Dans un environnement international incertain, trois monnaies africaines se sont distinguées par des performances notables en 2025. Le naira nigérian, le cedi ghanéen et le rand sud-africain ont chacun clôturé l’année dernière en nette hausse, portés par des dynamiques différentes, mais convergentes qui renvoient à des ajustements monétaires et une amélioration des termes de l’échange au cours des derniers mois.

Pour la première fois depuis 2012, le naira a terminé l’année en hausse par rapport au dollar. La devise nigériane a clôturé le 31 décembre à 1 429 nairas pour un dollar, soit une appréciation annuelle de 7,4%, selon les données de la Central Bank of Nigeria. Ce résultat tranche avec treize années consécutives de dépréciation, marquées par des pénuries de devises, une forte dépendance aux importations et des déséquilibres persistants du marché des changes.

L’évolution du naira n’a toutefois pas été linéaire l’année dernière. Au premier semestre, la devise a subi de fortes pressions, atteignant un point bas autour de 1 602 nairas pour un dollar en avril. Entre demande soutenue de devises et inflation élevée, la monnaie n’a opéré un redressement progressif qu’à partir de mai. Elle s’est ensuite mieux portée jusqu’à fin 2025, avec un retour durable sous le seuil des 1 500 nairas pour un dollar.

Pour les analystes, cette trajectoire reflète l’impact des réformes engagées par la banque centrale en 2024 sous l’impulsion de son gouverneur, Yemi Cardoso. La réduction de l’écart entre les taux officiels et parallèles à moins de 5% a limité les comportements spéculatifs et amélioré la lisibilité du marché. Le durcissement de la politique monétaire et l’introduction, début 2025, d’un code de conduite des changes ont également contribué à stabiliser les anticipations.

L’or porte le cedi et le rand

Au Ghana, la performance de la monnaie locale a été encore plus marquée qu’au Nigeria. Le cedi s’est apprécié de 41% face au dollar en 2025, enregistrant sa première hausse annuelle depuis au moins 1994, selon des données compilées par Bloomberg. Cette progression place la monnaie ghanéenne comme la deuxième la plus performante au monde sur l’année, juste derrière le rouble russe, sur un total de 144 monnaies évaluées.

Le contexte international a joué un rôle clé dans cette progression. La flambée historique des prix de l’or, valeur refuge recherchée par les investisseurs dans un environnement géopolitique tendu, a directement bénéficié au Ghana, premier producteur d’or en Afrique. La Bank of Ghana a renforcé ses achats de lingots, contribuant à une hausse de 24% des réserves de change depuis le début de l’année, à environ 11,4 milliards de dollars fin octobre. Parallèlement, les autorités ont lancé en mai 2025 le GoldBod, un organisme public chargé d’acheter l’or issu de l’exploitation artisanale afin de réduire la contrebande et d’améliorer les recettes en devises. Au troisième trimestre, cette structure a exporté plus de 25 tonnes d’or, un volume légèrement supérieur à celui des grandes mines industrielles sur la même période.

En Afrique du Sud, le rand a également signé une année solide. La monnaie s’est appréciée d’environ 13% face au dollar, enregistrant sa plus forte hausse annuelle en seize ans. Cette performance s’inscrit dans un contexte de recul généralisé du billet vert, affaibli par les anticipations de baisses de taux d’intérêt aux États-Unis. La hausse des prix de l’or et du platine, deux exportations majeures de la nation arc-en-ciel, a aussi soutenu le rand.

Ce que les marchés surveilleront en 2026

En 2026, la trajectoire du naira sera étroitement liée à l’évolution de l’inflation, à la capacité du Nigeria à attirer durablement des capitaux et à élargir ses sources de devises. La Central Bank of Nigeria anticipe un reflux des tensions sur les prix, avec une inflation moyenne projetée à 12,94%, contre environ 21,3% en 2025, et table sur une croissance du PIB d’environ 4,49%. La concrétisation de ces scénarios dépendra de la poursuite des réformes et de la stabilité du cadre macroéconomique, faute de quoi la monnaie resterait exposée à des phases de volatilité.

Au Ghana, les investisseurs suivront la capacité des autorités à préserver les acquis de 2025. La détente de l’inflation, retombée à 6,3% en novembre selon le Ghana Statistical Service, renforce la crédibilité du cedi, mais la discipline budgétaire et la continuité des réformes resteront déterminantes. En Afrique du Sud, l’attention portera sur l’avancée des réformes dans l’énergie et la logistique ainsi que sur l’aptitude du pays à attirer des flux vers son marché obligataire, un facteur clé pour l’évolution du rand.