux. Le premier est la mine Balama, opérée par l’australien Syrah Resources et soutenue par un prêt de la Development Finance Corporation (DFC), l’institution de financement du développement du gouvernement américain. La société est liée depuis 2021 à Tesla par un accord pour lui fournir une partie de sa production destinée à la fabrication de batteries de véhicules électriques.
Le deuxième actif est le projet Ancuabe, historiquement opéré par une filiale du groupe néerlandais AMG. Les deux mines ont été fragilisées par un marché mondial sous tension, marqué par la concurrence du graphite synthétique, la volatilité des prix et un ralentissement de la demande. AMG a ainsi annoncé en 2024 sa sortie du Mozambique et la fermeture de la mine d’Ancuabe. Balama, pourtant considérée comme la plus grande mine de graphite naturel d’Afrique avec une capacité théorique de 350 000 tonnes par an, a connu une période d’arrêt prolongé avant une reprise partielle de ses opérations à partir de mi-2025, sur un mode strictement ajusté à la demande.
C’est dans cet environnement que les acteurs chinois avancent leurs pions. Outre DH Mining à Nipepe, la société Shandong Yulong s’est positionnée sur un autre projet à Ancuabe via un accord avec l’australien Triton Minerals, prévoyant l’acquisition de 70 % des parts. Selon les estimations actuelles, la future mine pourrait produire annuellement une moyenne de 60 000 tonnes sur 27 ans.
Effets de la montée en puissance chinoise
Pour la Chine, ces projets renforcent une maîtrise amont des chaînes d’approvisionnement, alors que le graphite fait partie des leviers utilisés dans les relations commerciales avec l’Occident.
Du côté mozambicain, l’enjeu dépasse la simple rivalité entre puissances. Le graphite figure déjà parmi les principaux produits miniers du pays, aux côtés du charbon et des pierres précieuses, et son rôle pourrait croître si la demande mondiale se redessine autour de la transition énergétique.
L’arrivée d’unités de transformation comme celle de Nipepe offre la perspective d’une meilleure captation de valeur, mais elle pose aussi des questions classiques : stabilité des recettes, emplois durables, articulation avec les stratégies industrielles nationales.